Que signifie dunyâ ?
Dunyâ (دنيا) vient de la racine d-n-w, qui exprime la proximité et la bassesse. Danâ veut dire « s'approcher », et adnâ, « plus proche » ou « plus bas ». Ad-dunyâ en est la forme féminine : « la plus proche ». Le mot sous-entend al-hayât, la vie : al-hayât ad-dunyâ, « la vie la plus proche », c'est la vie présente, celle que l'on a sous les yeux.
Les deux sens de la racine se retrouvent dans l'usage. La dunyâ est proche, parce qu'elle est immédiate, et basse, parce qu'elle est inférieure à ce qui vient après. Le Coran emploie aussi le mot sans valeur morale : le ciel le plus proche de la Terre, celui des étoiles, est as-samâ' ad-dunyâ (sourate 67, verset 5).
Le mot forme un couple avec âkhira, « la dernière ». Les deux reviennent environ 115 fois chacun dans le texte arabe du Coran. On écrit dunyâ, dunya, dounia ou dounya ; les Turcs disent dünya et les Persans donyâ, où le mot signifie simplement « le monde ».
La vie d'ici-bas dans le Coran
Le Coran décrit la vie présente par sa brièveté et ses illusions. Le verset que l'on cite le plus, souvent résumé par l'idée que la vie d'ici-bas n'est qu'une illusion, est la fin du verset 185 de la sourate 3 : « Et la vie présente n’est qu’un objet de jouissance trompeuse ». L'arabe dit matâ' al-ghurûr, un bien dont on jouit et qui trompe. La même formule clôt le verset 20 de la sourate 57, selon les traductions « jouissance trompeuse », « illusoire » ou « temporaire ».
D'autres versets parlent de jeu : « La présente vie n’est que jeu et amusement. La demeure dans l’au-delà sera meilleure pour ceux qui sont pieux » (sourate 6, verset 32). Le Coran compare aussi la vie présente à une pluie qui fait pousser une végétation splendide, moissonnée en une nuit (sourate 10, verset 24).
Il ne la méprise pas pour autant. Il en reconnaît les beautés : « Les biens et les enfants sont l’ornement de la vie de ce monde » (sourate 18, verset 46), et il invite à y prendre sa part sans oublier l'au-delà (sourate 28, verset 77). Le reproche porte sur l'attachement, non sur la vie elle-même. Ismaël Amin a réuni ces versets dans Quelques passages du Coran concernant l'attachement au monde.
Que disent les hadiths sur la dunyâ ?
Plusieurs hadiths reprennent cet équilibre. Selon un hadith rapporté par Muslim, la dunyâ est « douce et verdoyante », et Dieu y a établi les hommes pour voir comment ils agissent. Un autre, rapporté aussi par Muslim, dit qu'elle est la prison du croyant et le paradis du mécréant : le croyant s'y sent à l'étroit par rapport à ce qui l'attend. Boukhari rapporte le conseil du Prophète à Ibn Omar : être en ce monde comme un étranger ou un voyageur de passage.
Les maîtres soufis ont fait du détachement, le zuhd, une étape du chemin. Ils précisent qu'il ne s'agit pas de fuir le monde ou de refuser la richesse, mais de ne pas laisser le monde entrer dans le cœur. On rapporte cette image : la dunyâ doit être dans la main, non dans le cœur.
Dounia dans le langage courant
Le mot est passé dans le français des jeunes et des musulmans francophones sous la forme dounia. On dit « il ne pense qu'à la dounia » d'une personne attachée à l'argent et aux plaisirs, ou « ce n'est que la dounia » pour relativiser un échec. L'expression « dans la dounia et dans l'akhira » reprend le couple coranique. En arabe dialectal, ad-dounia désigne aussi plus largement le monde et la vie : had ad-dounia, « ce bas monde ».
Dounia est enfin un prénom féminin répandu au Maghreb et en France, qui signifie « le monde ». Il n'a pas, dans cet usage, la nuance péjorative que lui donnent les textes religieux. Voir aussi mektoub et sabr, deux mots souvent employés pour parler des épreuves de la vie présente.


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