Que signifie Injîl ?
Injîl (إنجيل) est le mot arabe pour « Évangile ». Il vient du grec euangelion, « bonne nouvelle », le terme qu'emploient les chrétiens pour le message de Jésus. Le mot est entré en arabe avant l'islam, probablement par l'intermédiaire de l'éthiopien, et les chrétiens arabes l'utilisaient déjà. On l'écrit Injîl, Injil ou Indjil.
Dans le Coran, l'Injîl est l'un des livres révélés, au même titre que la Torah (Tawrât) donnée à Moïse, les Psaumes (Zabûr) donnés à David et le Coran révélé à Muhammad. Croire en ces livres est le troisième des six piliers de la foi (voir kutub).
Au Maghreb comme au Proche-Orient, les chrétiens arabophones appellent aujourd'hui encore leurs évangiles al-Injîl, et le Nouveau Testament al-'Ahd al-jadîd, « la Nouvelle Alliance ».
Que dit le Coran sur l'Injîl ?
Le mot apparaît 12 fois dans le Coran, toujours au singulier : le texte parle d'un Évangile, jamais de quatre. Il le présente comme un don de Dieu à Jésus : « Et Nous lui avons donné l’Evangile, où il y a guide et lumière, pour confirmer ce qu’il y avait dans la Thora avant lui, et un guide et une exhortation pour les pieux » (sourate 5, verset 46). Le verset suivant ajoute : « Que les gens de l’Evangile jugent d’après ce qu’Allah y a fait descendre » (sourate 5, verset 47).
L'Injîl va presque toujours de pair avec la Torah. Le Coran dit que Dieu a fait descendre « la Thora et l’Evangile » avant lui (sourate 3, verset 3) et qu'il a enseigné les deux à Jésus (sourate 3, verset 48). Il affirme aussi que le Prophète est mentionné « dans la Thora et l’Evangile » (sourate 7, verset 157), et fait annoncer par Jésus « un Messager à venir après moi, dont le nom sera «Ahmad» » (sourate 61, verset 6). Beaucoup de commentateurs musulmans rapprochent cette annonce du « Paraclet » promis dans l'Évangile de Jean, une lecture que les chrétiens contestent.
La sourate 48, verset 29 cite même une image de l'Évangile : les croyants y sont comparés à une semence qui pousse et se dresse sur sa tige, ce qui rappelle les paraboles du grain des évangiles.
L'Injîl et les quatre évangiles : est-ce la même chose ?
Pour la tradition musulmane, non. L'Injîl est le message que Dieu a révélé à Jésus lui-même. Les évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean, rédigés en grec dans les décennies qui ont suivi la mort de Jésus selon les historiens, sont des récits sur sa vie écrits par d'autres. Les musulmans y reconnaissent des traces du message originel, mais pas l'Injîl tel qu'il a été donné.
Les savants musulmans ont débattu de ce qui serait arrivé au texte. Le Coran reproche à certains des gens du Livre d'altérer l'Écriture : « ils détournent les paroles de leur sens » (sourate 5, verset 13), ce que l'on appelle le tahrîf. Pour les uns, comme l'Andalou Ibn Hazm (mort en 1064), le texte même a été altéré. Pour d'autres, l'altération porte d'abord sur l'interprétation, le texte gardant une part de vérité. Les deux lectures s'accordent sur un point : le Coran se présente comme confirmant et prolongeant les révélations antérieures.
Cette différence explique un dialogue souvent délicat. Dans l'entretien Débat islamo-chrétien : Jésus, de l'Évangile au Coran, Rachid Benzine dit avoir découvert les évangiles par des chrétiens engagés, notamment le passage de Matthieu sur l'accueil de l'étranger, tandis que le prêtre Christian Delorme rappelle les points irrecevables pour les musulmans : l'incarnation, la préexistence du Christ et sa mort sur la croix (sourate 4, verset 157).
Qu'est-ce que l'Évangile de Barnabé ?
L'Évangile de Barnabé est un texte connu par deux manuscrits, l'un en italien, l'autre en espagnol. Il présente Jésus comme un prophète, nie sa crucifixion et lui fait annoncer Muhammad par son nom. Certains musulmans y ont vu l'Injîl authentique. La plupart des historiens, y compris des chercheurs musulmans, le datent cependant de la fin du Moyen Âge ou du XVIe siècle, à cause de ses anachronismes, et ne le tiennent pas pour l'Évangile reçu par Jésus.
En 2012, Oumma relayait la presse britannique à propos d'un manuscrit saisi en Turquie et conservé à Ankara, présenté comme une Bible où Jésus prédirait la venue du Prophète et rapproché de l'Évangile de Barnabé. L'article notait que sa datation faisait débat. Pour l'ensemble des livres révélés, voir la page Les livres révélés.




