Dou'a, doua, du'â : un seul mot
Dou'a est l'une des graphies françaises du mot arabe du'â' (دعاء), l'invocation, la demande que le croyant adresse directement à Dieu. Le sens du mot, sa racine (d-'-w, « appeler ») et sa différence avec la prière rituelle sont expliqués à l'entrée du'â ; les moments favorables et la prière de consultation, sur la page Invocations et dhikr. Cette entrée-ci traite du mot tel qu'on l'emploie au quotidien.
Les graphies sont nombreuses : dou'a, doua, douâ, du'a, dua, et dou3a dans les messages, où le 3 note la lettre 'ayn. L'apostrophe de dou'a marque ce 'ayn, une consonne que le français n'a pas. En arabe, le mot est masculin et son pluriel est ad'iya (أدعية). En français, l'usage hésite : on dit « un du'â » dans les livres, mais « une doua » et « des douas » dans la langue courante, et Oumma écrit volontiers « la douâ ».
Dans un texte de 2000, Al Adhan, Ibrahim Halitim rappelait que le français traduit par un seul mot, « prière », trois notions distinctes : la dou'a (l'invocation), la salah (la prière rituelle) et le dhikr (le rappel de Dieu).
« Faire des douas » : les expressions du quotidien
Le mot s'est fait une place dans le français des musulmans. On dit « faire des douas » pour invoquer Dieu, « fais-moi des douas » avant un examen ou une opération, « je te mets dans mes douas » pour assurer quelqu'un de son soutien, « fais une doua pour lui » à l'annonce d'une maladie ou d'un décès. Sur les réseaux, « douas » accompagne aussi les appels à prier pour Gaza ou pour un malade.
Cette habitude repose sur une tradition précise. Selon un hadith rapporté par Muslim, d'après Abou ad-Dardâ', l'invocation d'un musulman pour son frère absent est exaucée, et un ange chargé de lui répond « et pour toi de même ». Prier pour autrui en son absence est ainsi considéré comme l'une des formes les plus sincères du du'â.
À « je fais des douas pour toi », on répond par amin, par wa iyyâk, « et pour toi aussi », par jazakallahu khayran, ou au Maghreb par Allah yesma3 mennek, « que Dieu t'entende ». Le geste le plus connu est celui des mains levées, paumes vers le ciel, que les caméras saisissent parfois dans les stades : Oumma a montré les douas de Lamine Yamal avant chaque entrée sur le terrain, et Cristiano Ronaldo se recueillant pendant une séance de tirs au but en Arabie saoudite.
Les douas du Coran
Beaucoup de douas que l'on apprend enfant viennent du Coran, où elles sont dites par les prophètes ou les croyants. Avant un examen, un entretien ou une prise de parole, on récite la demande de Moïse : « Seigneur, ouvre-moi ma poitrine » (sourate 20, verset 25), suivie de « et facilite ma mission » (verset 26). Pour l'étude, on dit : « O mon Seigneur, accroît mes connaissances! » (sourate 20, verset 114).
Pour les parents, le Coran enseigne : « O mon Seigneur, fais-leur, à tous deux, miséricorde comme ils m’ont élevé tout petit » (sourate 17, verset 24). Pour un conjoint et des enfants, souvent cherchée comme « doua pour le mariage » ou « pour une personne qu'on aime » : « Seigneur, donne-nous, en nos épouses et nos descendants, la joie des yeux, et fais de nous un guide pour les pieux » (sourate 25, verset 74). Pour le repentir, on reprend les mots d'Adam et Ève : « O notre Seigneur, nous avons fait du tort à nous-mêmes » (sourate 7, verset 23).
Ces douas commencent souvent par Rabbi, « mon Seigneur », ou Rabbanâ, « notre Seigneur », d'où le nom de « douas rabbana » qu'on leur donne parfois.
Les douas de la Sunna pour chaque moment
D'autres formules viennent des hadiths et accompagnent les gestes de la journée. Avant de dormir, selon Boukhari : bismika Allâhumma amûtu wa ahyâ, « en Ton nom, ô Dieu, je meurs et je vis ». Au départ en voyage, on récite « Gloire à Celui qui nous a soumis tout cela » (sourate 43, verset 13) et le verset suivant, complétés selon Muslim par une demande de piété et de facilité pour le trajet. À la rupture du jeûne, selon Abou Daoud : dhahaba az-zama'u wa btallati l-'urûq wa thabata al-ajru in shâ' Allâh, « la soif est partie, les veines sont humectées, et la récompense est acquise si Dieu le veut ». Sous la pluie, selon Boukhari : Allâhumma sayyiban nâfi'an, « ô Dieu, une pluie bienfaisante ».
Pour un défunt, la formule la plus connue se dit dans la prière funéraire : Allâhumma ghfir lahu wa rhamhu, « ô Dieu, pardonne-lui et fais-lui miséricorde », selon Muslim ; on dit aussi Allah yarhamou. Pour féliciter des mariés, selon Abou Daoud et Tirmidhi : bâraka Allâhu laka wa bâraka 'alayka wa jama'a baynakumâ fî khayr (voir mabrouk).
Ces textes sont rassemblés dans de petits livres d'invocations, dont le plus diffusé est Hisn al-Muslim, « La citadelle du musulman », de Sa'îd al-Qahtânî. C'est souvent lui que l'on désigne en cherchant un « livre de doua ».
Comment faire une doua, et ce qu'elle n'est pas
Il n'existe pas de rituel obligatoire. La tradition recommande de commencer par louer Dieu et prier sur le Prophète, de lever les mains, de se tourner si possible vers la qibla, de demander avec humilité et de ne pas s'impatienter : selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, l'invocation est exaucée tant que l'on ne dit pas « j'ai invoqué et je n'ai pas été exaucé ». On peut faire sa doua en français, à voix basse ou dans le cœur.
Trois confusions reviennent dans les recherches. La « doua sourate Yassine » désigne en fait la lecture de la sourate 36, Yâ-Sîn, que beaucoup récitent auprès d'un mourant ou d'un défunt ; c'est une récitation du Coran, pas une doua, et la valeur du hadith qui la recommande est discutée entre savants. La « sourate doua » est le plus souvent la sourate 93, ad-Duhâ, comme l'explique l'entrée du'â. Enfin, les messages qui promettent une « doua pour avoir ce qu'on veut » en quelques jours, à condition de la répéter un nombre précis de fois, n'ont pas d'appui dans les textes : la tradition laisse à Dieu le moment et la forme de la réponse.



