Lothلوط

Lût

Loth (Lût) est un messager cité 27 fois dans le Coran. Contemporain d'Abraham et son neveu selon la tradition, il appelle son peuple à craindre Dieu avant d'être sauvé avec les siens, sauf son épouse, quand la cité est renversée. Le Coran fait de son histoire un signe laissé aux voyageurs.

  • 27

    Mentions dans le Coran

  • 27

    Versets

  • 14

    Sourates

Qui est Loth (Lût) en islam ?

Loth, Lût en arabe, est un prophète et un messager d'Allah. Le Coran le nomme 27 fois, dans 14 sourates, et le dit sans détour : « Et Loût était, certes, du nombre des Messagers » (37:133). Il figure dans la liste des prophètes que Dieu a favorisés « par-dessus le reste du monde » (6:86) et reçoit de Lui « la capacité de juger et le savoir » (21:74), avant d'être admis « en Notre miséricorde » parmi les « gens de bien » (21:75).

Le Coran ne dit pas qui il est par la naissance, mais il le lie à Abraham : « Lot crut en lui. Il dit : Moi, j'émigre vers mon Seigneur » (29:26). Il est sauvé avec lui « vers une terre que Nous avions bénie pour tout l'univers » (21:71), que les commentateurs situent en Syrie-Palestine. La tradition musulmane, comme la Bible, voit en lui le neveu d'Abraham (la Genèse l'appelle Lot, fils de Haran) ; le Coran ne le précise pas. Il est envoyé à un peuple qu'il appelle « mon peuple » dans les récits, et que le texte appelle aussi ses « frères » (50:13) : il vit parmi eux.

Son histoire est étroitement liée à celle d'Abraham : c'est en venant chez lui pour lui annoncer la naissance d'un fils que les envoyés de Dieu annoncent aussi la destruction de la cité de Loth.

Abraham et les envoyés : Loth est nommé avant d'être vu

Le Coran raconte à plusieurs reprises la visite des envoyés chez Abraham. Ils arrivent en disant « Salâm ! » (11:69). Abraham leur offre un veau rôti, puis s'inquiète de leur refus d'y toucher ; ils le rassurent : « N'aie pas peur, nous sommes envoyés au peuple de Lot » (11:70). Ils lui annoncent un fils, Isaac, puis Jacob (11:71). Ils précisent leur mission : « Nous avons été envoyés vers des gens criminels » (51:32), pour faire tomber des « pierres de glaise » (51:33).

Abraham ne reste pas indifférent : « il discuta avec Nous (en faveur) du peuple de Lot » (11:74). Le Coran le décrit comme « longanime, très implorant et repentant » (11:75). La réponse tombe : « O Abraham, renonce à cela ; car l'ordre de Ton Seigneur est déjà venu » (11:76). Dans une autre sourate, Abraham insiste : « Mais Lot s'y trouve ! » ; ils répondent : « Nous savons parfaitement qui y habite : nous le sauverons certainement, lui et sa famille, excepté sa femme » (29:32). Cette scène est l'un des passages où les commentateurs montrent l'intercession d'Abraham, qui plaide même pour un peuple coupable.

La mission de Loth : ce qu'il reproche à son peuple

La sourate des Poètes donne le récit le plus complet de sa prédication. Loth commence par ce que tous les prophètes disent : « Ne craindrez-vous pas [Allah] ? Je suis pour vous un messager digne de confiance. Craignez Allah donc et obéissez-moi. Je ne vous demande pas de salaire pour cela » (26:161-164). Puis il nomme la faute : « Accomplissez-vous l'acte charnel avec les mâles de ce monde ? Et délaissez-vous les épouses que votre Seigneur a créées pour vous ? Mais vous n'êtes que des gens transgresseurs » (26:165-166).

Les autres sourates reprennent cette accusation presque mot pour mot. Loth leur dit qu'ils commettent « cette turpitude que nul, parmi les mondes, n'a commise avant vous » (7:80), qu'ils assouvissent leurs désirs avec les hommes « au lieu des femmes » et sont « un peuple outrancier » (7:81). Une autre sourate ajoute au reproche : « Aurez-vous commerce charnel avec des mâles ? Pratiquerez-vous le brigandage ? Commettrez-vous le blâmable dans votre assemblée ? » (29:29). Les commentateurs classiques notent que la faute désignée par le Coran s'accompagne ainsi d'une violence envers les voyageurs et d'un mépris public des règles, ce qui explique que le texte parle d'un peuple « de corrupteurs » (29:30) et non d'une simple pratique privée. Les débats juridiques sur ces questions relèvent d'autres pages ; ici, on s'en tient à ce que dit le récit.

La réponse du peuple est toujours la même : pas d'argument, une menace. « Si tu ne cesses pas, Lot, tu seras certainement du nombre des expulsés » (26:167). Ils se moquent de la pureté : « Expulsez-les de votre cité. Ce sont des gens qui veulent se garder purs ! » (7:82). Puis ils défient : « Fais que le châtiment d'Allah nous vienne, si tu es du nombre des véridiques » (29:29). Loth répond avec calme : « Je déteste vraiment ce que vous faites. Seigneur, sauve-moi ainsi que ma famille de ce qu'ils font » (26:168-169).

La nuit des hôtes : l'appui solide, la sortie de la ville

Les envoyés qui ont visité Abraham arrivent ensuite chez Loth, sous une forme humaine. Le Coran dit qu'« il fut chagriné pour eux, et en éprouva une grande gêne. Et il dit : Voici un jour terrible » (11:77). Son peuple, qui le sait, « ils vinrent à lui, accourant » (11:78). Loth tente de les arrêter : « Craignez Allah donc, et ne me déshonorez pas dans mes hôtes. N'y a-t-il pas parmi vous un homme raisonnable ? » (11:78). Il va jusqu'à dire : « voici mes filles : elles sont plus pures pour vous » (11:78). Les commentateurs ont lu cette phrase de deux façons : ses filles au sens propre, c'est-à-dire un mariage légitime proposé à la place de la violence ; ou les femmes de son peuple, dont un prophète est comme le père. Ils répondent : « Tu sais très bien que nous n'avons pas de droit sur tes filles. Et en vérité, tu sais bien ce que nous voulons » (11:79).

Loth se sent seul : « [Ah !] si j'avais de la force pour vous résister ! ou bien si je trouvais un appui solide ! » (11:80). Un hadith rapporté par Bukhârî et Muslim fait dire au Prophète : « Que Dieu fasse miséricorde à Lot : il se réfugiait auprès d'un appui solide », sous-entendu Dieu Lui-même ; la tradition y lit un enseignement : l'appui ultime du croyant, c'est Dieu.

C'est alors que les hôtes se font connaître : « O Lot, nous sommes vraiment les émissaires de ton Seigneur. Ils ne pourront jamais t'atteindre. Pars avec ta famille à un moment de la nuit. Et que nul d'entre vous ne se retourne en arrière » (11:81). Le Coran dit ailleurs que Dieu a frappé d'aveuglement leurs yeux : « Nous aveuglâmes leurs yeux » (54:37).

Puis vient la destruction. À l'aube, « le Cri (la catastrophe) les saisit » (15:73). « Et Nous renversâmes [la ville] de fond en comble et fîmes pleuvoir sur eux des pierres d'argile dure » (15:74). Une autre sourate parle d'un ouragan, « excepté la famille de Lot que Nous sauvâmes avant l'aube » (54:34). Le Coran donne ces images sans les harmoniser, et les commentateurs les rapportent ensemble.

La femme de Loth : une parabole sur la foi personnelle

Un seul membre de la famille de Loth n'est pas sauvé : son épouse. Dès l'annonce des envoyés, elle est exclue : « sauf sa femme. Nous (Allah) avions déterminé qu'elle sera du nombre des exterminés » (15:60). Plusieurs sourates le répètent (7:83, 27:57, 29:33). L'une d'elles la désigne simplement comme « une vieille » (26:171, 37:135).

Le Coran en fait une parabole. Elle est citée avec la femme de Noé : « Allah a cité en parabole pour ceux qui ont mécru la femme de Noé et la femme de Lot. Elles étaient sous l'autorité de deux vertueux de Nos serviteurs. Toutes deux les trahirent et ils ne furent d'aucune aide pour [ces deux femmes] vis-à-vis d'Allah » (66:10). Le verset suivant oppose à ces deux femmes celle de Pharaon, qui a cru (66:11). L'enseignement que les savants en tirent est constant : la proximité d'un prophète, même par le mariage, ne sauve pas sans la foi personnelle, et inversement un croyant peut vivre sous un tyran sans être perdu.

Le Coran dit qu'elle a « trahi » son mari (66:10) sans préciser comment. Certains commentateurs rapportent qu'elle signalait les hôtes de Loth à son peuple ; le texte ne le dit pas, et ne lui donne pas de nom.

Les ruines, un signe à voir

Le Coran insiste moins sur la destruction elle-même que sur ce qu'elle laisse : un lieu que l'on peut voir. « Et certainement, Nous avons laissé (des ruines de cette cité) un signe (d'avertissement) évident pour des gens qui comprennent » (29:35). « Elle [cette ville] se trouvait sur un chemin connu de tous » (15:76). Il s'adresse aux contemporains du Prophète, qui passent près de ces lieux : « Et vous passez certainement auprès d'eux le matin et la nuit. Ne raisonnez-vous donc pas ? » (37:137-138).

Le Coran désigne aussi la cité sous un autre nom, « les Villes renversées » (9:70, 53:53, 69:9), qu'il range parmi les peuples auxquels les messagers avaient apporté des preuves. L'expression est une image : la ville a été retournée. Les géographes arabes ont identifié la région de la mer Morte, qu'on appelle encore en arabe « la mer de Loth » (Buhayrat Lût) ; plusieurs sites de Jordanie et de Palestine se disputent des lieux associés à son histoire et à son tombeau. Ce sont des traditions locales, que le texte coranique ne mentionne pas.

L'archéologie n'a pas tranché, et le Coran ne cherche pas à localiser avec précision : il donne un signe, non une carte.

Le récit de Loth dans la Bible et dans le Coran

La Genèse raconte Lot de manière plus longue : il suit Abraham, choisit pour lui la plaine du Jourdain, s'installe à Sodome, est capturé puis délivré, reçoit les anges, quitte la ville avec ses filles, voit sa femme devenir une statue de sel et trouve refuge à Çoar, puis dans une grotte. Le Coran ne reprend pas ces derniers épisodes, ni la statue de sel ; il ne nomme pas Sodome, il nomme « la cité » ou « les Villes renversées ». Il insiste en revanche sur une chose que la Bible ne dit pas : Loth est un messager qui prêche, qui appelle son peuple à craindre Dieu et à lui obéir (26:162-163).

Quelle leçon le Coran tire-t-il de l'histoire de Loth ?

Le Coran cite le peuple de Loth dans les listes de ceux qui ont rejeté leur messager : « le peuple de Noé, les 'Aad, les Tamûd avant eux [...] de même que le peuple d'Abraham, le peuple de Lot » (22:42-43), « les frères de Lot » (50:13), « le peuple de Lot » (38:13). Loth y est une figure de patience solitaire. Son histoire est racontée dans neuf sourates, toujours sur le même schéma : l'avertissement, le rejet, le salut des croyants, la destruction. Le Coran résume la leçon : « Voilà vraiment une exhortation pour les croyants ! » (15:77).

Trois enseignements reviennent chez les commentateurs. Le premier est l'hospitalité : Loth est affligé pour ses hôtes (11:77), ce qui est présenté comme l'un des devoirs essentiels. Le deuxième est que la foi ne se transmet pas par la parenté : l'épouse de Loth est perdue, Loth est sauvé (66:10). Le troisième est le recours à Dieu quand on est seul : « Seigneur, sauve-moi ainsi que ma famille » (26:169).

Pour aller plus loin, voir la page sur les prophètes, celle d'Abraham et celle de Noé.

Loth : les thématiques

Chaque question avec les articles qu'Oumma y a consacrés.

Abraham et les envoyés

Les envoyés visitent d'abord Abraham, annoncent un fils, puis la destruction de la cité de Loth ; Abraham plaide en sa faveur (11:69-76).

La prédication de Loth

Craindre Dieu, obéir au messager, ne demander aucun salaire : Loth reprend le message de tous les prophètes avant de nommer la faute (26:161-166).

Les hôtes et la nuit du départ

Loth protège ses hôtes, se sent sans appui, puis reçoit l'ordre de partir de nuit sans se retourner (11:77-81).

La femme de Loth

Une parabole du Coran sur la foi personnelle : la femme d'un prophète n'est pas sauvée par son mariage (66:10).

Les peuples qui ont rejeté leurs messagers

Le peuple de Loth est cité avec ceux de Noé, des 'Aad, des Tamûd et de Madyan : le Coran en fait une série d'avertissements (22:42-44).

Les Villes renversées et leurs ruines

Le Coran dit de la cité de Loth qu'elle est un signe visible sur un chemin connu (15:76, 29:35).

Lectures contemporaines du récit

Des penseurs musulmans relisent aujourd'hui le récit du peuple de Loth et la place qu'y tient la question de l'homosexualité ; une lecture parmi d'autres, discutée par les savants.

Loth dans le Coran : versets choisis

  • Coran

    « Et Lot, quand il dit à son peuple: «Vous livrez vous à cette turpitude que nul, parmi les mondes, n’a commise avant vous? »

    Sourate 7 (Al-Araf), verset 80 →
  • Coran

    « Alors [les hôtes] dirent: «O Lot, nous sommes vraiment les émissaires de ton Seigneur. Ils ne pourront jamais t’atteindre. Pars avec ta famille à un moment de la nuit. Et que nul d’entre vous ne se retourne en arrière. Exception faite de ta femme qui sera atteinte par ce qui frappera les autres. Ce qui les menace s’accomplira à l’aube. L’aube n’est-elle pas proche?» »

    Sourate 11 (Hud), verset 81 →
  • Coran

    « Voilà vraiment une exhortation pour les croyants! »

    Sourate 15 (Al-Hijr), verset 77 →
  • Coran

    « Il dit: «Je déteste vraiment ce que vous faites. »

    Sourate 26 (As-Shuaraa), verset 168 →
  • Coran

    « Lot crut en lui. Il dit: «Moi, j’émigre vers mon Seigneur, car c’est Lui le Tout Puissant, le Sage». »

    Sourate 29 (Al-Ankabut), verset 26 →
  • Coran

    « Et certainement, Nous avons laissé (des ruines de cette cité) un signe (d’avertissement) évident pour des gens qui comprennent. »

    Sourate 29 (Al-Ankabut), verset 35 →
  • Coran

    « Et Loût était, certes, du nombre des Messagers. »

    Sourate 37 (As-Saffat), verset 133 →
  • Coran

    « Allah a cité en parabole pour ceux qui ont mécru la femme de Noé et la femme de Lot. Elles étaient sous l’autorité de deux vertueux de Nos serviteurs. Toutes deux les trahirent et ils ne furent d’aucune aide pour [ces deux femmes] vis-à-vis d’Allah. Et il [leur] fut dit: «Entrez au Feu toutes les deux, avec ceux qui y entrent», »

    Sourate 66 (At-Tahrim), verset 10 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Toutes les mentions de Loth

Loth est nommé 27 fois, dans 27 versets de 14 sourates (décompte du Quranic Arabic Corpus).

Voir les 27 versets, sourate par sourate
  • Sourate 6, Al-Anam : 86
  • Sourate 7, Al-Araf : 80
  • Sourate 11, Hud : 70, 74, 77, 81, 89
  • Sourate 15, Al-Hijr : 59, 61
  • Sourate 21, Al-Anbiya : 71, 74
  • Sourate 22, Al-Hajj : 43
  • Sourate 26, As-Shuaraa : 160, 161, 167
  • Sourate 27, An-Naml : 54, 56
  • Sourate 29, Al-Ankabut : 26, 28, 32, 33
  • Sourate 37, As-Saffat : 133
  • Sourate 38, Sad : 13
  • Sourate 50, Qaf : 13
  • Sourate 54, Al-Qamar : 33, 34
  • Sourate 66, At-Tahrim : 10

Questions fréquentes

Qui est Loth (Lût) dans le Coran ?+

Loth est un prophète et un messager envoyé à un peuple qui commettait des actes que le Coran condamne. La tradition le dit neveu d'Abraham. Il est sauvé avec sa famille, sauf sa femme, quand la cité est détruite (7:83).

Quelle faute commettait le peuple de Loth ?+

Le Coran parle d'une « turpitude » jamais commise auparavant : des hommes assouvissant leurs désirs avec des hommes « au lieu des femmes » (7:80-81). Il ajoute le brigandage et le blâmable commis en assemblée (29:29). Les commentateurs lisent l'ensemble comme une transgression morale et sociale, accompagnée de violence envers les voyageurs.

Que devient la femme de Loth ?+

Elle reste incrédule malgré son mariage avec un prophète. Elle est exclue du salut (15:60) et citée en parabole avec la femme de Noé (66:10). Le Coran ne reprend pas l'image biblique de la statue de sel.

Que signifie « les Villes renversées » ?+

C'est l'expression qui désigne, dans le Coran, la cité de Loth (9:70, 53:53). Elle évoque une ville retournée et détruite. Le Coran ne la nomme pas, alors que la Bible parle de Sodome et Gomorrhe.

Où se trouvait la ville de Loth ?+

Le Coran ne la situe pas précisément : il dit qu'elle est sur un chemin connu des voyageurs (15:76) et que ses ruines sont un signe (29:35). La tradition, comme la Bible, pense à la région de la mer Morte, que l'arabe appelle encore « la mer de Loth ».

Loth est-il le neveu d'Abraham ?+

Le Coran dit seulement que Loth crut en Abraham (29:26). C'est la tradition musulmane, qui rejoint la Bible, qui en fait son neveu, fils de son frère Haran.

Pourquoi Loth propose-t-il ses filles à son peuple ?+

Le verset 11:78 a été lu de deux façons. Certains commentateurs y voient ses filles au sens propre, c'est-à-dire un mariage légitime proposé à la place de la violence ; d'autres, les femmes de son peuple, dont un prophète est le père spirituel. Dans les deux cas, le texte présente une tentative de détourner la foule d'un acte violent envers ses hôtes.

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