Que signifie Jahannam ?
Jahannam (جهنم) est le nom propre de l'enfer dans le Coran. On l'écrit aussi Jahanam, Djahannam ou Jahannama, et le français le traduit par « l'enfer » ou « la Géhenne ». Le mot n'est pas formé sur une racine arabe : il vient de l'hébreu Gei Hinnom, « la vallée de Hinnom », un ravin au sud de Jérusalem où, selon la Bible, on avait sacrifié des enfants par le feu. Le lieu est devenu chez les juifs, puis chez les chrétiens (Gehenna dans les évangiles), le nom du lieu de châtiment après la mort. Le mot est passé en arabe par l'araméen ou l'éthiopien.
Le Coran l'emploie 77 fois. Il parle aussi très souvent de al-Nâr, « le Feu », et ceux qui y sont envoyés sont appelés ashâb al-nâr, « les gens du Feu ». Jahannam forme avec la janna, le paradis, le couple des deux demeures de l'au-delà, l'âkhira.
Croire à l'enfer et au paradis fait partie de la croyance au Jour dernier, le cinquième pilier de la foi. Pour le déroulé de la mort, de la résurrection et du jugement, voir la page Le Jour dernier.
Quels sont les noms de l'enfer dans le Coran ?
La tradition retient souvent sept noms de l'enfer, parfois rapprochés des « sept portes » du verset : « Il a sept portes; et chaque porte en a sa part déterminée » (sourate 15, verset 44). Certains commentateurs y voient sept étages, chacun réservé à une catégorie de pécheurs ; d'autres, sept accès d'un même lieu.
Outre Jahannam, on cite al-Jahîm, la fournaise (sourate 2, verset 119) ; Sa'îr, le brasier attisé (sourate 67, verset 5) ; Lazâ, la flamme (sourate 70, verset 15) ; al-Hutama, « celle qui broie » : « Mais non! Il sera certes, jeté dans la Hutamah » (sourate 104, verset 4) ; Saqar : « Je vais le brûler dans le Feu intense (Saqar) » (sourate 74, verset 26) ; et al-Hâwiya, l'abîme, que la sourate 101 appelle la « mère » du damné (verset 9). Cette liste n'est pas fixée par un texte et varie selon les auteurs.
Le Coran nomme le gardien de l'enfer, l'ange Mâlik, à qui les damnés crient : « O Mâlik! Que ton Seigneur nous achève! » (sourate 43, verset 77), et précise : « Ils sont dix neuf à y veiller » (sourate 74, verset 30).
L'enfer est-il éternel en islam ?
C'est l'une des questions les plus débattues de la théologie musulmane. Le Coran parle de séjour éternel pour les mécréants, mais un verset ajoute une réserve : « Pour y demeurer éternellement tant que dureront les cieux et la terre, à moins que ton Seigneur en décide autrement » (sourate 11, verset 107).
La doctrine sunnite majoritaire, ach'arite comme maturidite, distingue deux cas. Les croyants qui ont commis de grands péchés peuvent être punis un temps, puis sortent de l'enfer, notamment par l'intercession du Prophète, selon des hadiths rapportés par Boukhari et Muslim. Le séjour de ceux qui ont rejeté la foi est éternel. Les mu'tazilites et les kharidjites jugeaient au contraire éternel le châtiment du grand pécheur mort sans repentir. Une minorité, dont des textes attribués à Ibn Taymiyya et à son disciple Ibn Qayyim al-Jawziyya, a envisagé que le Feu lui-même prenne fin, une position restée marginale.
Un verset nourrit aussi la discussion : « Il n’y a personne parmi vous qui ne passera pas par [L’Enfer] » (sourate 19, verset 71). Beaucoup de commentateurs le rapprochent du pont (sirât) jeté au-dessus de l'enfer, que tous franchiront, et que les pieux traverseront sans dommage.
Faut-il lire les descriptions de l'enfer à la lettre ?
Le Coran décrit l'enfer avec des images de feu, d'eau bouillante et de peaux brûlées qui se renouvellent (sourate 4, verset 56). Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, le feu de ce monde n'est qu'une petite part de celui de Jahannam. La majorité des savants tiennent ces descriptions pour réelles, tout en rappelant que la réalité de l'au-delà dépasse ce que l'on peut imaginer. D'autres penseurs, surtout parmi les philosophes et certains soufis, y voient d'abord la traduction sensible d'une souffrance spirituelle, l'éloignement de Dieu.
Les savants mettent aussi en garde contre une dérive : promettre l'enfer à autrui. Dans la Lettre ouverte aux musulmans qui promettent l'enfer aux autres musulmans, le maître soufi algérien Ahmad al-'Alawî répond à un prédicateur qui vouait les soufis au feu, en rappelant que nul ne connaît sa propre fin et que juger du salut d'autrui n'appartient qu'à Dieu. Oumma a d'ailleurs relevé des propos de prédicateurs, comme Adel Almi, qui affirmaient qu'une femme non voilée irait en enfer, des déclarations que la plupart des savants jugent sans fondement.


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