Qui est David (Dâwûd) en islam ?
David, Dâwûd en arabe (داود), est à la fois prophète et roi. Le Coran le nomme seize fois, dans neuf sourates, et le range parmi les prophètes à qui Dieu a fait une révélation : « Nous avons fait révélation à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob aux Tribus, à Jésus, à Job, à Jonas, à Aaron et à Salomon, et Nous avons donné le Zabour à David » (4:163). Il fait aussi partie de la descendance guidée d'Abraham (6:84).
Il correspond au roi David de la Bible, issu de la tribu de Juda, donc de la lignée de Jacob ; la tradition musulmane reprend cette généalogie, que le Coran ne donne pas. Le Coran ne le raconte pas de sa naissance à sa mort : il retient quelques épisodes (la victoire sur Goliath, les dons de Dieu, deux affaires de justice, un moment d'épreuve) et le portrait d'un serviteur modèle, « doué de force [dans l'adoration] et plein de repentir [à Allah] » (38:17). Son fils Salomon est lui aussi prophète et roi.
Tâlût, le coffre et la rivière : le contexte du combat
L'histoire de David commence dans la sourate de la Vache, par celle de ses compatriotes. Après Moïse, des notables des Enfants d'Israël disent à l'un de leurs prophètes : « Désigne-nous un roi, pour que nous combattions dans le sentier d’Allah » (2:246). La tradition identifie ce prophète à Samuel (Shamwîl), nom que le Coran ne donne pas. Il leur annonce : « Voici qu’Allah vous a envoyé Tâlût pour roi » (2:247). Tâlût, que l'on rapproche du roi Saül de la Bible, n'est pas riche, et les notables s'en offusquent. Le prophète répond que Dieu l'a élu, et « a accru sa part quant au savoir et à la condition physique » (2:247).
Le signe de son investiture est le retour du « Coffre », « objet de quiétude inspiré par votre Seigneur, et contenant les reliques de ce que laissèrent la famille de Moïse et la famille d’Aaron » (2:248), que portent les anges. Avant le combat, Tâlût soumet ses troupes à une épreuve : « Allah va vous éprouver par une rivière » (2:249). Ceux qui boivent à satiété s'écartent de lui, un petit nombre reste. Ces derniers s'écrient en voyant l'armée de Goliath (Jâlût) : « Nous voilà sans force aujourd’hui contre Goliath et ses troupes ! » (2:249). Ceux qui sont persuadés de rencontrer Dieu répondent : « Combien de fois une troupe peu nombreuse a, par la grâce d’Allah, vaincu une troupe très nombreuse ! » (2:249).
David et Goliath dans le Coran
Avant d'affronter l'ennemi, les croyants prient : « Seigneur ! Déverse sur nous l’endurance, affermis nos pas et donne-nous la victoire sur ce peuple infidèle » (2:250). Puis vient le verset qui nomme David : « Ils les mirent en déroute, par la grâce d’Allah. Et David tua Goliath ; et Allah lui donna la royauté et la sagesse, et lui enseigna ce qu’Il voulut » (2:251).
Le Coran ne parle ni de fronde ni de pierre, ni de la taille du géant. Ces détails viennent de la Bible (1 Samuel 17) et de récits que rapportent des exégètes comme Tabarî et Ibn Kathîr : David est un jeune berger, le dernier des fils d'un homme appelé Îshâ (Jessé), qui rejoint l'armée de Tâlût et abat Goliath d'un jet de pierre. Pour le Coran, l'essentiel est ailleurs : la victoire d'un petit nombre de croyants par la grâce de Dieu, et ce que Dieu donne à David ensuite, la royauté et la sagesse.
Le verset 2:251 ajoute une réflexion plus large : « Et si Allah ne neutralisait pas une partie des hommes par une autre, la terre serait certainement corrompue » (2:251). La victoire de David est ainsi lue comme un exemple de la manière dont Dieu protège le monde de la domination d'un seul.
Roi, juge et serviteur : les dons faits à David
Le Coran dresse une longue liste de faveurs. Dieu dit à Muhammad de se souvenir de David, « Notre serviteur, doué de force [dans l’adoration] et plein de repentir » (38:17), puis : « Nous soumîmes les montagnes à glorifier Allah, soir et matin, en sa compagnie » (38:18), avec « les oiseaux assemblés en masse » (38:19). La sourate de Saba répète : « O montagnes et oiseaux, répétez avec lui (les louanges d’Allah) » (34:10). Dans les deux récits, la création entière glorifie Dieu avec David. Le verset ajoute : « Nous renforçâmes son royaume et lui donnâmes la sagesse et la faculté de bien juger » (38:20).
Dieu lui donne aussi un savoir-faire : « Nous avons amolli le fer » (34:10), et « Fabrique des cottes de mailles complètes et mesure bien les mailles » (34:11). Le Coran précise le but : « afin qu’elles vous protègent contre vos violences mutuelles » (21:80). Un hadith rapporté par al-Bukhârî dit que le prophète de Dieu Dâwûd mangeait du travail de ses mains, ce qui fait de lui un modèle du métier honnête, même pour un roi.
À ces dons s'ajoute une mission : « Ô David, Nous avons fait de toi un calife sur la terre. Juge donc en toute équité parmi les gens et ne suis pas la passion » (38:26). Le mot « calife » (khalîfa) est le même que pour l'homme en général dans l'histoire d'Adam. Le verset est lu comme un rappel adressé à tous ceux qui exercent un pouvoir : le jugement équitable et le refus de la passion.
Le jugement du champ, et celui des deux mères
Le Coran rapporte une affaire où David et Salomon rendent la justice ensemble : « Et David, et Salomon, quand ils eurent à juger au sujet d’un champ cultivé où des moutons appartenant à une peuplade étaient allés paître, la nuit. Et Nous étions témoin de leur jugement » (21:78). Puis : « Nous la fîmes comprendre à Salomon. Et à chacun Nous donnâmes la faculté de juger et le savoir » (21:79). Le Coran ne dit pas ce que chacun a décidé. Les exégètes rapportent que David attribuait les moutons au propriétaire du champ en compensation, et que Salomon proposait que le propriétaire des moutons répare le champ pendant que l'autre profite du troupeau. Le Coran loue les deux et n'accuse pas David.
Un hadith rapporté par al-Bukhârî et Muslim raconte un autre jugement, de la même famille. Deux femmes avaient chacune un enfant, et un loup en emporta un. Chacune disait que le survivant était le sien. David jugea en faveur de la plus âgée. Salomon fit apporter un couteau pour couper l'enfant en deux. La plus jeune s'écria que Dieu lui fasse miséricorde : il était à l'autre, et c'est à elle que Salomon le confia. Cette scène est devenue un exemple de la sagesse du juge.
L'épreuve de David : les deux plaideurs
La sourate de Sad rapporte un épisode précis. Deux hommes « grimpèrent au mur du sanctuaire » (38:21) et entrèrent chez David, qui en fut effrayé. Ils lui dirent : « N’aie pas peur ! Nous sommes tous deux en dispute ; l’un de nous a fait du tort à l’autre. Juge donc en toute équité entre nous » (38:22). L'un exposa : « il a quatre-vingt-dix-neuf brebis, tandis que je n’ai qu’une brebis » (38:23). David trancha : « Il a été certes injuste envers toi en demandant de joindre ta brebis à ses brebis » (38:24).
Ensuite, le Coran dit : « David pensa alors que Nous l’avions mis à l’épreuve. Il demanda donc pardon à son Seigneur et tomba prosterné et se repentit » (38:24). Dieu lui pardonne : « Il aura une place proche de Nous et un beau refuge » (38:25).
Le Coran ne dit pas en quoi consistait la faute. La Bible raconte l'histoire de David et de la femme de l'un de ses officiers (2 Samuel 11 et 12). Beaucoup de savants musulmans refusent d'appliquer ce récit à David, jugé incompatible avec la protection des prophètes contre les grands péchés (la 'isma). Des savants comme Ibn Kathîr, qui citent des récits à ce sujet, estiment qu'on ne peut s'y appuyer et qu'il vaut mieux s'en tenir au texte. D'autres y voient un jugement rendu trop vite, avant d'avoir écouté la seconde partie, ou une épreuve de la dévotion. Les auteurs ne s'accordent pas. Ce que retient la piété musulmane, c'est la réaction de David : il demande pardon, se prosterne et revient à Dieu. Voir la tawba et l'istighfâr.
Le Zabûr : le livre de David
Le Coran dit : « parmi les prophètes, Nous avons donné à certains plus de faveurs qu’à d’autres. Et à David Nous avons donné le "Zabûr" » (17:55). Le Zabûr, que l'on traduit par Psaumes, est l'un des livres révélés, après la Torah de Moïse et avant l'Évangile de Jésus. Le Coran n'en cite qu'une phrase : « Et Nous avons certes écrit dans le Zabûr, après l’avoir mentionné (dans le Livre céleste), que la terre sera héritée par Mes bons serviteurs » (21:105). Les commentateurs la rapprochent du Psaume 37, qui dit que les justes posséderont le pays.
Les musulmans croient au Zabûr tel qu'il a été révélé à David, comme aux autres livres, sans se prononcer sur le texte biblique actuel des Psaumes. La tradition le décrit comme un recueil de louanges, d'invocations et de sagesse. Un hadith rapporté par al-Bukhârî dit que la récitation du Zabûr avait été rendue facile pour David : il demandait de seller ses montures et avait fini de le réciter avant qu'on les ait préparées.
La voix de David est restée proverbiale. Le Prophète, entendant Abû Mûsâ al-Ash'arî réciter le Coran, lui dit qu'il avait reçu l'un des mizmâr (airs, belles voix) de la famille de David (al-Bukhârî et Muslim). L'expression est entrée dans le langage de ceux qui parlent de belles récitations.
David dans la Bible, dans la tradition et dans les articles d'Oumma
La Bible lui consacre une très longue histoire : l'onction par Samuel, le musicien de la cour de Saül, la conquête de Jérusalem, l'alliance de Dieu avec sa dynastie, le Messie issu de sa lignée, les psaumes qu'on lui attribue. Le Coran retient autre chose : un serviteur reconnaissant, un juge équitable et un homme qui revient à Dieu. Il ne dit rien de la généalogie messianique. Il évoque seulement les Fils d'Israël qui ont désobéi, maudits « par la bouche de David et de Jésus fils de Marie » (5:78), ce qui montre que David a lui aussi averti son peuple, comme le feront les prophètes qui le suivent. Voir Jésus.
La tradition musulmane rapporte plusieurs traits de piété. Un hadith rapporté par al-Bukhârî et Muslim dit que le jeûne le plus aimé de Dieu est celui de David : il jeûnait un jour sur deux. Il dit aussi que la prière la plus aimée est celle de David, qui dormait la moitié de la nuit, se levait pendant un tiers, puis dormait un sixième. Les sources musulmanes associent aussi David à Jérusalem, où la tradition place son sanctuaire (le mihrâb de David), même si le Coran ne le dit pas.
Le Coran lui donne enfin un successeur : « Et à David Nous fîmes don de Salomon, quel bon serviteur ! Il était plein de repentir » (38:30). « Salomon hérita de David » (27:16), ce que l'on comprend comme l'héritage de la prophétie et de la royauté plus que d'une fortune. Le Coran leur prête une même phrase : « Louange à Allah qui nous a favorisés à beaucoup de Ses serviteurs croyants » (27:15). Sa descendance reçoit un appel : « Ô famille de David, œuvrez par gratitude » (34:13).
Oumma n'a pas consacré d'article à David lui-même. L'article De la condition animale en islam cite le service des oiseaux auprès de David et de Salomon, et Les 6 piliers de la foi de l'islam situe le Zabûr parmi les livres révélés. Pour situer David parmi les envoyés, voir les prophètes en islam.


