Qui est Loth (Lût) en islam ?
Loth, Lût en arabe, est un prophète et un messager d'Allah. Le Coran le nomme 27 fois, dans 14 sourates, et le dit sans détour : « Et Loût était, certes, du nombre des Messagers » (37:133). Il figure dans la liste des prophètes que Dieu a favorisés « par-dessus le reste du monde » (6:86) et reçoit de Lui « la capacité de juger et le savoir » (21:74), avant d'être admis « en Notre miséricorde » parmi les « gens de bien » (21:75).
Le Coran ne dit pas qui il est par la naissance, mais il le lie à Abraham : « Lot crut en lui. Il dit : Moi, j'émigre vers mon Seigneur » (29:26). Il est sauvé avec lui « vers une terre que Nous avions bénie pour tout l'univers » (21:71), que les commentateurs situent en Syrie-Palestine. La tradition musulmane, comme la Bible, voit en lui le neveu d'Abraham (la Genèse l'appelle Lot, fils de Haran) ; le Coran ne le précise pas. Il est envoyé à un peuple qu'il appelle « mon peuple » dans les récits, et que le texte appelle aussi ses « frères » (50:13) : il vit parmi eux.
Son histoire est étroitement liée à celle d'Abraham : c'est en venant chez lui pour lui annoncer la naissance d'un fils que les envoyés de Dieu annoncent aussi la destruction de la cité de Loth.
Abraham et les envoyés : Loth est nommé avant d'être vu
Le Coran raconte à plusieurs reprises la visite des envoyés chez Abraham. Ils arrivent en disant « Salâm ! » (11:69). Abraham leur offre un veau rôti, puis s'inquiète de leur refus d'y toucher ; ils le rassurent : « N'aie pas peur, nous sommes envoyés au peuple de Lot » (11:70). Ils lui annoncent un fils, Isaac, puis Jacob (11:71). Ils précisent leur mission : « Nous avons été envoyés vers des gens criminels » (51:32), pour faire tomber des « pierres de glaise » (51:33).
Abraham ne reste pas indifférent : « il discuta avec Nous (en faveur) du peuple de Lot » (11:74). Le Coran le décrit comme « longanime, très implorant et repentant » (11:75). La réponse tombe : « O Abraham, renonce à cela ; car l'ordre de Ton Seigneur est déjà venu » (11:76). Dans une autre sourate, Abraham insiste : « Mais Lot s'y trouve ! » ; ils répondent : « Nous savons parfaitement qui y habite : nous le sauverons certainement, lui et sa famille, excepté sa femme » (29:32). Cette scène est l'un des passages où les commentateurs montrent l'intercession d'Abraham, qui plaide même pour un peuple coupable.
La mission de Loth : ce qu'il reproche à son peuple
La sourate des Poètes donne le récit le plus complet de sa prédication. Loth commence par ce que tous les prophètes disent : « Ne craindrez-vous pas [Allah] ? Je suis pour vous un messager digne de confiance. Craignez Allah donc et obéissez-moi. Je ne vous demande pas de salaire pour cela » (26:161-164). Puis il nomme la faute : « Accomplissez-vous l'acte charnel avec les mâles de ce monde ? Et délaissez-vous les épouses que votre Seigneur a créées pour vous ? Mais vous n'êtes que des gens transgresseurs » (26:165-166).
Les autres sourates reprennent cette accusation presque mot pour mot. Loth leur dit qu'ils commettent « cette turpitude que nul, parmi les mondes, n'a commise avant vous » (7:80), qu'ils assouvissent leurs désirs avec les hommes « au lieu des femmes » et sont « un peuple outrancier » (7:81). Une autre sourate ajoute au reproche : « Aurez-vous commerce charnel avec des mâles ? Pratiquerez-vous le brigandage ? Commettrez-vous le blâmable dans votre assemblée ? » (29:29). Les commentateurs classiques notent que la faute désignée par le Coran s'accompagne ainsi d'une violence envers les voyageurs et d'un mépris public des règles, ce qui explique que le texte parle d'un peuple « de corrupteurs » (29:30) et non d'une simple pratique privée. Les débats juridiques sur ces questions relèvent d'autres pages ; ici, on s'en tient à ce que dit le récit.
La réponse du peuple est toujours la même : pas d'argument, une menace. « Si tu ne cesses pas, Lot, tu seras certainement du nombre des expulsés » (26:167). Ils se moquent de la pureté : « Expulsez-les de votre cité. Ce sont des gens qui veulent se garder purs ! » (7:82). Puis ils défient : « Fais que le châtiment d'Allah nous vienne, si tu es du nombre des véridiques » (29:29). Loth répond avec calme : « Je déteste vraiment ce que vous faites. Seigneur, sauve-moi ainsi que ma famille de ce qu'ils font » (26:168-169).
La nuit des hôtes : l'appui solide, la sortie de la ville
Les envoyés qui ont visité Abraham arrivent ensuite chez Loth, sous une forme humaine. Le Coran dit qu'« il fut chagriné pour eux, et en éprouva une grande gêne. Et il dit : Voici un jour terrible » (11:77). Son peuple, qui le sait, « ils vinrent à lui, accourant » (11:78). Loth tente de les arrêter : « Craignez Allah donc, et ne me déshonorez pas dans mes hôtes. N'y a-t-il pas parmi vous un homme raisonnable ? » (11:78). Il va jusqu'à dire : « voici mes filles : elles sont plus pures pour vous » (11:78). Les commentateurs ont lu cette phrase de deux façons : ses filles au sens propre, c'est-à-dire un mariage légitime proposé à la place de la violence ; ou les femmes de son peuple, dont un prophète est comme le père. Ils répondent : « Tu sais très bien que nous n'avons pas de droit sur tes filles. Et en vérité, tu sais bien ce que nous voulons » (11:79).
Loth se sent seul : « [Ah !] si j'avais de la force pour vous résister ! ou bien si je trouvais un appui solide ! » (11:80). Un hadith rapporté par Bukhârî et Muslim fait dire au Prophète : « Que Dieu fasse miséricorde à Lot : il se réfugiait auprès d'un appui solide », sous-entendu Dieu Lui-même ; la tradition y lit un enseignement : l'appui ultime du croyant, c'est Dieu.
C'est alors que les hôtes se font connaître : « O Lot, nous sommes vraiment les émissaires de ton Seigneur. Ils ne pourront jamais t'atteindre. Pars avec ta famille à un moment de la nuit. Et que nul d'entre vous ne se retourne en arrière » (11:81). Le Coran dit ailleurs que Dieu a frappé d'aveuglement leurs yeux : « Nous aveuglâmes leurs yeux » (54:37).
Puis vient la destruction. À l'aube, « le Cri (la catastrophe) les saisit » (15:73). « Et Nous renversâmes [la ville] de fond en comble et fîmes pleuvoir sur eux des pierres d'argile dure » (15:74). Une autre sourate parle d'un ouragan, « excepté la famille de Lot que Nous sauvâmes avant l'aube » (54:34). Le Coran donne ces images sans les harmoniser, et les commentateurs les rapportent ensemble.
La femme de Loth : une parabole sur la foi personnelle
Un seul membre de la famille de Loth n'est pas sauvé : son épouse. Dès l'annonce des envoyés, elle est exclue : « sauf sa femme. Nous (Allah) avions déterminé qu'elle sera du nombre des exterminés » (15:60). Plusieurs sourates le répètent (7:83, 27:57, 29:33). L'une d'elles la désigne simplement comme « une vieille » (26:171, 37:135).
Le Coran en fait une parabole. Elle est citée avec la femme de Noé : « Allah a cité en parabole pour ceux qui ont mécru la femme de Noé et la femme de Lot. Elles étaient sous l'autorité de deux vertueux de Nos serviteurs. Toutes deux les trahirent et ils ne furent d'aucune aide pour [ces deux femmes] vis-à-vis d'Allah » (66:10). Le verset suivant oppose à ces deux femmes celle de Pharaon, qui a cru (66:11). L'enseignement que les savants en tirent est constant : la proximité d'un prophète, même par le mariage, ne sauve pas sans la foi personnelle, et inversement un croyant peut vivre sous un tyran sans être perdu.
Le Coran dit qu'elle a « trahi » son mari (66:10) sans préciser comment. Certains commentateurs rapportent qu'elle signalait les hôtes de Loth à son peuple ; le texte ne le dit pas, et ne lui donne pas de nom.
Les ruines, un signe à voir
Le Coran insiste moins sur la destruction elle-même que sur ce qu'elle laisse : un lieu que l'on peut voir. « Et certainement, Nous avons laissé (des ruines de cette cité) un signe (d'avertissement) évident pour des gens qui comprennent » (29:35). « Elle [cette ville] se trouvait sur un chemin connu de tous » (15:76). Il s'adresse aux contemporains du Prophète, qui passent près de ces lieux : « Et vous passez certainement auprès d'eux le matin et la nuit. Ne raisonnez-vous donc pas ? » (37:137-138).
Le Coran désigne aussi la cité sous un autre nom, « les Villes renversées » (9:70, 53:53, 69:9), qu'il range parmi les peuples auxquels les messagers avaient apporté des preuves. L'expression est une image : la ville a été retournée. Les géographes arabes ont identifié la région de la mer Morte, qu'on appelle encore en arabe « la mer de Loth » (Buhayrat Lût) ; plusieurs sites de Jordanie et de Palestine se disputent des lieux associés à son histoire et à son tombeau. Ce sont des traditions locales, que le texte coranique ne mentionne pas.
L'archéologie n'a pas tranché, et le Coran ne cherche pas à localiser avec précision : il donne un signe, non une carte.
Le récit de Loth dans la Bible et dans le Coran
La Genèse raconte Lot de manière plus longue : il suit Abraham, choisit pour lui la plaine du Jourdain, s'installe à Sodome, est capturé puis délivré, reçoit les anges, quitte la ville avec ses filles, voit sa femme devenir une statue de sel et trouve refuge à Çoar, puis dans une grotte. Le Coran ne reprend pas ces derniers épisodes, ni la statue de sel ; il ne nomme pas Sodome, il nomme « la cité » ou « les Villes renversées ». Il insiste en revanche sur une chose que la Bible ne dit pas : Loth est un messager qui prêche, qui appelle son peuple à craindre Dieu et à lui obéir (26:162-163).
Quelle leçon le Coran tire-t-il de l'histoire de Loth ?
Le Coran cite le peuple de Loth dans les listes de ceux qui ont rejeté leur messager : « le peuple de Noé, les 'Aad, les Tamûd avant eux [...] de même que le peuple d'Abraham, le peuple de Lot » (22:42-43), « les frères de Lot » (50:13), « le peuple de Lot » (38:13). Loth y est une figure de patience solitaire. Son histoire est racontée dans neuf sourates, toujours sur le même schéma : l'avertissement, le rejet, le salut des croyants, la destruction. Le Coran résume la leçon : « Voilà vraiment une exhortation pour les croyants ! » (15:77).
Trois enseignements reviennent chez les commentateurs. Le premier est l'hospitalité : Loth est affligé pour ses hôtes (11:77), ce qui est présenté comme l'un des devoirs essentiels. Le deuxième est que la foi ne se transmet pas par la parenté : l'épouse de Loth est perdue, Loth est sauvé (66:10). Le troisième est le recours à Dieu quand on est seul : « Seigneur, sauve-moi ainsi que ma famille » (26:169).
Pour aller plus loin, voir la page sur les prophètes, celle d'Abraham et celle de Noé.



