Qui est Salomon (Sulaymân) en islam ?
Salomon, Sulaymân en arabe (سليمان), est prophète et roi, fils de David. Le Coran le nomme dix-sept fois, dans sept sourates, et le range parmi les prophètes à qui Dieu a fait révélation (4:163) et parmi la descendance guidée d'Abraham (6:84). Il correspond au Salomon (Shlomo) de la Bible, le roi qui bâtit le Temple de Jérusalem, mais le Coran le présente avant tout comme un serviteur reconnaissant et repentant.
Dieu dit : « Et à David Nous fîmes don de Salomon, quel bon serviteur ! Il était plein de repentir » (38:30). Le Coran précise : « Et Salomon hérita de David » (27:16). Les commentateurs y lisent l'héritage de la prophétie et de la royauté, non d'une fortune : un prophète ne transmet pas de biens, mais une mission. Ils rappellent aussi que Dieu leur a donné à tous deux « une science » (27:15), et qu'ils ont répondu par la louange : « Louange à Allah qui nous a favorisés à beaucoup de Ses serviteurs croyants » (27:15).
L'histoire de Salomon se lit comme celle d'un homme comblé de pouvoirs que le Coran n'attribue jamais à lui-même. Chaque épisode finit par la même question : savoir remercier. Le mot qui revient est la gratitude, le shukr.
Un royaume de dons : le vent, les djinns, les oiseaux
Le Coran insiste sur les faveurs faites à Salomon. « Ô hommes ! On nous a appris le langage des oiseaux ; et on nous a donné part de toutes choses. C’est là vraiment la grâce évidente » (27:16). Dieu lui soumet le vent, « dont le parcours du matin équivaut à un mois (de marche) et le parcours du soir, un mois aussi » (34:12). Il fait couler pour lui « la source de cuivre », et met à son service une partie des djinns, « par permission de son Seigneur » (34:12). Le Coran précise ce qu'ils construisaient : « sanctuaires, statues, plateaux comme des bassins, et marmites bien ancrées » (34:13). Une partie des « diables » plongeait pour lui (21:82).
Le Coran dit que ses armées de djinns, d'hommes et d'oiseaux étaient « placées en rangs » (27:17). Ces pouvoirs sont présentés comme des dons de Dieu, jamais comme une force propre à Salomon. Quand il demande à Dieu un royaume sans pareil, il le dit lui-même : « C’est Toi le grand Dispensateur » (38:35). Dieu répond : « Voilà Notre don ; distribue-le ou retiens-le sans avoir à en rendre compte » (38:39).
Un hadith rapporté par al-Bukhârî et Muslim montre à quel point cette demande est restée dans les mémoires. Le Prophète raconte qu'un 'ifrît (un djinn puissant) l'a surpris pendant la prière. Il a voulu l'attacher à une colonne de la mosquée pour que les enfants de Médine le voient, puis s'est souvenu de la prière de son frère Salomon, « un royaume tel que nul après moi n'aura de pareil », et l'a laissé repartir. Dans cette lecture, la maîtrise des djinns était réservée à Salomon : voir aussi l'article d'Oumma L'existence des djinns.
La Vallée des Fourmis
Le premier épisode de la sourate des Fourmis est une marche : « Quand ils arrivèrent à la Vallée des Fourmis, une fourmi dit : "Ô fourmis, entrez dans vos demeures, [de peur] que Salomon et ses armées ne vous écrasent [sous leurs pieds] sans s’en rendre compte" » (27:18). Salomon comprend ces paroles : « Il sourit, amusé par ses propos et dit : "Permets-moi Seigneur, de rendre grâce pour le bienfait dont Tu m’as comblé ainsi que mes père et mère, et que je fasse une bonne œuvre que tu agrées" » (27:19).
La scène est brève, mais riche. Le roi le plus puissant de son temps s'arrête pour une fourmi, sans orgueil, et sa première réaction est une prière. Un article d'Oumma, Le Coran. Une lecture écocentrée (2ème et dernière partie), voit dans ce passage et dans celui de la huppe une scène de dialogue entre espèces : l'animal prend la parole, et le prince l'écoute avec respect. L'article De la condition animale en islam cite aussi la fourmi pour dire que le Coran demande de protéger les animaux. Il ne s'agit pas d'une légende enfantine, mais d'une leçon sur le bon usage du pouvoir.
La huppe et la reine de Saba
Le récit principal occupe plus de vingt versets de la sourate des Fourmis. Salomon passe en revue les oiseaux et ne voit pas la huppe : « Pourquoi ne vois-je pas la huppe ? est-elle parmi les absents ? » (27:20). Il menace de la punir, à moins qu'elle n'apporte un « argument explicite » (27:21). La huppe revient et dit : « J’ai appris ce que tu n’as point appris ; et je te rapporte de Saba’ une nouvelle sûre » (27:22). Elle a trouvé une femme qui règne, qui « a été comblée » de toute chose et qui a « un trône magnifique » (27:23), et dont le peuple adore le soleil : elle l'a trouvée « se prosternant devant le soleil au lieu d’Allah » (27:24).
Salomon la met à l'épreuve : il lui dit qu'il va voir « si tu as menti » (27:27), et envoie une lettre. Elle commence par : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux » (27:30), puis : « Ne soyez pas hautains avec moi et venez à moi en toute soumission » (27:31). La reine consulte ses notables, qui lui promettent leur force. Elle se montre plus prudente : « quand les rois entrent dans une cité ils la corrompent, et font de ses honorables citoyens des humiliés » (27:34). Elle décide d'envoyer un présent. Salomon le refuse : « ce qu’Allah m’a procuré est meilleur que ce qu’Il vous a procuré » (27:36).
Le trône de la reine est apporté en un instant par « quelqu’un qui avait une connaissance du Livre » (27:40), plus vite qu'un djinn qui promettait de le faire avant la fin de la séance (27:39). Salomon ne s'en attribue aucun mérite : « Cela est de la grâce de mon Seigneur, pour m’éprouver si je suis reconnaissant ou si je suis ingrat » (27:40). La reine entre dans le palais, au sol de cristal, qu'elle prend pour de l'eau. Elle comprend et dit : « Seigneur, je me suis fait du tort à moi-même : Je me soumets avec Salomon à Allah, Seigneur de l’univers » (27:44).
Le Coran ne la nomme pas ; la tradition l'appelle Bilqîs, nom absent du texte. La Bible parle de la reine de Saba dans 1 Rois 10, mais n'y mentionne ni huppe ni conversion. Les historiens situent Saba au Yémen, autour de Mârib. Le Coran évoque ailleurs la tribu de Saba' et ses deux jardins (34:15), puis « l’inondation du Barrage » (34:16), sans relier explicitement les deux récits. Ce rapprochement relève de l'histoire et non du texte.
Salomon n'a jamais été un magicien
Des légendes ont fait de Salomon un grand magicien, détenteur d'un anneau ou d'un sceau qui lui donnait pouvoir sur les esprits. Le Coran rejette cette image dans la sourate de la Vache : « Et ils suivirent ce que les diables racontent contre le règne de Solayman. Alors que Solayman n’a jamais été mécréant mais bien les diables : ils enseignent aux gens la magie » (2:102). Les commentateurs expliquent que des gens, notamment à Médine, attribuaient à Salomon sa puissance par la sorcellerie, et que le Coran lave son nom : ses pouvoirs étaient un don de Dieu, accordé à un prophète, jamais une technique secrète.
Le même verset parle de deux anges, Hârût et Mârût, à Babylone, qui n'enseignaient rien « qu’ils n’aient dit d’abord : "Nous ne sommes rien qu’une tentation : ne sois pas mécréant" » (2:102). Le Coran ajoute que les gens « ne sont capables de nuire à personne qu’avec la permission d’Allah ». La magie reste donc une épreuve et un danger, non un pouvoir légitime. Les légendes d'anneau et de sceau qui circulent encore ne viennent pas du Coran.
Les épreuves de Salomon : les chevaux, le « corps » et le repentir
Comme son père, Salomon est éprouvé. Le Coran raconte qu'un après-midi, on lui présenta « de magnifiques chevaux de course » (38:31). Il dit : « Oui, je me suis complu à aimer les biens (de ce monde) au point [d’oublier] le rappel de mon Seigneur jusqu’à ce que [le soleil] se soit caché derrière son voile » (38:32). Puis, selon la traduction de Hamidullah : « Alors il se mit à leur couper les pattes et les cous » (38:33). Le texte arabe peut aussi se comprendre comme « il se mit à leur passer la main sur les jambes et sur le cou » en signe de tendresse ou de revue ; les exégètes sont partagés. Dans les deux lectures, la leçon est la même : un détachement des biens de ce monde quand ils éloignent du rappel de Dieu.
Le Coran poursuit : « Nous avions certes éprouvé Salomon en plaçant sur son siège un corps. Ensuite, il se repentit » (38:34). Il n'explique pas ce « corps ». Une lecture courante s'appuie sur un hadith d'al-Bukhârî et de Muslim : Salomon avait dit qu'il ferait le tour de ses épouses pour qu'elles donnent chacune un cavalier au service de Dieu, sans ajouter « si Dieu le veut » (inchallah). Une seule enfanta, d'un enfant à moitié formé. D'autres commentateurs pensent à une maladie ou à un fils mort, et des récits plus discutés, que beaucoup de savants rejettent, parlent d'un démon assis sur le trône.
La suite est une prière : « Seigneur, pardonne-moi et fais-moi don d’un royaume tel que nul après moi n’aura de pareil. C’est Toi le grand Dispensateur » (38:35). Dieu lui assigne le vent (38:36), les « diables, bâtisseurs et plongeurs de toutes sortes » (38:37), et d'autres « accouplés dans des chaînes » (38:38). Il lui assure « une place rapprochée de Nous et un beau refuge » (38:40). Voir la tawba.
La mort de Salomon et les djinns
Sa mort est racontée avec sobriété : « Puis, quand Nous décidâmes sa mort, il n’y eut pour les avertir de sa mort que la "bête de terre", qui rongea sa canne » (34:14). Les djinns qui travaillaient pour lui ne s'aperçurent qu'il était mort que lorsqu'il s'écroula. Les exégètes comprennent la « bête de terre » comme un insecte rongeur, la termite le plus souvent. La conclusion du verset est un enseignement sur l'inconnu : si les djinns avaient su l'inconnu, ils ne seraient pas restés dans l'humiliation du travail.
Le Coran enseigne ainsi que les êtres invisibles ne connaissent pas l'inconnu. Cet enseignement s'oppose à toute croyance qui leur prête une connaissance de l'avenir. Voir aussi la page sur les prophètes en islam.
Une tradition rapportée dans des recueils de hadiths, dont ceux d'an-Nasâ'î et d'Ibn Mâja, attribue à Salomon l'achèvement de la construction de Bayt al-Maqdis, la mosquée de Jérusalem que la tradition dit commencée par David. Le Coran ne parle pas du Temple. Le mot qu'il emploie est « sanctuaires » (34:13).
Salomon dans la Bible, dans la tradition et dans Oumma
La Bible fait de Salomon le roi sage, auteur de Proverbes, bâtisseur du Temple, qui finit par se laisser entraîner par ses épouses étrangères vers d'autres dieux (1 Rois 11). Le Coran ne reprend pas cette fin : Salomon n'a pas été idolâtre, il reste jusqu'au bout le serviteur « plein de repentir ». C'est un exemple de la manière dont le Coran corrige, selon les musulmans, des récits antérieurs sur les prophètes : un prophète peut être éprouvé et se tromper, mais Dieu le garde du grand péché.
Dans la tradition populaire, Salomon est devenu un personnage de légende dans tout le monde musulman, le roi sage, maître des djinns et des animaux. Oumma a relayé l'une de ces traditions locales : A la découverte des puits creusés par l'armée de djinns du Prophète Soulayman évoque les puits de Laynah, en Arabie saoudite, que la légende attribue aux djinns du roi. C'est une tradition locale, non une donnée du Coran.
Salomon est enfin un modèle pour qui détient une autorité : remercier, écouter, s'excuser, reconnaître ce qui vient de Dieu. Pour situer sa place parmi les envoyés, voir David, Moïse et la page générale sur les prophètes en islam.





