Que veut dire choukrane ?
Choukrane est la transcription française de l'arabe shukran (شكرا), le mot le plus courant pour dire « merci ». Grammaticalement, c'est le nom shukr, « gratitude, remerciement », mis à l'accusatif. Les grammairiens y voient un verbe sous-entendu : ashkuruka shukran, « je te remercie d'un remerciement ». Le n final, que l'on entend à l'oral, est porté en arabe par un signe de voyelle double sur l'alif.
Pour insister, on ajoute un adjectif : choukrane jazilane (شكرا جزيلا), « merci beaucoup », où jazîl veut dire « abondant, généreux » ; ou choukrane kathîran, de même sens. Alf choukr, « mille mercis », s'entend aussi.
Le mot vient de la racine sh-k-r, qui exprime la reconnaissance d'un bienfait. Elle donne shukr, la gratitude envers Dieu, notion centrale de la morale musulmane, et le verbe tashakkara, « remercier », dont le turc a tiré teşekkür ederim et le persan tashakkor, leurs propres mots pour « merci ». En malais et en indonésien, syukur désigne la gratitude envers Dieu.
Comment dire merci en arabe ?
Le merci de base est choukran (شكرا), que l'on écrit choukrane en français. Il convient partout, au marché comme au bureau, entre arabophones de toutes religions.
Pour remercier plus fort, on dit choukran jazilan (شكرا جزيلا), « merci beaucoup ». C'est la formule polie de l'arabe standard, celle des lettres et des discours.
Entre musulmans, on remercie souvent par une bénédiction : barak Allahou fik (بارك الله فيك), « qu'Allah te bénisse » (voir barakallahoufik), dite au Maghreb Allah ybarek fik. Pour un service important, on dit jazak Allahou khayran (جزاك الله خيرا), « qu'Allah te récompense par un bien » (voir jazakallahu khayran) : on confie à Dieu la récompense que l'on ne peut pas rendre soi-même.
Que répondre à choukrane ?
La réponse la plus répandue en arabe standard est 'afwan (عفوا), « de rien », mot à mot « pardon, ce n'est rien ». Une formule plus soutenue, très courante au Proche-Orient et dans le Golfe, est lâ shukra 'alâ wâjib, « pas de remerciement pour un devoir ». On entend aussi al-'afw, prononcé el-'afw en Égypte.
Au Maghreb, la réponse habituelle est bla jmil (بلا جميل), « sans faveur » : celui qui a rendu service dit qu'il n'a fait aucune grâce et qu'on ne lui doit rien.
On peut enfin répondre par un vœu, comme Allah ybarek fik, « que Dieu te bénisse », qui transforme le remerciement en bénédiction réciproque.
Comment dit-on merci au Maghreb ?
Choukrane est compris partout, mais les dialectes du Maghreb ont leurs propres mercis, souvent formés sur des vœux. En Algérie, on remercie par saha, « santé », ou yaatik saha, « que Dieu te donne la santé », la même idée que dans bsahtek. En Tunisie, on dit yaïchek, « qu'Il te fasse vivre ». Au Maroc, choukrane est très employé, à côté de Allah yrhem lwalidin, « que Dieu fasse miséricorde à tes parents ».
Les formules religieuses de remerciement sont partagées dans tout le monde musulman : barakallahoufik, « que Dieu te bénisse », et jazakallahu khayran, « que Dieu te récompense par un bien ». Au Proche-Orient, merci, emprunté au français, s'entend aussi couramment, au Liban surtout, souvent prononcé merci ktir, « merci beaucoup ».
Choukrane n'appartient à aucune religion. Les chrétiens et les juifs arabophones l'emploient comme les musulmans, de même que l'on dit ahlan pour accueillir.
Choukrane et la gratitude dans le Coran
Le mot exact shukran apparaît dans le Coran, dans un passage sur le prophète David et sa famille : « O famille de David, œuvrez par gratitude » (sourate 34, verset 13). Le verset ajoute que peu de serviteurs de Dieu sont vraiment reconnaissants. La gratitude n'y est pas seulement une parole : elle se montre par les actes.
Le Coran oppose sans cesse la reconnaissance (shukr) à l'ingratitude (kufr), mot qui a pris ensuite le sens de mécréance. Il promet : « Si vous êtes reconnaissants, très certainement J’augmenterai [Mes bienfaits] pour vous » (sourate 14, verset 7). Dieu lui-même y est appelé ash-Shakûr, « le Très Reconnaissant », qui récompense pleinement et ajoute de Sa grâce (sourate 35, verset 30).
La tradition prophétique relie la gratitude envers Dieu à celle envers les gens. Selon un hadith rapporté notamment par Abou Daoud et Tirmidhi, celui qui ne remercie pas les gens ne remercie pas Dieu. Le remerciement adressé à un proche fait ainsi partie, pour le croyant, de la reconnaissance due à Dieu.
Choukrane, barakallahoufik, jazakallahu khayran : quelle différence ?
Les trois expriment un remerciement, mais pas de la même façon. Choukrane est un merci direct, d'une personne à une autre, sans mention de Dieu. Barakallahoufik demande à Dieu de bénir celui qui a rendu service. Jazakallahu khayran lui demande de le récompenser, en reconnaissant que l'on ne peut pas rendre soi-même ce que l'on a reçu.
Dans l'usage, on les combine souvent : « Choukrane, barakallahoufik ». Les deux formules religieuses s'entendent davantage entre musulmans pratiquants ; choukrane convient dans toutes les situations, au restaurant comme au travail.
