Que veut dire habiba ?
Habiba transcrit l'arabe habîba (حبيبة), féminin de habîb, « aimé ». Le mot signifie « bien-aimée », « chérie », et parfois « amie chère ». Il vient de la racine h-b-b, celle de l'amour : hubb veut dire « amour », mahabba « affection ». Le -a final est la marque du féminin en arabe, comme dans Karîm et Karîma, Jamîl et Jamîla.
Dans la conversation, on s'adresse rarement à une femme par « habiba » tout court. On ajoute le possessif : habîbtî (حبيبتي), écrit habibti, « ma chérie ». Le t qui apparaît est celui du féminin, qui se prononce devant un suffixe. Le masculin correspondant est habibi, « mon chéri ».
L'exception est le Maghreb, où hbiba s'emploie seul comme mot tendre : une mère à sa fille, une grand-mère à sa petite-fille, une amie à une autre (« Viens, hbiba »). On écrit aussi 7abiba, le chiffre 7 notant le h aspiré de l'arabe.
Habiba, un prénom
Habiba est un prénom féminin courant en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Égypte et dans tout le monde musulman, et il s'est diffusé en France avec l'immigration maghrébine. Son sens, « la bien-aimée », en fait un prénom d'affection, que l'on trouve aussi chez les chrétiennes et les juives arabophones : la chanteuse tunisienne Habiba Msika, figure de la scène de Tunis dans les années 1920, était juive. Pour le choix d'un prénom et sa place dans la tradition, voir la page Naissance et prénoms.
Le prénom a une place dans l'histoire des débuts de l'islam. Oumm Habiba, « la mère de Habiba », est le surnom de Ramla, fille d'Abou Soufyan, l'un des chefs de La Mecque opposés au Prophète. Comme le rappelle Tahar Gaïd dans son article sur les épouses du Prophète, elle avait émigré en Abyssinie avec son premier mari, dont elle se sépara, avant d'épouser le Prophète alors que son père le combattait encore. Elle tenait son surnom de sa fille Habiba, née de ce premier mariage. Parmi les femmes de l'entourage du Prophète, d'autres noms sont devenus des prénoms plus répandus encore : Khadija, Aïcha ou Fatima.
Une autre Habiba apparaît dans les débats sur l'héritage. Siham Benchekroun et Merieme Yafout rappellent, dans un article sur la règle du ta'sib, le cas de Habiba bint Zouraik : brodeuse, elle avait fait prospérer le foyer avec son mari, et le calife Omar lui accorda la moitié des biens acquis avant le partage de l'héritage.
Habiba, habibti, hbiba : nuances et graphies
Les trois formes ne s'emploient pas de la même façon. Habiba est le mot ou le prénom, « bien-aimée ». Habibti est l'appel affectueux, « ma chérie », adressé à une épouse, une fille, une amie. Hbiba est la prononciation maghrébine, qui sert aussi d'appel. Au pluriel, on dit habîbât ; au Proche-Orient, habâyib désigne les êtres chers en général.
Habiba n'a pas de sens religieux en soi : c'est un mot de la langue arabe. Entre femmes, on emploie aussi ukhti, « ma sœur », plus fréquent dans les milieux pratiquants. La racine de l'amour, elle, est présente dans le Coran, qui parle de l'amour de Dieu pour les croyants : « Allah va faire venir un peuple qu’Il aime et qui L’aime » (sourate 5, verset 54). En arabe, yuhibbuhum wa yuhibbûnahu emploie le même verbe que habîba.


