Hûdهود

Hûd

Hûd est le prophète envoyé au peuple de 'Âd, puissant et grand bâtisseur, que l'orgueil a mené à nier son message. Le Coran donne son nom à la sourate 11. Il appelle les siens à n'adorer que Dieu ; ils refusent et sont détruits par un vent glacial, tandis que Hûd et les croyants sont sauvés.

  • 7

    Mentions dans le Coran

  • 7

    Versets

  • 3

    Sourates

Les grandes étapes

  1. Après le peuple de NoéLes 'Âd succèdent au peuple de Noé et grandissent en force (7:69).
  2. Puissance et constructionsMonuments sur les collines, châteaux, jardins et troupeaux (26:128-134).
  3. L'envoi de HûdLeur frère Hûd les appelle à n'adorer qu'Allah (7:65 ; 11:50).
  4. Les accusationsSottise, mensonge, mal infligé par les dieux (7:66 ; 11:54).
  5. Le défi de Hûd« Rusez donc tous contre moi » ; sa confiance en Dieu (11:55-56).
  6. Le refus« Qui est plus fort que nous ? » (41:15).
  7. Le nuageIls prennent pour de la pluie le nuage qui s'avance vers leurs vallées (46:24).
  8. Le ventSept nuits et huit jours d'un vent mugissant (69:6-7).
  9. Le salut des croyantsHûd et ceux qui avaient cru sont sauvés par une miséricorde (11:58).

Qui est Hûd ?

Hûd est un prophète arabe, envoyé aux 'Âd. Le Coran emploie pour lui une expression qui revient pour plusieurs prophètes : « Et aux 'Âd, leur frère Hûd » (7:65). Le mot « frère » signifie qu'il appartient à ce peuple : un des leurs, dont ils connaissent la famille et la réputation. Son nom est cité en sept versets (7:65 ; 11:50, 53, 58, 60 et 89 ; 26:124) et il a donné son nom à la sourate 11. Certaines listes comptent dix occurrences ; trois d'entre elles (2:111, 2:135 et 2:140) sont en réalité le mot hûd qui désigne les Juifs, sans lien avec le prophète.

La généalogie traditionnelle fait de lui un descendant de Sem, fils de Noé, par 'Âd, qui a donné son nom au peuple. Certains auteurs rapprochent son nom du personnage biblique Éber ; ce rapprochement n'est pas dans le Coran et reste une hypothèse. Une tradition, rapportée par Ibn Hibbân, range Hûd parmi les prophètes arabes, avec Sâlih, Chou'ayb et Muhammad. Cette tradition est discutée par les spécialistes des hadiths, mais elle correspond à ce que dit le Coran : ces prophètes sont des « frères » de leur peuple, qui parlent leur langue.

Les 'Âd : un peuple de bâtisseurs et de puissants

Les 'Âd sont présentés comme les successeurs du peuple de Noé : « Rappelez-vous quand Il vous a fait succéder au peuple de Noé, et qu'Il accrut votre corps en hauteur » (7:69). Ils étaient forts, riches, et leur goût de la construction est rappelé plusieurs fois. Hûd leur reproche de bâtir « par frivolité sur chaque colline un monument » et d'édifier « des châteaux comme si vous deviez demeurer éternellement », et de sévir contre quelqu'un « impitoyablement » (26:128 à 26:130). Il leur rappelle aussi les bienfaits reçus : bestiaux, enfants, jardins, sources (26:132 à 26:134).

Leur orgueil est résumé en 41:15 : « Quant aux 'Âd, ils s'enflèrent d'orgueil sur terre injustement et dirent : Qui est plus fort que nous ? » Dieu répond qu'Il les a créés et qu'Il est plus fort qu'eux. Le Coran dit encore qu'ils « suivirent le commandement de tout tyran entêté » (11:59) : leurs chefs les entraînent, et ils n'y résistent pas.

Selon la tradition, les 'Âd vivaient dans le sud de la péninsule arabique, dans la région d'Al-Ahqâf (« les dunes », 46:21), que les récits placent près du Hadramaout, dans le Yémen actuel. Le Coran les associe à Iram, « [la cité] à la colonne remarquable, dont jamais pareille ne fut construite parmi les villes » (89:6 à 89:8). L'identification de cette cité fait débat : certains ont proposé un site du sud-est de l'Arabie, présenté dans les années 1990 comme l'« Ubar » des récits, mais aucune identification n'est acceptée de tous.

Le message de Hûd

Hûd s'adresse à son peuple par les mêmes mots que Noé avant lui : « Ô mon peuple, adorez Allah. Pour vous, pas d'autre divinité que Lui. Ne le craignez-vous donc pas ? » (7:65). Il ne demande aucun salaire : « Mon salaire n'incombe qu'à Celui qui m'a créé. Ne raisonnez-vous pas ? » (11:51). Il invite à la tawba : « Implorez le pardon de votre Seigneur et repentez-vous à Lui pour qu'Il envoie sur vous du ciel des pluies abondantes et qu'Il ajoute force à votre force. Et ne vous détournez pas de Lui en devenant coupables » (11:52). La promesse est concrète : pour un peuple puissant, la force vient du pardon et non l'inverse.

Les notables se défendent en l'accusant de sottise et de mensonge (7:66). Ils réclament une preuve et refusent d'abandonner « nos divinités sur ta parole » (11:53). Ils vont jusqu'à dire qu'une de leurs divinités l'a frappé d'un mal (11:54). L'argument qui revient est celui des ancêtres : « Es-tu venu à nous pour que nous adorions Allah seul, et que nous délaissions ce que nos ancêtres adoraient ? » (7:70). Hûd leur répond que ces divinités ne sont que des noms que eux et leurs pères ont donnés, sans que Dieu y ait fait descendre la moindre preuve (7:71).

Hûd face à ses adversaires : la confiance en Dieu

La réponse de Hûd est l'un des plus beaux exemples de tawakkul du Coran. À ceux qui l'accusent, il répond : « Je prends Allah à témoin, et vous aussi soyez témoins, qu'en vérité je désavoue ce que vous associez en dehors de Lui. Rusez donc tous contre moi et ne me donnez pas de répit. Je place ma confiance en Allah, mon Seigneur et le vôtre. Il n'y a pas d'être vivant qu'Il ne tienne par son toupet » (11:54 à 11:56). Un homme seul défie un peuple entier sans autre appui que sa foi. Il ajoute : « Mon Seigneur est sur un droit chemin », celui de la justice.

Dans la sourate 46, Hûd avertit les siens à Al-Ahqâf, en rappelant que d'autres avertisseurs ont précédé et suivront : « N'adorez qu'Allah. Je crains pour vous le châtiment d'un jour terrible » (46:21). Ils répondent par un défi : « Apporte-nous ce que tu nous promets si tu es du nombre des véridiques. » Il répond avec modestie : « La science n'est qu'auprès d'Allah. Je vous transmets cependant le message avec lequel j'ai été envoyé » (46:22 et 46:23). Un messager ne détient ni le temps ni la sanction ; il transmet.

Le vent des 'Âd

Un jour, les 'Âd voient un nuage s'avancer vers leurs vallées et se réjouissent : « Voici un nuage qui nous apporte de la pluie. » Hûd les corrige : « C'est cela même que vous cherchiez à hâter : c'est un vent qui contient un châtiment douloureux, détruisant tout par le commandement de son Seigneur. » Au matin, « on ne voyait plus que leurs demeures » (46:24 et 46:25).

Le Coran revient sur ce vent dans plusieurs sourates. Il est « violent et glacial » (41:16 ; 54:19), « dévastateur, n'épargnant rien sur son passage sans le réduire en poussière » (51:41 et 51:42). La sourate 69 en donne la durée : un vent mugissant et furieux, déchaîné « pendant sept nuits et huit jours consécutifs », qui laisse les gens « renversés par terre comme des souches de palmiers évidées » (69:6 et 69:7) ; la sourate 54 parle de « souches de palmiers déracinés » (54:20). Hûd et les croyants sont sauvés « par une miséricorde » (11:58) ; il est dit des 'Âd : « Que s'éloignent les 'Âd, peuple de Hûd ! » (11:60).

La tradition garde un souvenir vivant de cet épisode. 'Â'isha rapporte, dans les recueils de Bukhârî et de Muslim, que lorsque le Prophète voyait un nuage ou un vent se lever à l'horizon, son visage changeait, et qu'il disait craindre qu'il en aille comme pour les 'Âd, qui avaient pris le nuage pour un signe de pluie.

La leçon : le pouvoir ne protège pas

Hûd est cité parmi les peuples avertis aux côtés de ceux de Noé, de Sâlih et de Loth (11:89). Le Coran donne cette série en exemple à plusieurs reprises : « Le peuple de Noé, les 'Âd, les Thamûd avant eux ont aussi crié au mensonge » (22:42 ; 9:70 ; 14:9). Pour les 'Âd, la leçon est celle de l'orgueil adossé à la puissance : un pouvoir matériel immense ne protège pas quand il se tourne contre le message divin. Le Coran conclut leur récit par une question : « En vois-tu le moindre vestige ? » (69:8).

Le texte ne dit pas que le progrès, la construction ou la richesse soient mauvais en eux-mêmes : il reproche l'ostentation (les monuments inutiles), la dureté envers les faibles et le refus d'entendre. Pour une réflexion sur l'orgueil, voir le court texte de Raouf Ben Halima, L'orgueil, qui rappelle que l'orgueil est ce qui perdit Iblis.

Hûd dans la tradition et la piété

Un hadith rapporté par Tirmidhî prête au Prophète cette parole : « Hûd et ses sœurs m'ont fait blanchir les cheveux », les « sœurs » étant d'autres sourates qui annoncent le Jour dernier et les peuples détruits (parmi elles, al-Wâqi'a, al-Mursalât et 'Amma). Les spécialistes discutent la chaîne de ce hadith, mais il exprime l'impression que fait sur les croyants la lecture de la sourate Hûd, qui commence par un avertissement et se termine par un appel à la patience et à la confiance en Dieu.

Une tradition du Hadramaout, au Yémen, place le tombeau de Hûd dans une vallée de la région, où les habitants se rendent chaque année en visite ; d'autres lieux ont été avancés. Aucun texte fiable ne permet de trancher. Le Coran ne parle pas de la mort de Hûd, mais de la bénédiction accordée à ceux qui l'ont suivi.

Oumma n'a pas, à ce jour, publié d'article de fond consacré à Hûd. Pour situer ce récit, voir Noé qui le précède, Sâlih qui le suit dans l'ordre des sourates, et la page Les prophètes.

Hûd : les thématiques

Chaque question avec les articles qu'Oumma y a consacrés.

Les peuples avertis dans le Coran

Noé, 'Âd, Thamûd, Loth, Madyan : la série des peuples qui ont nié leur messager, et ce que le Coran en tire.

Iram aux colonnes

La cité sans pareille de 89:7-8 : texte, hypothèses d'identification et prudence.

Le nuage qui promettait la pluie

46:24-25 : le piège des apparences, repris par le Prophète lorsqu'il voyait un nuage à l'horizon.

La confiance en Dieu face à un peuple

11:54-56 : Hûd défie ses adversaires sans autre appui que sa foi. Une leçon de tawakkul.

L'orgueil et la puissance

« Qui est plus fort que nous ? » (41:15) : l'orgueil, racine du refus, chez les 'Âd comme chez Iblis.

Les prophètes arabes : Hûd, Sâlih, Chou'ayb

Des messagers « frères » de leur peuple, envoyés dans la péninsule arabique avant Muhammad.

Hûd dans le Coran : versets choisis

  • Coran

    « Et aux ‘Aad, leur frère Hûd: «O mon peuple, dit-il, adorez Allah. Pour vous, pas d’autre divinité que Lui. Ne [Le] craignez-vous donc pas?» »

    Sourate 7 (Al-Araf), verset 65 →
  • Coran

    « Quoi! Vous vous étonnez qu’un rappel vous vienne de votre Seigneur à travers un homme issu de vous, pour qu’il vous avertisse? Et rappelez-vous quand Il vous a fait succéder au peuple de Noé, et qu’Il accrut votre corps en hauteur (et puissance). Eh bien, rappelez-vous les bienfaits d’Allah afin que vous réussissiez. »

    Sourate 7 (Al-Araf), verset 69 →
  • Coran

    « Et (Nous avons envoyé) aux ‘Aad, leur frère Hûd, qui leur dit: «O mon peuple, adorez Allah. Vous n’avez point de divinité à part Lui. Vous n’êtes que des forgeurs (de mensonges). »

    Sourate 11 (Hud), verset 50 →
  • Coran

    « O mon peuple, implorez le pardon de votre Seigneur et repentez-vous à Lui pour qu’Il envoie sur vous du ciel des pluies abondantes et qu’Il ajoute force à votre force. Et ne vous détournez pas [de Lui] en devenant coupables». »

    Sourate 11 (Hud), verset 52 →
  • Coran

    « Je place ma confiance en Allah, mon Seigneur et le vôtre. Il n’y a pas d’être vivant qu’Il ne tienne par son toupet. Mon Seigneur, certes, est sur un droit chemin. »

    Sourate 11 (Hud), verset 56 →
  • Coran

    « Bâtissez-vous par frivolité sur chaque colline un monument? »

    Sourate 26 (As-Shuaraa), verset 128 →
  • Coran

    « Quant aux ‘Aad, ils s’enflèrent d’orgueil sur terre injustement et dirent: «Qui est plus fort que nous?» Quoi! N’ont-ils pas vu qu’en vérité Allah qui les a créés est plus fort qu’eux? Et ils reniaient Nos signes. »

    Sourate 41 (Coran), verset 15 →
  • Coran

    « Puis, voyant un nuage se dirigeant vers leurs vallées ils dirent; «Voici un nuage qui nous apporte de la pluie». Au contraire! c’est cela même que vous cherchiez à hâter: C’est un vent qui contient un châtiment douloureux, »

    Sourate 46 (Coran), verset 24 →
  • Coran

    « Et quant aux ‘Aad, ils furent détruits par un vent mugissant et furieux »

    Sourate 69 (Coran), verset 6 →
  • Coran

    « [avec] Iram, [la cité] à la colonne remarquable, »

    Sourate 89 (Coran), verset 7 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Toutes les mentions de Hûd

Hûd est nommé 7 fois, dans 7 versets de 3 sourates (décompte du Quranic Arabic Corpus).

Voir les 7 versets, sourate par sourate
  • Sourate 7, Al-Araf : 65
  • Sourate 11, Hud : 50, 53, 58, 60, 89
  • Sourate 26, As-Shuaraa : 124

Questions fréquentes

Qui est le prophète Hûd en islam ?+

Hûd est un prophète envoyé au peuple de 'Âd, puissant et orgueilleux, qui vivait selon la tradition en Arabie du Sud. Il les appelait à n'adorer que Dieu ; ils ont refusé et ont été détruits par un vent violent, alors que Hûd et les croyants ont été sauvés.

Qui sont les 'Âd dans le Coran ?+

Les 'Âd sont un peuple ancien, successeur du peuple de Noé, réputé pour sa force et ses constructions. Le Coran les cite à de nombreuses reprises comme exemple d'un peuple détruit pour avoir rejeté ses messagers.

Comment le peuple de Hûd a-t-il été détruit ?+

Par un vent mugissant et furieux, déchaîné pendant sept nuits et huit jours (69:6-7). Les 'Âd avaient pris le nuage porteur de ce vent pour un nuage de pluie (46:24).

Hûd est-il dans la Bible ?+

Il n'est pas nommé dans la Bible. Certains auteurs l'ont rapproché d'Éber, mais le Coran ne fait pas ce lien. Il est donc surtout connu par le Coran et la tradition arabe.

Qu'est-ce qu'Iram aux colonnes ?+

Le Coran parle d'« Iram, la cité à la colonne remarquable, dont jamais pareille ne fut construite » (89:7-8), en lien avec les 'Âd. Son emplacement est discuté ; un site du sud-est de l'Arabie a été présenté comme « Ubar », sans que l'identification fasse l'unanimité.

Où se trouve le tombeau du prophète Hûd ?+

Le Coran ne le dit pas. Une tradition le place au Hadramaout, au Yémen, où il est visité chaque année ; d'autres lieux le revendiquent. Aucun texte fiable ne permet de trancher.

Pourquoi la sourate 11 s'appelle-t-elle Hûd ?+

Parce qu'elle consacre un passage important à Hûd (11:50-60) et à son peuple, parmi d'autres récits de prophètes (Noé, Sâlih, Abraham, Loth, Chou'ayb, Moïse). Un hadith rapporté par Tirmidhî lui attribue un grand effet sur le Prophète.

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