Que signifie ikhlas ?
Ikhlâs (إخلاص, on écrit aussi ikhlas ou al-ikhlas) se traduit par « sincérité », « pureté d'intention » ou « dévouement exclusif ». En islam, il désigne le fait d'accomplir un acte, prière, aumône, jeûne ou simple geste de bonté, pour Dieu seul, sans y mêler le désir d'être vu, admiré ou payé en retour.
Le mot est le nom verbal de akhlasa, « rendre pur, réserver entièrement », formé sur la racine kh-l-ṣ, qui exprime ce qui est pur et débarrassé de tout mélange. L'adjectif khâlis désigne dans le Coran le lait pur sorti d'entre les excréments et le sang (sourate 16, verset 66), et la « religion pure » qui appartient à Allah (sourate 39, verset 3). L'image est parlante : l'acte sincère est un acte dont on a retiré ce qui n'est pas pour Dieu.
Deux mots de la même racine sont à distinguer. Le mukhlis (avec un i) est celui qui rend son culte pur : c'est l'effort du croyant. Le mukhlas (avec un a) est celui que Dieu a purifié et choisi : le Coran l'emploie pour Joseph, « un de Nos serviteurs élus » (sourate 12, verset 24), et pour les serviteurs sur lesquels Satan n'a pas de prise (sourate 15, verset 40).
L'ikhlâs dans le Coran
Le nom ikhlâs n'apparaît pas tel quel dans le Coran, mais le verbe et le participe reviennent souvent, presque toujours dans la même formule : adorer ou invoquer Dieu « en Lui vouant un culte exclusif ». On la lit dans la sourate La Preuve : « Il ne leur a été commandé, cependant, que d’adorer Allah, Lui vouant un culte exclusif, d’accomplir la Salât et d’acquitter la Zakât » (sourate 98, verset 5). La sourate Les Groupes la répète plusieurs fois : « Adore donc Allah en Lui vouant un culte exclusif » (sourate 39, verset 2), puis aux versets 11 et 14.
Le Coran applique aussi l'ikhlâs à l'invocation : « Et invoquez-Le, sincères dans votre culte » (sourate 7, verset 29), et au repentir, en parlant de ceux qui « Lui vouent une foi exclusive » (sourate 4, verset 146).
Attention aux faux amis de la traduction. Quand Hamidullah écrit « sincérité » aux versets 8 et 24 de la sourate 33, l'arabe dit sidq, la véracité, et non ikhlâs. Les deux notions sont voisines : le sidq est l'accord entre ce que l'on dit et ce que l'on fait, l'ikhlâs l'accord entre ce que l'on fait et Celui pour qui on le fait.
La sincérité dans le hadith et chez les savants
Le hadith de référence est celui qui ouvre le recueil de Boukhari, rapporté d'après Omar ibn al-Khattâb : les actes ne valent que par les intentions, et chacun n'obtient que ce qu'il a eu l'intention d'obtenir. Il lie l'ikhlâs à la niyya, l'intention : la niyya dit ce que l'on fait, l'ikhlâs dit pour qui on le fait.
Un autre hadith, rapporté par Muslim d'après Abou Hourayra, décrit les premiers jugés au Jour dernier : un homme mort au combat, un savant récitant du Coran et un homme généreux, tous trois condamnés parce qu'ils avaient agi pour qu'on dise d'eux qu'ils étaient courageux, savants ou généreux. Le hadith montre que l'acte le plus méritoire perd sa valeur sans ikhlâs.
Les savants en tirent une règle souvent rappelée : un acte d'adoration n'est accepté qu'à deux conditions, l'ikhlâs et la conformité à l'enseignement du Prophète. Ahmadou M. Kanté la rappelle à propos du jeûne dans Le jeûne comme remède à la ruine de l'âme, en ajoutant que toute forme de « voyez-moi », gestes ou propos qui font savoir aux autres que l'on jeûne, contredit l'ikhlâs.
Une parole attribuée au soufi Fudayl ibn 'Iyâd (mort en 803) résume la difficulté : renoncer à un acte à cause des gens est de l'ostentation, agir pour les gens est de l'associationnisme, et l'ikhlâs consiste à être préservé des deux.
Le contraire de l'ikhlâs : l'ostentation
Le contraire de l'ikhlâs est le riyâ', l'ostentation, qui consiste à accomplir un acte religieux pour être vu. Un hadith rapporté par Ahmad le nomme « petit associationnisme » (shirk asghar), parce qu'il associe au regard de Dieu celui des hommes, sans faire sortir de l'islam comme le chirk majeur. Le Coran compare l'aumône faite par ostentation à un rocher couvert d'une mince couche de terre que la pluie laisse nu (sourate 2, verset 264).
Al-Ghazâlî consacre au riyâ' un livre entier de sa Revivification des sciences de la religion. L'islamologue Lyess Chacal, spécialiste de son œuvre, en a tiré pour Oumma une chronique vidéo sur comment se défaire de l'ostentation. Les maîtres spirituels distinguent aussi la sum'a, le désir que l'on parle de ses bonnes œuvres, et l''ujb, l'autosatisfaction qui fait admirer ses propres actes.
Les savants rassurent toutefois sur un point : le plaisir d'être félicité après un acte accompli pour Dieu n'annule pas cet acte, et la crainte de l'ostentation ne doit pas faire renoncer au bien.
Pourquoi la sourate 112 s'appelle Al-Ikhlâs
La sourate 112, l'une des plus courtes du Coran avec quatre versets, porte le nom d'Al-Ikhlâs, « le culte pur » ou « la sincérité », alors que le mot n'y apparaît pas. Elle commence par « Il est Allah, Unique » (sourate 112, verset 1) et affirme qu'« Il n’a jamais engendré, n’a pas été engendré non plus » (sourate 112, verset 3).
Les commentateurs expliquent ce nom de deux façons : la sourate expose l'unicité divine, le tawhid, sous sa forme la plus pure, débarrassée de toute association ; et celui qui y croit sincèrement se trouve purifié de l'associationnisme. On l'appelle aussi sourate at-Tawhîd.
Selon un hadith rapporté par Boukhari d'après Abou Sa'îd al-Khudrî, le Prophète a dit qu'elle équivaut à un tiers du Coran, ce que beaucoup de savants comprennent au sens du contenu : le Coran traite de Dieu, des récits et des lois, et cette sourate résume le premier thème. Elle se récite dans de nombreuses prières et, avec les deux dernières sourates, avant de dormir. Le texte arabe, sa lecture et sa traduction se trouvent sur la page de la sourate Al-Ikhlâs.
Ikhlâs et mots voisins
L'ikhlâs se distingue de plusieurs notions proches. La niyya est l'intention qui définit l'acte ; l'ikhlâs est la pureté de cette intention. L'ihsân est l'excellence de l'acte et la présence à Dieu ; la taqwâ la conscience de Dieu qui fait éviter le mal. Le tawhid est l'unicité de Dieu affirmée par la foi, l'ikhlâs en est la traduction dans les actes.
En français, Ikhlas est aussi un prénom et le nom de librairies ou d'associations musulmanes.




