Que signifie istikhara ?
Istikhâra (استخارة, on écrit aussi istikhara, istikharah ou salat al-istikhara) est formé sur la racine kh-y-r, qui a donné khayr, « le bien, le meilleur », et ikhtiyâr, « le choix ». La dixième forme du verbe, istakhâra, exprime la demande : faire l'istikhâra, c'est demander à Dieu de choisir le meilleur pour soi. Le Coran emploie la même racine pour dire que Dieu « choisit » (sourate 28, verset 68).
On traduit couramment par « prière de consultation ». Azzedine Gaci, dans l'article de référence publié par Oumma, La prière de la consultation (Al-Istikhâra) : la source, la finalité, le sens, relève que cette traduction est approximative : la consultation se dit istishâra, de la racine de la shûra. Selon lui, cet écart de traduction explique une partie des malentendus autour de cette prière.
Le mot désigne à la fois la prière (salât al-istikhâra), deux unités surérogatoires, et l'invocation (du'â' al-istikhâra) qui la suit. C'est l'invocation qui fait l'istikhâra ; la prière la prépare.
D'où vient la prière d'istikhara ?
Elle repose sur un hadith rapporté par Boukhari, ainsi que par Ahmad, Abou Dâwoud, at-Tirmidhî et an-Nasâ'î, d'après le compagnon Jâbir ibn 'Abd Allâh. Il raconte que le Prophète leur enseignait l'istikhâra dans toutes leurs affaires, avec le même soin qu'une sourate du Coran : quand l'un d'eux projetait une affaire, il devait prier deux rak'a en dehors de la prière obligatoire, puis prononcer une invocation.
Dans cette invocation, le fidèle demande à Dieu de le guider par Sa science et Sa puissance, reconnaît sa propre ignorance, « Tu es certes capable et je suis incapable, Tu sais tout tandis que moi je ne sais pas », selon la traduction d'Azzedine Gaci, puis il nomme l'affaire. Il demande que Dieu la lui destine, la lui facilite et la bénisse si elle est un bien pour sa religion, sa vie et son devenir ; et qu'Il l'en détourne, et le détourne d'elle, si elle est un mal, en lui destinant le bien là où il se trouve et en le rendant satisfait.
Le texte arabe complet figure dans les recueils de hadiths et dans les livres d'invocations, comme al-Adhkâr d'an-Nawawî. Mieux vaut l'apprendre dans une de ces sources, ou auprès d'un imam, que d'une copie non vérifiée : on peut aussi faire la demande dans sa langue, avec le même sens, selon de nombreux savants.
Comment faire la salat istikhara ?
Les juristes décrivent un déroulé simple. On fait ses ablutions, on formule l'intention (niyya) d'une prière d'istikhâra, puis on prie deux rak'a comme toute prière surérogatoire. Le hadith ne fixe pas les sourates ; an-Nawawî recommande de réciter après la Fâtiha la sourate 109 dans la première unité et la sourate 112 dans la seconde, ce que suivent beaucoup de fidèles.
Après la salutation finale, on prononce l'invocation en nommant précisément l'affaire : « ce mariage avec telle personne », « cet emploi dans telle entreprise ». La majorité la place après la prière, comme le dit le hadith (« puis qu'il dise ») ; certains savants admettent qu'on la dise avant la salutation finale. Il est recommandé de commencer par louer Dieu et de prier sur le Prophète, comme pour toute invocation.
Plusieurs cas pratiques reviennent. Une femme en période de règles, qui ne prie pas, peut dire l'invocation seule, selon de nombreux savants. On peut joindre l'istikhâra à une autre prière surérogatoire, par exemple les deux rak'a de salutation de la mosquée, comme le note Azzedine Gaci, à condition d'en avoir l'intention. Certains admettent de la répéter si l'on reste indécis, sur la base d'un hadith jugé faible qui parle de sept fois.
Quand faire l'istikhara ?
Les quatre écoles sunnites considèrent l'istikhâra comme recommandée (sunna) pour toute affaire permise dont l'issue est incertaine : mariage, emploi, études, déménagement, voyage, achat important, association. On ne la fait pas pour un acte obligatoire, comme prier ou jeûner le Ramadan, ni pour un acte interdit ; on peut en revanche la faire sur la manière ou le moment d'accomplir une obligation, par exemple la date d'un pèlerinage.
Azzedine Gaci insiste sur un point : le hadith dit « quand l'un de vous projette une affaire », et non « quand il doute ». L'istikhâra n'est pas réservée aux moments d'hésitation ni aux grandes décisions ; elle peut accompagner tous les projets.
Elle peut se faire de jour comme de nuit. La majorité des savants évitent toutefois les moments où les prières surérogatoires sont déconseillées : après la prière de l'aube jusqu'au lever du soleil, au zénith, et après la prière de l'après-midi jusqu'au coucher du soleil. Beaucoup la font la nuit, avant de dormir ou au dernier tiers de la nuit, ce qui a pu entretenir l'idée d'une réponse en rêve.
Faut-il attendre un rêve ou un signe ?
C'est l'idée reçue la plus répandue, surtout pour le mariage : après la prière, on attendrait un rêve qui dise oui ou non, et l'on ne ferait rien tant qu'il n'est pas venu. Aucun texte ne pose cette condition. Azzedine Gaci rappelle que la révélation a pris fin avec la mort du Prophète : un rêve qui réconforte peut arriver, mais il n'est ni nécessaire ni décisif. La page Les rêves en islam précise ce que la tradition attend des songes.
Les savants divergent sur la façon de lire le résultat. An-Nawawî écrit qu'après l'istikhâra, on fait ce vers quoi le cœur s'ouvre, en se gardant de suivre un désir déjà arrêté. D'autres, dont Azzedine Gaci, refusent de faire de l'apaisement du cœur une condition : on avance dans son projet en confiance, et si l'affaire se facilite, c'est le signe qu'elle était bonne ; si elle se ferme, c'est que Dieu l'a détournée. Ils s'appuient sur le verset : « il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose alors qu’elle vous est un bien » (sourate 2, verset 216).
Autres confusions fréquentes : personne n'a besoin de payer un tiers pour faire l'istikhâra à sa place, car la prière est faite par l'intéressé. Et l'on appelle parfois istikhâra, chez certains marabouts ou dans le chiisme iranien, le fait d'ouvrir le Coran au hasard ou de compter les grains d'un chapelet pour obtenir une réponse : cette pratique, que les savants sunnites rejettent, n'a rien à voir avec la prière enseignée par le hadith de Jâbir.
Istikhâra, consultation et confiance en Dieu
L'istikhâra ne remplace ni la réflexion ni le conseil. Le Coran loue les croyants qui « se consultent entre eux à propos de leurs affaires » (sourate 42, verset 38) et dit au Prophète : « consulte-les à propos des affaires; puis une fois que tu t’es décidé, confie-toi donc à Allah » (sourate 3, verset 159). Beaucoup de savants recommandent donc l'ordre suivant : se renseigner, demander l'avis de personnes compétentes et de confiance, faire l'istikhâra, puis agir.
La prière se termine par une demande souvent oubliée : être rendu satisfait de ce que Dieu décide. Elle rejoint le tawakkul, la confiance en Dieu, et l'acceptation du qadar, le destin. Azzedine Gaci notait en 2012 que cette prière, méconnue quelques années plus tôt, était devenue l'une des traditions les plus suivies par les jeunes musulmans de France, surtout avant un mariage. La page invocations et dhikr la replace parmi les autres invocations du quotidien.

