Que veut dire wallah ?
Wallah transcrit l'arabe wa-llâhi (والله), « par Dieu ». La particule wa, qui veut dire « et » dans la plupart des phrases, sert aussi à introduire un serment ; le nom d'Allah qui la suit se met alors au cas indirect, d'où la finale -i de wallahi. Dans les dialectes, cette voyelle tombe souvent et l'on dit wallah.
L'arabe classique connaît trois particules de serment : wa, bi et ta. D'où trois formules de même sens, wallahi, billahi et tallahi. Pour insister, on les enchaîne : « wallah billah tallah ». On renforce aussi le serment par un nom divin, wallahi l-'aẓîm, « par Dieu le Très Grand ». Les graphies françaises sont nombreuses : wallah, wallahi, wAllah, wollah, ouallah, et en message l'abréviation wllh.
Wallah n'est pas une simple exclamation : il prend Dieu à témoin de ce que l'on affirme. C'est ce qui lui donne, en islam, un poids juridique et moral.
Wallah dans le Coran
Le Coran rapporte plusieurs serments par Dieu. Au Jour du jugement, les associateurs diront : « Par Allah notre Seigneur! Nous n’étions jamais des associateurs » (sourate 6, verset 23) : c'est littéralement wa-llâhi rabbinâ. La forme tallâhi revient neuf fois, dont plusieurs dans l'histoire de Joseph, et dans la bouche d'Abraham : « Et par Allah! Je ruserai certes contre vos idoles une fois que vous serez partis » (sourate 21, verset 57).
Une recherche du mot wallah dans le texte arabe donne pourtant des centaines de résultats trompeurs. Dans l'immense majorité des versets, wa-llâhu signifie simplement « et Allah », comme dans « Et Allah est Pardonneur et Patient ». Il n'existe pas non plus de « sourate wallah » : les sourates qui s'ouvrent par un serment jurent par la création, « Par le soleil et par sa clarté! » (sourate 91, verset 1) ou « Par le Jour Montant! » (sourate 93, verset 1). Le wa la-sawfa du verset 5 de la sourate 93, souvent cherché sous la forme « wala sawfa », veut dire « et certes », sans serment.
Jurer par Dieu : ce que disent le Coran et les savants
Le serment par Dieu est permis, et c'est le seul admis. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, le Prophète a dit : que celui qui jure, jure par Allah ou se taise. Jurer par ses parents, par la tête de sa mère ou par un prophète est donc déconseillé, voire interdit selon les écoles ; jurer par un attribut de Dieu, comme Sa parole, reste un serment valable pour la plupart des juristes.
Les juristes distinguent trois sortes de serments. Le serment irréfléchi (laghw) échappe à la sanction : « Ce n’est pas pour les expressions gratuites dans vos serments qu’Allah vous saisit: Il vous saisit pour ce que vos cœurs ont acquis » (sourate 2, verset 225). Aïcha expliquait, selon Boukhari, que ce verset visait celui qui dit dans la conversation « non, wallahi » ou « si, wallahi ». Le serment conclu sur une action future engage : celui qui le rompt doit une expiation, la kaffâra, qui consiste à nourrir dix pauvres, les habiller ou libérer un esclave, et à défaut à jeûner trois jours (sourate 5, verset 89). Le faux serment délibéré (yamîn ghamûs) est le plus grave : un hadith rapporté par Boukhari le range parmi les grands péchés. Pour les écoles hanafite, malikite et hanbalite, il ne s'expie pas et demande le repentir ; l'école chaféite impose en plus l'expiation.
Le Coran met aussi en garde contre l'abus : « n’usez pas du nom d’Allah, dans vos serments, pour vous dispenser de faire le bien » (sourate 2, verset 224), et « n’obéis à aucun grand jureur, méprisable » (sourate 68, verset 10). Selon un hadith rapporté par Muslim, le commerçant qui écoule sa marchandise par de faux serments fait partie de ceux que Dieu ne regardera pas au Jour dernier. Les savants recommandent donc de réserver wallah aux affirmations sérieuses, et l'ajout d'inchallah à un serment sur l'avenir dispense de l'expiation, selon une règle reconnue par les écoles.
Wallah dans le parler des jeunes
Dans le français familier, wallah a pris le sens de « je te jure » : « Wallah, je l'ai pas fait », « wallah c'est vrai ». Posé en question, il veut dire « sérieux ? » : « Wallah ? T'as eu ton permis ? ». Il sert aussi de simple renfort, sans intention de jurer. Le mot s'emploie avec d'autres emprunts à l'arabe, comme wesh, zarma ou seum.
Le mot a quitté les quartiers populaires depuis longtemps. Akram Belkaïd le citait en 2015 dans sa chronique Parlons wech-wech, sous la forme « Wouallah ». En 2021, Oumma relayait une enquête du Figaro, « Wallah », « hess », « seum », qui suivait Arthur, un jeune Dijonnais sans attache au Maghreb, lançant « Wallah, c'est la hess » à ses amis. En 2014, face aux injonctions faites aux musulmans de condamner les crimes de l'organisation État islamique, les réseaux sociaux ont lancé avec humour la campagne « Wallah c'est pas moi », réplique de « Not in my name ».
Ce glissement pose une question aux croyants. Pour beaucoup de savants, le wallah machinal relève du serment irréfléchi que Dieu ne sanctionne pas ; mais un mensonge appuyé d'un wallah reste un faux serment. D'où le conseil fréquent des imams : garder le mot pour ce que l'on peut vraiment jurer, et lui préférer « je te jure » ou rien du tout le reste du temps. Celui qui a juré à tort peut demander pardon à Dieu, starfoullah.



