Que veut dire mektoub ?
Mektoub transcrit l'arabe maktûb (مكتوب), participe passif du verbe kataba, « écrire ». Le sens littéral est donc « écrit ». La prononciation avec un e, mektoub, est celle de l'arabe maghrébin ; maktoub et maktub suivent la prononciation de l'arabe littéraire.
Le mot appartient à la racine k-t-b, l'une des plus productives de la langue arabe. Elle a donné kitâb, « livre », kâtib, « scribe » ou « écrivain », maktab, « bureau », et maktaba, « bibliothèque ». En arabe courant, maktûb désigne aussi tout simplement une lettre, un message écrit.
Dans l'expression « c'est mektoub » ou « c'était mektoub », le mot prend un sens religieux : ce qui arrive était inscrit d'avance auprès de Dieu. On le dit après un échec (« Il n'a pas eu le poste, c'était mektoub »), une rencontre heureuse ou un deuil, pour accepter un événement que l'on ne pouvait pas empêcher.
Mektoub dans le Coran : « écrit » et « prescrit »
Le participe maktûb n'apparaît qu'une seule fois dans le Coran, et dans son sens premier. Il qualifie le Prophète, que les gens du Livre trouvent « écrit (mentionné) chez eux dans la Thora et l’Evangile » (sourate 7, verset 157).
Le verbe kataba, lui, revient souvent avec le sens de « prescrire » ou « décréter ». C'est le même mot qui dit que le jeûne est prescrit (kutiba) aux croyants (sourate 2, verset 183). Et c'est lui qu'emploie le verset le plus cité pour parler de ce qui arrive à chacun : « Rien ne nous atteindra, en dehors de ce qu’Allah a prescrit pour nous » (sourate 9, verset 51).
Un autre verset relie directement les épreuves à l'écriture : « Nul malheur n’atteint la terre ni vos personnes, qui ne soit enregistré dans un Livre avant que Nous ne l’ayons créé » (sourate 57, verset 22). Les commentateurs rattachent ce Livre à la « Tablette préservée » (al-lawh al-mahfûz), mentionnée à la sourate 85, verset 22.
Mektoub et qadar : quel lien avec le destin ?
Le mektoub populaire est la forme familière d'une croyance centrale : le qadar, ou décret divin, sixième des piliers de la foi. Croire au qadar, c'est croire que Dieu connaît tout d'avance, l'a consigné et l'a voulu. Un hadith rapporté par Muslim dit que Dieu a écrit les mesures des créatures cinquante mille ans avant de créer les cieux et la terre.
La tradition insiste pourtant sur l'action. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, des compagnons demandèrent au Prophète s'il fallait cesser d'agir puisque tout était écrit ; il répondit d'agir, car chacun est facilité vers ce pour quoi il a été créé. Les théologiens ont longuement débattu de la manière d'accorder décret divin et libre arbitre ; la page décret divin présente ces débats.
C'est aussi le sens du tawakkul, la confiance en Dieu : on fait ce que l'on doit, puis on s'en remet à Lui pour l'issue. Le mektoub vient après l'effort, il ne le remplace pas. Il se distingue de inchallah, « si Dieu le veut », qui se dit avant un projet, alors que mektoub se dit d'un fait accompli.
Mektoub : sagesse ou fatalisme ?
Le mot porte souvent une nuance de résignation, et ses critiques sont aussi musulmans. Dans Le fatalisme dans l'islam, texte publié par Oumma, le penseur Mohammad Iqbal oppose deux attitudes. La première est une certitude vivante, l'îmân, qui donne une force capable de faire prier un homme calmement sous une grêle de balles. La seconde est un fatalisme « moralement dégradant », que les critiques européens résumaient par le mot qismat et qui s'est installé, selon lui, sous l'effet de la philosophie, de l'opportunisme politique des Omeyyades et d'un affaiblissement de l'élan initial.
Hakim Fedaoui, dans À quoi ressemblerait une théologie musulmane revivifiée au 21e siècle ?, parle de « mektoubisme » pour désigner l'idée d'un destin qui déroule un scénario où les hommes subissent leur vie sans la faire. Il y oppose les versets qui montrent Dieu « chaque jour à l'œuvre ». Chems Eddine Chitour, dans un texte sur le nouvel an musulman, rappelle que pour l'islam le mektoub n'exclut pas les actes et reproche à ceux qui « imputent au mektoub » leurs propres retards.
« Coran maktoub » : le Coran écrit en arabe
Beaucoup de recherches associent maktoub et Coran : « coran maktoub », « quran karim maktoub », « coran maktoub en arabe ». Ici, le mot n'a rien à voir avec le destin. Il garde son sens premier : le Coran écrit, par opposition au Coran récité ou écouté. Ceux qui tapent ces mots cherchent le texte arabe à lire, sourate par sourate.
La distinction est ancienne. Le mot qur'ân signifie « récitation », tandis que kitâb, de la même racine que maktûb, signifie « ce qui est écrit ». Le Coran porte les deux noms. Le livre qui le rassemble, le mushaf, a été fixé en exemplaires de référence sous le calife Othman. Oumma propose le texte du Coran en arabe, avec la traduction de Hamidullah, pour les 114 sourates.
Comment mektoub est entré dans le français
Mektoub est arrivé dans le français familier par l'arabe d'Afrique du Nord, comme baraka ou inchallah. On l'emploie souvent sans connotation religieuse, au sens de « c'était le destin ». Le portrait L'Islam, c'était mon destin, publié par Oumma en 2000, raconte ainsi comment les « pages du mektoub » du basketteur Olivier Saint-Jean, devenu Tariq Abdul-Wahad, s'étaient écrites aux États-Unis, où il a rencontré l'islam.
Le mot circule aussi hors du monde arabe. Dans L'Alchimiste, le roman de Paulo Coelho, le marchand de cristaux répète « Maktub », « c'est écrit », et le livre a fait connaître le mot à des millions de lecteurs. Il sert enfin de nom de marque, notamment à un site de rencontre destiné aux célibataires d'origine maghrébine.
Les graphies admises sont mektoub, maktoub et maktub. La forme arabe est toujours مكتوب ; en turc, on trouve mektup, qui ne veut dire que « lettre ».




