Que veut dire Aïd moubarak ?
Aïd moubarak transcrit l'arabe 'îd mubârak (عيد مبارك), « fête bénie ». Le premier mot, 'îd, désigne une fête ; les lexicographes arabes le rattachent à la racine '-w-d, « revenir », parce que la fête revient chaque année. Le second, mubârak, est le participe du verbe bâraka, « bénir », de la racine b-r-k qui donne aussi la baraka et barakallahoufik.
Le mot 'îd apparaît une seule fois dans le Coran, dans une prière de Jésus qui demande une table descendue du ciel : « fais descendre du ciel sur nous une table servie qui soit une fête pour nous » (sourate 5, verset 114). L'idée y est déjà là : une fête est un bienfait de Dieu que l'on partage, « pour le premier d'entre nous, comme pour le dernier ».
La formule ne désigne pas une fête en particulier. Elle sert pour les deux grandes fêtes de l'islam, l'Aïd al-Fitr, qui clôt le Ramadan, et l'Aïd al-Adha, la fête du sacrifice. On la complète parfois : Aïdkoum moubarak, « que votre fête soit bénie », est la forme qu'emploie Oumma pour ses vœux de l'Aïd al-Fitr, ou Aïd moubarak sa'îd, « fête bénie et heureuse ».
Quand dit-on Aïd moubarak ?
On commence à se souhaiter l'Aïd dès que la date est confirmée, la veille au soir, quand le croissant de lune annonce le nouveau mois. Le vœu s'échange surtout le matin de la fête, à la sortie de la prière de l'Aïd, puis tout au long de la journée, en famille, au téléphone et sur les réseaux sociaux.
Pour l'Aïd al-Fitr, la fête dure officiellement un jour, mais les visites et les vœux se prolongent souvent sur deux ou trois jours. Pour l'Aïd al-Adha, qui s'étend sur plusieurs jours de sacrifice, on dit Aïd moubarak pendant toute la période. Le déroulé des deux fêtes, la prière, la zakât al-fitr ou l'abattage, est détaillé sur les pages Aïd el-Fitr et Aïd el-Adha. Pour les questions pratiques sur le mouton, Oumma a publié un guide : l'Aïd al-Adha, sens, finalités, règles et questions pratiques.
Le vœu ne se confond pas avec Ramadan moubarak, « Ramadan béni », que l'on dit au début du mois de jeûne, ni avec saha ftourkoum, réservé à la rupture du jeûne de chaque soir.
Que répondre à Aïd moubarak ?
La réponse la plus simple est de rendre le vœu : « Aïd moubarak », ou « Aïdek moubarak » (« ta fête »), « Aïdkoum moubarak » (« votre fête »). On peut ajouter wa antum bi-khayr, « et vous, soyez dans le bien ».
La formule que beaucoup considèrent comme la plus fidèle à la tradition est taqabbal Allahu minna wa minkum, « que Dieu accepte (nos œuvres) de nous et de vous ». Celui à qui on la dit répond minna wa minkum, « de nous et de vous », ou reprend la phrase entière. Elle rappelle que la fête couronne un effort, le jeûne du Ramadan ou les jours du pèlerinage, dont on demande à Dieu qu'Il l'agrée.
Une troisième réponse très répandue dans le monde arabe est kull 'âm wa antum bi-khayr, « que chaque année vous trouve dans le bien », à laquelle on répond wa antum bi-khayr. On entend aussi Allah ybarek fik ou amin.
Aïd moubarak, Aïd mabrouk ou Eid Mubarak ?
Les trois sont justes. Moubarak (mubârak) est la forme de l'arabe littéraire, participe du verbe bâraka. Mabrouk (mabrûk) est la forme courante dans les dialectes du Maghreb, participe du verbe simple baraka ; c'est le même mot qui sert à féliciter, comme dans mabrouk. Dire « Aïd mabrouk » n'est donc pas une faute : c'est la manière algérienne, marocaine ou tunisienne de dire la même chose.
Eid Mubarak est la transcription anglaise, devenue internationale avec les réseaux sociaux. Le e anglais rend le son « i » de 'îd, et le u le son « ou ». En français, on écrit Aïd moubarak, Aïd mubarak ou Aïd moubarek ; en arabe, عيد مبارك, souvent calligraphié sur les cartes de vœux.
En Algérie, on dit aussi saha Aïdkoum, « bonne santé pour votre fête », sur le modèle de saha.
Comment souhaiter l'Aïd selon les pays ?
Chaque langue du monde musulman a sa formule. En Turquie, où l'Aïd s'appelle bayram, on dit Bayramınız mübarek olsun, « que votre fête soit bénie », ou İyi bayramlar, « bonnes fêtes ». En Iran, Eid-e shomâ mobârak, « votre fête est bénie ». En Indonésie et en Malaisie, on dit Selamat Idul Fitri ou Selamat Hari Raya, souvent suivi de minal 'aidin wal faizin, une formule arabe qui souhaite d'être « parmi ceux qui reviennent et ceux qui réussissent ».
Au Proche-Orient et en Égypte, 'îd sa'îd, « joyeuse fête », et kull 'âm wa antum bi-khayr sont les plus courants. Au Sénégal, où les fêtes s'appellent Korité et Tabaski, on échange en wolof Dewenati, « à l'année prochaine ».
Le vœu dépasse aussi la communauté musulmane. En 2012, Oumma racontait comment le footballeur français Samir Nasri avait célébré un but avec un t-shirt « Eid Mubarak », le jour de l'Aïd al-Fitr. Chefs d'État, maires et clubs de sport adressent chaque année leurs vœux ; en 2020, celui du maire de Mantes-la-Ville lui a valu une lettre ouverte du Parti socialiste local, qui y voyait une atteinte à la laïcité.
D'où vient l'habitude de se souhaiter l'Aïd ?
Le Coran ne fixe pas de formule de vœux. L'usage remonte aux compagnons du Prophète : selon une tradition rapportée par Jubayr ibn Nufayr et citée par Ibn Hajar dans son commentaire de Boukhari, ils se disaient le jour de l'Aïd taqabbal Allâhu minnâ wa minka, « que Dieu accepte de nous et de toi ». La formule 'îd mubârak est venue plus tard, dans l'usage des peuples musulmans.
Les écoles juridiques sunnites admettent ces vœux. Elles y voient une manière de partager la joie de la fête, qui fait partie de ses gestes recommandés au même titre que les beaux habits, les visites et l'aumône. Aucune ne les tient pour obligatoires.
Un non-musulman peut dire Aïd moubarak à un voisin ou à un collègue : c'est une marque de courtoisie, comme souhaiter un joyeux Noël, sans engagement religieux. Les musulmans y répondent par le même vœu ou par un simple merci, choukrane.






