Que veut dire mabrouk ?
Mabrouk transcrit l'arabe mabrûk (مبروك), qui signifie « béni ». C'est le participe passif du verbe baraka, de la racine b-r-k, qui exprime l'idée d'un bien qui s'installe et dure. La même racine a donné la baraka, la bénédiction, et les formules Allah ybarek et barakallahoufik, « que Dieu te bénisse ».
Dire « mabrouk » à quelqu'un, c'est donc lui souhaiter que ce qui lui arrive soit béni, et le reste. Le mot remplit le rôle de « félicitations », mais avec une nuance : il ne salue pas seulement un mérite, il appelle sur l'événement la bénédiction de Dieu. C'est pourquoi on peut le dire pour un bonheur qui ne doit rien à l'effort, comme une naissance.
On le complète souvent par la personne visée : mabrouk 'alik ou mabrouk 3lik, « (que ce soit) béni pour toi », mabrouk 'alikoum pour plusieurs. Au Proche-Orient et en Égypte, on renforce volontiers le vœu par alf mabrouk, « mille fois béni ».
Mabrouk ou moubarak : quelle différence ?
Les deux mots viennent de la même racine. Mubârak est le participe du verbe bâraka, « bénir », la forme de l'arabe littéraire et du Coran. Mabrûk est le participe du verbe simple baraka, devenu la forme courante dans les parlers, surtout pour féliciter. On dit plus volontiers « Ramadan moubarak » et « mabrouk pour ton mariage », mais les deux s'échangent souvent.
Le mot mabrûk ne figure pas dans le Coran, qui emploie mubârak pour ce que Dieu a béni : la Maison de La Mecque, « bénie et une bonne direction pour l’univers » (sourate 3, verset 96), le Coran lui-même, ou Jésus qui dit : « Où que je sois, Il m’a rendu béni » (sourate 19, verset 31). Des grammairiens puristes ont fait remarquer que le verbe baraka désigne d'abord, en arabe classique, le chameau qui s'agenouille, et ont recommandé mubârak pour féliciter. L'usage a tranché : mabrouk est compris et admis partout.
Les deux formes sont aussi des noms propres. Moubarak était le nom de l'ancien président égyptien Hosni Moubarak ; Mabrouk est un prénom et un nom de famille répandus au Maghreb.
Quand dit-on mabrouk ?
On dit mabrouk devant toute bonne nouvelle : un mariage, des fiançailles, une naissance, un diplôme, un permis de conduire, un nouvel emploi, un achat important. Au Maghreb, on le dit aussi pour un vêtement neuf ou une coupe de cheveux, où l'on entend également bsahtek, « à ta santé ».
Pour le mariage, la tradition a transmis une formule précise. Selon un hadith rapporté par Abou Daoud et Tirmidhi, le Prophète félicitait le marié en disant : bâraka Allâhu laka wa bâraka 'alayka wa jama'a baynakumâ fî khayr, « que Dieu te bénisse, répande Sa bénédiction sur toi et vous unisse dans le bien ». Les juristes rapportent qu'elle remplaçait le vœu préislamique « harmonie et fils », qui souhaitait des garçons. Beaucoup la disent encore après la cérémonie du nikâh ou pendant la walîma, le repas de noces.
Pour une naissance, le Coran donne un modèle de bénédiction. Quand les anges annoncent à la femme d'Abraham qu'elle aura un fils, ils ajoutent : « Que la miséricorde d’Allah et Ses bénédictions soient sur vous, gens de cette maison! » (sourate 11, verset 73). Les usages qui entourent l'arrivée d'un enfant sont présentés sur la page Naissance et prénoms.
Que répondre à mabrouk ?
La réponse la plus courante est Allah ybarek fik (à une femme fiki, à plusieurs fikoum), « que Dieu te bénisse », qui renvoie la bénédiction à celui qui félicite. En arabe littéraire, on dit bâraka Allâhu fîk. Un simple « merci », choukrane, convient aussi.
Au mariage, une réponse revient souvent quand celui qui félicite n'est pas encore marié : 'uqbâl 'andek, prononcé 3o9bal 3andek au Maghreb et 'u'bâl 'andak en Égypte, « que ce soit bientôt ton tour ». On l'emploie aussi pour un diplôme ou une naissance. Le vœu est affectueux, mais à manier avec tact devant une personne qui souffre de ne pas être mariée ou de ne pas avoir d'enfant.
Aïd mabrouk, aidkoum mabrouk : les vœux de fête
Mabrouk sert aussi à souhaiter les fêtes. Aïd mabrouk ou Aïdkoum mabrouk, « votre fête est bénie », est la forme maghrébine de Aïd moubarak ; Aïdek mabrouk s'adresse à une seule personne. Les deux formes sont justes. Oumma adresse chaque année ses vœux à ses lecteurs sous la forme « Aidkoum Moubarak ! ».
À ces vœux, on répond en rendant la formule (« Aïdek mabrouk »), par Allah ybarek fik, ou par taqabbal Allahu minna wa minkum, « que Dieu accepte de nous et de vous ». Les formules propres à chaque pays sont détaillées sur la page Aïd moubarak. Pour le mois de jeûne, on dit plutôt Ramadan moubarak.
Mabrouk dans les autres langues
Mabrouk est un mot de la langue arabe, pas un terme de culte. Les chrétiens arabophones du Liban, d'Égypte ou de Palestine l'emploient comme les musulmans, et beaucoup de Français l'ont adopté pour féliciter un ami d'origine maghrébine.
La racine a voyagé avec l'islam. En persan, on dit mobârak bâd, « que ce soit béni », et tavallodet mobârak pour « joyeux anniversaire ». En turc, mübarek garde un sens religieux, comme dans Bayramınız mübarek olsun pour l'Aïd, tandis que l'on félicite plutôt par tebrikler ou hayırlı olsun, « que ce soit pour le bien ». La même racine sémitique se retrouve en hébreu, dans baroukh, « béni ».

