Qui est Élisée (al-Yasa') en islam ?
Élisée, en arabe al-Yasa' (اليسع), est l'un des vingt-cinq prophètes nommés dans le Coran. Il n'y apparaît que deux fois, dans la sourate des Troupeaux (6:86) et dans la sourate de Sad (38:48), chaque fois au milieu d'autres prophètes et chaque fois avec un éloge. Le Coran ne lui consacre aucun récit.
La tradition musulmane l'identifie à l'Élisée de la Bible, disciple puis successeur d'Élie. C'est cette identification, admise par les exégètes comme Tabarî et Ibn Kathîr, qui permet de lui donner un visage. Mais il faut garder la distinction : le Coran dit très peu, la tradition dit davantage, et ce que la tradition dit n'a pas le même statut que le texte révélé.
Les deux versets : élu parmi les mondes, l'un des meilleurs
Dans la sourate des Troupeaux, une longue liste de prophètes (dix-huit en comptant Abraham) est présentée comme le fruit de la guidance de Dieu envers Abraham et sa descendance (6:83 à 6:87). Elle est découpée en trois groupes. Le dernier réunit Ismaël, Élisée, Jonas et Loth : « Chacun d'eux Nous l'avons favorisé par dessus le reste du monde » (6:86). Le verbe est fort : Dieu a préféré ces hommes à leurs contemporains, au sens de l'élection et de la mission.
La liste s'achève sur une leçon : ceux-là sont ceux qu'Allah a guidés, et il faut suivre leur direction (6:90). Si l'on avait donné à Dieu des associés, tout ce qu'ils auraient fait aurait été vain (6:88). Élisée est donc présenté comme un maillon de la chaîne des guides, au même titre que les plus grands. Les commentateurs soulignent que l'élection dont parle le verset n'est pas un rang d'honneur dans l'abstrait : elle est la raison pour laquelle ces hommes ont été chargés de porter le message, et la raison pour laquelle il est demandé de les suivre.
Dans la sourate de Sad, la formule est plus brève : « Et rappelle-toi Ismaël et Elisée, et Dal Kifl, chacun d'eux parmi les meilleurs » (38:48). Le mot est akhyâr, les meilleurs, les élus. Le verset suit une série de rappels adressés au Prophète Muhammad : David, Salomon, Job, puis Abraham, Isaac et Jacob, « serviteurs puissants et clairvoyants » dont Dieu a fait l'objet d'une distinction particulière, « le rappel de l'au-delà » (38:45 à 38:47). Élisée entre dans ce cortège : il est cité pour qu'on s'en souvienne, comme un modèle.
Ce que la tradition rapporte sur lui
Les récits sur Élisée viennent des « histoires des prophètes » (qisas al-anbiyâ'), comme celle d'Ibn Kathîr, qui puisent largement dans la mémoire des Fils d'Israël. Selon eux, il aurait grandi près d'Élie, l'aurait accompagné puis lui aurait succédé à la tête des croyants, à une époque où le culte de Baal avait gagné une grande partie du peuple. Certains généalogistes le disent fils d'Akhtûb ; ces détails varient d'une source à l'autre.
La Bible raconte son histoire dans le Deuxième livre des Rois : Élisée reçoit le manteau d'Élie lorsque celui-ci est emporté au ciel, divise les eaux du Jourdain, rend la vie à un enfant, et guérit Naaman le Syrien de sa lèpre. Les savants musulmans ne reprennent pas ces récits à leur compte comme des faits établis : ils les rapportent, quand ils les rapportent, en précisant que le Coran ni la Sunna authentique ne les confirment. Ce que la foi demande est d'attester qu'Élisée fut un prophète choisi par Dieu, non de croire à chaque détail biblique.
Le nom hébreu Élisha signifie « Dieu sauve ». Dans la Bible, Élisée demande à Élie, avant son départ, « une double part » de son esprit ; les récits musulmans en retiennent surtout l'idée d'une mission transmise d'un homme à l'autre, qui n'est pas interrompue à la disparition du maître. Ce thème de la transmission est familier au Coran : Moïse demande lui aussi un second, son frère Aaron.
Quant à son nom, les lecteurs du Coran divergent : la plupart lisent al-Yasa' (avec l'article), tandis que Hamza et al-Kisâ'î lisent al-Layasa'. La différence n'affecte pas l'identité du personnage.
Élisée et Dhû al-Kifl
Dans la sourate de Sad, Élisée est cité avec Dhû al-Kifl, lui aussi connu par de très brèves mentions : le Coran le range parmi les endurants, entrés dans la miséricorde de Dieu (21:85 et 21:86). Les exégètes ont longuement débattu de son identité. Certains y ont reconnu un prophète distinct, d'autres un homme pieux, d'autres encore ont proposé d'y voir Élisée lui-même, Élie ou Ézéchiel. Ces identifications ne s'appuient pas sur le texte ; elles montrent seulement à quel point le Coran laisse ouverte la mémoire de certains envoyés.
Le rapprochement n'est pas sans fondement : dans les deux sourates, les noms sont donnés ensemble, dans un même registre d'éloge, et le Coran lui-même explique sa méthode : « Il y a des messagers dont Nous t'avons raconté l'histoire, et des messagers dont Nous ne t'avons point raconté l'histoire » (4:164).
Pourquoi croire en un prophète si peu raconté ?
La foi musulmane demande de croire en tous les envoyés, ceux dont le Coran raconte l'histoire comme ceux dont il ne la raconte pas. Le Coran le dit lui-même : « Certes, Nous avons envoyé avant toi des Messagers. Il en est dont Nous t'avons raconté l'histoire ; et il en est dont Nous ne t'avons pas raconté l'histoire » (40:78). Élisée appartient à la seconde catégorie.
Sa présence aux côtés de figures majeures montre que, pour le Coran, la prophétie est d'abord une chaîne continue : chaque envoyé reprend l'appel de celui d'avant. Élisée prolonge Élie comme Aaron soutient Moïse. Le Coran n'a pas besoin de raconter chacun pour que chacun soit honoré.
Oumma n'a pas publié d'article consacré à Élisée. Pour situer son rôle, on peut lire la page sur les prophètes en islam et celle d'Élie, dont il est le successeur.
