Que veut dire Allah yarhamou ?
Allah yarhamou transcrit la forme dialectale de l'arabe Allâh yarhamuh (الله يرحمه). Yarham est le verbe « faire miséricorde » à l'inaccompli, qui prend ici une valeur de souhait ; le suffixe -ou (-hu) veut dire « lui ». Mot à mot : « Dieu lui fasse miséricorde ». La racine r-h-m est celle de rahma, la miséricorde, et des deux noms divins qui ouvrent la basmala, le Tout Miséricordieux et le Très Miséricordieux.
La formule change selon la personne : Allah yarhamha pour une femme, Allah yarhamhoum pour plusieurs défunts. En arabe littéraire, on emploie plutôt rahimahou Allah (رحمه الله), un verbe au passé qui exprime lui aussi un vœu. On le lit souvent après le nom d'un savant disparu. Dans un hommage publié par Oumma en 2020, Mustapha Habes écrit ainsi « le décès du Dr Mohammad Amara rahimahou Allah », puis emploie la même formule pour le cheikh Abdelhamid Ibn Badis.
Quand dit-on Allah yarhamou ?
On l'ajoute chaque fois que l'on nomme un défunt : « Mon grand-père, Allah yarhamou, venait de Tlemcen ». C'est aussi la formule que l'on adresse aux proches en présentant ses condoléances, souvent après inna lillahi wa inna ilayhi raji'un, « nous sommes à Dieu et vers Lui nous retournons ». On y répond par amin, ou en élargissant le vœu : Allah yarhamna jami'an, « que Dieu nous fasse miséricorde à tous ».
Le Coran enseigne une invocation de ce type pour les parents : « O mon Seigneur, fais-leur, à tous deux, miséricorde comme ils m’ont élevé tout petit » (sourate 17, verset 24). Il cite aussi la prière des croyants pour ceux qui les ont devancés : « Seigneur, pardonne-nous, ainsi qu’à nos frères qui nous ont précédés dans la foi » (sourate 59, verset 10). Les rites qui accompagnent le décès sont détaillés sur la page la mort et le deuil en islam.
Allah yarhamou, yarhamouk Allah : ne pas confondre
La même racine sert à une formule adressée aux vivants. Quand quelqu'un éternue et dit hamdoulah, on lui répond yarhamouk Allah, « que Dieu te fasse miséricorde » ; un hadith rapporté par Boukhari enseigne cet échange, auquel l'éternueur répond par une formule de guidance proche d'Allah yehdik. Dire Allah yarhamek à quelqu'un n'est donc pas lui souhaiter la mort.
Au Maroc, Allah yrhem lwalidin (« que Dieu fasse miséricorde à tes parents ») est un remerciement de tous les jours, adressé au vendeur, au voisin ou au chauffeur de taxi, que les parents soient vivants ou non.
La question de la formule pour un défunt non musulman divise. Beaucoup de savants s'appuient sur le verset 113 de la sourate 9, qui interdit d'implorer le pardon pour les associateurs, pour ne pas l'employer ; d'autres distinguent ce pardon des marques de compassion envers la famille, qui restent permises à tous.

