Que veut dire subhanallah ?
Subhanallah transcrit la formule arabe subhâna Allâh (سبحان الله), « gloire à Allah ». Le mot subhân appartient à la racine s-b-ḥ. C'est un nom verbal employé comme exclamation : celui qui le prononce proclame que Dieu est pur de tout défaut, de tout associé et de tout ce que les hommes Lui prêtent à tort. Les lexicographes arabes rattachent ce sens à l'idée d'éloignement contenue dans la racine : glorifier Dieu, c'est Le tenir à l'écart de toute imperfection. Les théologiens appellent cette affirmation de la transcendance divine le tanzîh, un aspect du tawhid, l'unicité de Dieu.
La traduction de Hamidullah rend la formule par « Gloire à Allah », parfois par « Gloire et pureté à Allah ». Le fait de la dire porte un nom, le tasbîh, et le chapelet qui aide à la compter s'appelle subḥa ou misbaḥa, de la même racine. Les graphies françaises varient : subhanallah, soubhanallah, subhan Allah, sobhan Allah. Toutes renvoient à la même formule de trois syllabes fortes, sub-hâ-na, suivie du nom de Dieu.
Subhanallah dans le Coran
L'expression exacte subhâna Allâh apparaît neuf fois dans le Coran. Elle conclut souvent un verset qui rejette une fausse idée de Dieu : « Gloire à Allah. Il est au-dessus de ce qu’ils décrivent! » (sourate 37, verset 159). Le Prophète la reprend pour définir sa mission : « Voici ma voie, j’appelle les gens à [la religion] d’Allah » (sourate 12, verset 108), verset qui s'achève par « Gloire à Allah! ». Les autres occurrences se trouvent aux sourates 21, 23, 27, 28, 30, 52 et 59.
Le Coran emploie aussi la forme subhânaka, « gloire à Toi ». C'est la réponse des anges à Dieu : « Gloire à Toi! Nous n’avons de savoir que ce que Tu nous a appris. » (sourate 2, verset 32). C'est aussi l'invocation de Jonas dans le ventre du poisson : « Pas de divinité à part Toi! Pureté à Toi! J’ai été vraiment du nombre des injustes » (sourate 21, verset 87). Le récit du Voyage nocturne, l'isra, s'ouvre lui aussi par subhâna : « Gloire et Pureté à Celui qui de nuit, fit voyager Son serviteur » (sourate 17, verset 1).
Pour le Coran, le tasbîh dépasse la parole humaine : « il n’existe rien qui ne célèbre Sa gloire et Ses louanges » (sourate 17, verset 44). Les cieux, la terre, les oiseaux et le tonnerre glorifient Dieu, chacun à sa manière.
Quand dit-on subhanallah ?
Dans le dhikr, subhanallah se dit pour elle-même, en dehors de toute circonstance, comme une louange. Dans la conversation, elle exprime plusieurs émotions. L'émerveillement d'abord : devant un paysage, la naissance d'un enfant, une coïncidence heureuse. L'étonnement ensuite : dans plusieurs hadiths rapportés par Boukhari, le Prophète s'exclame « subhân Allâh ! » devant une remarque qui le surprend. La consternation enfin : arrivé à Kahramanmaras après les séismes de février 2023, le chanteur Maher Zain décrivait sur les réseaux une ville « qui rappelle une zone de guerre, Subhanallah ».
La formule sert aussi à marquer le refus d'une parole inconvenante. Le Coran reproche aux croyants de ne pas avoir dit, en entendant une rumeur contre Aïcha : « Gloire à Toi (ô Allah)! C’est une énorme calomnie » (sourate 24, verset 16). Dans la prière en commun, selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, l'homme qui veut signaler une erreur à l'imam dit « subhanallah » ; la femme frappe des mains.
Oumma a rapporté en 2019 le récit d'une Britannique venue fleurir une mosquée après l'attentat de Christchurch, que le témoin conclut ainsi : « Subhanallah, deux ou trois heures plus tard, elle a pris seule la décision de prononcer la Shahada ». En 2018, une affichette « Soubhan Allah » collée dans le métro d'Alger a suscité une polémique ; dans sa réponse publiée sur Oumma, Noureddine Aoussat rappelait qu'il s'agit d'une formule classique de rappel de Dieu, non d'un slogan politique.
Subhanallah wa bihamdihi : traduction et signification
Subhâna Allâhi wa bi-ḥamdihi (سبحان الله وبحمده) se traduit par « gloire à Allah, et par Sa louange » : on proclame la pureté de Dieu en Le louant. La formule associe deux gestes que le Coran réunit souvent : « par la louange, célèbre la gloire de ton Seigneur et implore Son pardon » (sourate 110, verset 3).
Deux hadiths célèbres en font une parole de grand mérite. Selon le premier, rapporté par Boukhari et Muslim, celui qui la dit cent fois dans la journée voit ses péchés effacés, seraient-ils aussi nombreux que l'écume de la mer. Le second, qui clôt le recueil de Boukhari, parle de « deux paroles légères sur la langue, lourdes dans la balance, aimées du Tout Miséricordieux » : subhâna Allâhi wa bi-ḥamdihi, subhâna Allâhi l-ʿaẓîm, « gloire à Allah et par Sa louange, gloire à Allah le Très Grand ».
La prière elle-même s'ouvre souvent par une formule voisine, subhânaka Allâhumma wa bi-ḥamdika, « gloire à Toi, ô mon Dieu, et par Ta louange », que décrit l'article d'Oumma Comment faire la prière.
Pourquoi dire subhanallah 33 fois ?
Le chiffre vient de la tradition prophétique. Selon un hadith rapporté par Muslim, celui qui dit après chaque prière obligatoire 33 fois subhanallah, 33 fois alhamdoulillah et 33 fois allahou akbar, puis complète la centaine par lâ ilâha illa Allâh waḥdahu lâ sharîka lah, obtient le pardon de ses fautes. Un autre hadith, rapporté par Boukhari et Muslim, raconte qu'Ali et Fatima demandèrent un serviteur au Prophète ; il leur enseigna plutôt de dire avant de dormir 33 subhanallah, 33 alhamdoulillah et 34 allahou akbar, en leur disant que cela valait mieux pour eux qu'un serviteur. On compte sur les doigts ou sur un chapelet de 33 ou 99 grains.
Le tasbîh fait aussi partie de la prière. Dans l'inclinaison de chaque rak'a, on dit subhâna rabbiya l-ʿaẓîm, « gloire à mon Seigneur le Très Grand », et dans la prosternation, subhâna rabbiya l-aʿlâ, « gloire à mon Seigneur le Très Haut ». Ces formules font écho aux versets « Glorifie donc le nom de ton Seigneur, le Très Grand! » (sourate 56, verset 74) et « Glorifie le nom de ton Seigneur, le Très Haut » (sourate 87, verset 1). Pour l'école hanbalite, les dire au moins une fois est obligatoire ; pour les trois autres écoles, c'est une sunna.
Certaines périodes s'y prêtent particulièrement. Dans son article sur les dix premiers jours de Dhou al-Hijja, Mohamed Chtatou rappelle que le Prophète encourageait à y multiplier tasbîh, tahmîd et takbîr. La page invocations et dhikr présente l'ensemble de ces formules.
Subhanallah, machallah, allahou akbar : quelle différence ?
Ces formules se suivent souvent mais ne disent pas la même chose. Subhanallah affirme la pureté de Dieu. Hamdoulah Le remercie et Le loue. Allahou akbar proclame qu'Il est plus grand que tout. Selon un hadith rapporté par Muslim, ces trois paroles et lâ ilâha illa Allâh sont les quatre paroles les plus aimées de Dieu.
Machallah, « ce que Dieu a voulu », se dit plutôt devant une chose belle ou réussie, pour l'admirer sans envie. Subhanallah marque davantage la surprise et peut se dire devant le malheur comme devant la beauté. Starfoullah, « je demande pardon à Dieu », se dit quand on entend ou commet une faute. Dire subhanallah pour réagir à une injustice reste possible, mais au sens de « Dieu est au-dessus de cela », non de « Dieu merci », contresens fréquent chez ceux qui découvrent la formule.



