Sâlihصالح

Sâlih

Sâlih est le prophète envoyé aux Thamûd, un peuple de bâtisseurs qui taillaient leurs maisons dans les montagnes. Le Coran le nomme 9 fois. Il leur donne comme signe une chamelle, qu'ils finissent par tuer ; ils sont alors saisis par un Cri qui les foudroie dans leurs demeures, tandis que Sâlih et les croyants sont sauvés.

  • 9

    Mentions dans le Coran

  • 9

    Versets

  • 4

    Sourates

Les grandes étapes

  1. Après les 'ÂdLes Thamûd succèdent aux 'Âd et s'installent sur la terre (7:74).
  2. Palais et maisons dans la rocheIls bâtissent des palais dans les plaines et taillent les montagnes (7:74 ; 26:149).
  3. L'envoi de SâlihLeur frère Sâlih les appelle à adorer Allah (7:73 ; 11:61).
  4. Deux campsLe peuple se divise entre croyants et orgueilleux (27:45 ; 7:75-76).
  5. La chamelleLe signe de la chamelle d'Allah et le partage de l'eau (7:73 ; 26:155).
  6. Le complot des neufUn groupe jure d'attaquer Sâlih de nuit (27:48-49).
  7. La mort de la chamelleLe peuple la tue (7:77 ; 91:12-14).
  8. Trois jours« Jouissez dans vos demeures pendant trois jours encore ! » (11:65).
  9. Le CriUn Cri les foudroie dans leurs demeures (11:67-68).
  10. Le salutSâlih et ceux qui ont cru sont sauvés (11:66).

Qui est Sâlih ?

Sâlih est le prophète des Thamûd. Son nom signifie en arabe « vertueux » ou « intègre ». Comme pour Hûd, le Coran l'appelle « leur frère » : il vient du même peuple que ceux auxquels il est envoyé. Son nom est cité en neuf versets, dans quatre sourates (7, 11, 26 et 27). La généalogie traditionnelle fait de lui un descendant de Sem, fils de Noé. Le Coran n'a pas d'équivalent biblique direct pour Sâlih et les Thamûd : leur histoire n'est connue que par le Coran et la mémoire arabe.

Le Coran cite plusieurs fois les Thamûd en série avec les peuples avertis avant eux : « le peuple de Noé, les 'Âd, les Thamûd » (22:42 ; 9:70 ; 14:9). Sâlih en est le troisième messager, après Noé et Hûd. Avec Hûd et Chou'ayb, il est rangé par la tradition parmi les prophètes arabes.

Les Thamûd : des tailleurs de montagnes

Les Thamûd viennent après les 'Âd, auxquels ils succèdent : « Rappelez-vous quand Il vous fit succéder aux 'Âd et vous installa sur la terre. Vous avez édifié des palais dans ses plaines, et taillé en maisons les montagnes » (7:74). Sâlih leur rappelle leur aisance : « Vous laissera-t-on en sécurité dans votre présente condition ? Au milieu de jardins, de sources, de cultures et de palmiers aux fruits digestes ? Creusez-vous habilement des maisons dans les montagnes ? » (26:146 à 26:149). Il les met en garde contre « l'ordre des outranciers, qui sèment le désordre sur la terre et n'améliorent rien » (26:151 et 26:152).

Le Coran les évoque aussi comme « les gens d'al-Hijr » qui « taillaient des maisons dans les montagnes, vivant en sécurité » (15:80 à 15:82), et comme ceux « qui taillaient le rocher dans la vallée » (89:9). Le texte ne dit pas que leur savoir-faire était coupable ; il dit que leur sécurité les a rendus aveugles aux signes.

Le message de Sâlih et l'opposition des notables

Sâlih tient le même discours que les prophètes qui l'ont précédé : « Ô mon peuple, adorez Allah. Pour vous, pas d'autre divinité que Lui » (7:73). Il ajoute : « De la terre Il vous a créés, et Il vous l'a fait peupler. Implorez donc Son pardon, puis repentez-vous à Lui. Mon Seigneur est bien proche et Il répond toujours aux appels » (11:61).

Les notables lui répondent par la déception : « Ô Sâlih, tu étais auparavant un espoir pour nous. Nous interdirais-tu d'adorer ce qu'adoraient nos ancêtres ? » (11:62). Sa réputation d'homme estimé ne tient plus dès qu'il appelle à l'unicité de Dieu. Le peuple se divise en deux camps (27:45), les orgueilleux contre les croyants opprimés. Les premiers demandent aux seconds : « Savez-vous si Sâlih est envoyé de la part de son Seigneur ? » Les opprimés répondent : « Oui, nous sommes croyants à son message » ; les orgueilleux répliquent : « Nous, nous ne croyons certainement pas en ce que vous avez cru » (7:75 et 7:76).

Ils le disent « ensorcelé », « un homme comme nous » (26:153 et 26:154), « un grand menteur plein de prétention et d'orgueil » (54:25), et lui disent que lui et ses compagnons sont des « porteurs de malheur ». Il répond : « Votre sort dépend d'Allah. Mais vous êtes plutôt des gens qu'on soumet à la tentation » (27:47).

La chamelle d'Allah

La preuve demandée est une chamelle : « Voici la chamelle d'Allah qu'Il vous a envoyée comme signe. Laissez-la donc paître sur la terre d'Allah, et ne lui faites aucun mal, sinon un châtiment proche vous saisira » (11:64 ; 7:73). Le Coran la qualifie d'« épreuve » (54:27) et de « miracle visible » (17:59). Il précise le partage de l'eau : « À elle de boire un jour convenu, et à vous de boire un jour » (26:155), et la sourate 54 répète : « L'eau sera en partage entre eux [et la chamelle] ; chacun boira à son tour » (54:28).

Deux points ressortent du texte lui-même : la chamelle est « d'Allah », donc sous Sa protection, et la terre aussi est « la terre d'Allah » ; l'eau se partage et ne s'accapare pas. La tradition ajoute que la chamelle serait sortie d'un rocher à la demande du peuple, détail qui n'est pas dans le Coran, et que son lait aurait suffi à tous le jour où elle buvait. Ces récits sont rapportés par les exégètes avec des variantes.

Les neuf et la mort de la chamelle

Le Coran cite, dans la ville, « un groupe de neuf individus qui semaient le désordre sur terre et ne faisaient rien de bon ». Ils complotent : « Jurons par Allah que nous l'attaquerons de nuit, lui et sa famille » ; puis ils nieront être présents si l'on réclame vengeance (27:48 et 27:49). Le texte ajoute : « Ils ourdirent une ruse et Nous ourdîmes une ruse sans qu'ils s'en rendent compte » (27:50).

Le peuple tue la chamelle : « Ils tuèrent la chamelle, désobéirent au commandement de leur Seigneur et dirent : Ô Sâlih, fais-nous venir ce dont tu nous menaces, si tu es du nombre des Envoyés » (7:77). Un homme, « le plus misérable d'entre eux », se lève pour accomplir l'acte (91:12 ; 54:29) ; le Coran dit que le peuple en porte la faute ensemble : « ils la tuèrent » (91:14). La tradition le nomme Qudâr ibn Sâlif et rapporte, d'après un hadith de Bukhârî, que le Prophète le décrivit comme un homme puissant et respecté dans son clan. Sâlih annonce : « Jouissez dans vos demeures pendant trois jours encore ! Voilà une promesse qui ne sera pas démentie » (11:65).

Le Cri

Le châtiment arrive sous la forme d'un « Cri » (11:67 ; 15:83 ; 54:31), d'une secousse (7:78) ou d'une foudre (41:17 ; 51:44) : le Coran emploie plusieurs mots pour dire un même cataclysme. Les Thamûd sont « foudroyés dans leurs demeures, comme s'ils n'y avaient jamais prospéré » (11:67 et 11:68), « réduits à l'état de paille d'étable » (54:31). Ni leurs richesses ni leurs maisons taillées dans la montagne ne leur ont servi (15:84).

Sâlih et les croyants sont sauvés « par une miséricorde venant de Nous » (11:66 ; 41:18). Avant de se détourner, Sâlih dit à son peuple : « Je vous avais communiqué le message de mon Seigneur et vous avais conseillé sincèrement. Mais vous n'aimez pas les conseillers sincères ! » (7:79). La phrase est devenue proverbiale pour dire la solitude du conseiller sincère face à ceux qui ne veulent pas l'entendre. Le Coran conclut : « Voilà donc leurs maisons désertes à cause de leurs méfaits. C'est bien là un avertissement pour des gens qui savent » (27:52).

Al-Hijr et Madâ'in Sâlih

La tradition situe les Thamûd à Al-Hijr, dans le nord-ouest de l'Arabie, sur le site aujourd'hui nommé Madâ'in Sâlih (« les cités de Sâlih »). Ce site, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2008, est connu pour ses tombeaux monumentaux taillés dans le grès, dont les inscriptions et l'architecture datent des Nabatéens, autour du début de l'ère chrétienne. Ces tombeaux ne sont donc pas les maisons des Thamûd, qui restent connus par le texte du Coran et les récits traditionnels ; l'archéologie ne les a pas retrouvés comme tels.

La tradition a fait de ces lieux un lieu de crainte révérencielle. Selon Bukhârî et Muslim, lors de l'expédition de Tabûk, le Prophète passa par Al-Hijr. Il demanda à ses compagnons de ne pas boire de l'eau des lieux, de ne pas s'en servir pour les ablutions, et de n'entrer chez ceux qui s'étaient fait du tort à eux-mêmes qu'en pleurant, « de peur que ne vous atteigne ce qui les a atteints ». Il se couvrit la tête et pressa sa monture. Les savants y lisent une invitation à la crainte et à la mesure, non une malédiction attachée à la région.

Dans la piété populaire, d'autres lieux honorent Sâlih. Éric Geoffroy note dans Le culte des saints au Proche-Orient que le prophète Sâlih est vénéré à Ramla, en Palestine, sous la Mosquée Blanche, où une fête annuelle (mawsim) lui est consacrée avec un étendard porté à cheval jusqu'à son tombeau. Les traditions varient aussi sur sa fin : certains récits disent qu'il se retira avec les croyants à La Mecque, ce que le Coran ne dit pas.

La leçon des Thamûd

Le récit de Sâlih rejoint celui de Hûd, avec une nuance : les 'Âd s'effondrent par un vent, les Thamûd par un cri, après un signe explicite que leur propre peuple devait respecter. Le Coran y voit trois fautes qui s'enchaînent : la sécurité devenue arrogance, la division du peuple en notables et opprimés, et la mise à mort du signe de Dieu. Le texte ajoute que même la ruse des neuf ne les sauve pas.

Il reste aussi le geste de Sâlih, qui avertit sans haine et se retire sans maudire personne. À la suite de ces récits viennent Loth, Chou'ayb et Moïse, dans la longue série des prophètes que le Coran présente à Muhammad pour le fortifier dans l'épreuve.

Oumma n'a pas, à ce jour, publié d'article de fond consacré à Sâlih ni aux Thamûd. La page Les prophètes donne la vue d'ensemble.

Sâlih : les thématiques

Chaque question avec les articles qu'Oumma y a consacrés.

Al-Hijr et Madâ'in Sâlih

Un site d'Arabie du Nord relié par la tradition aux Thamûd, inscrit au patrimoine mondial : ce que disent le Coran, le hadith de Tabûk et l'archéologie.

La chamelle et le partage de l'eau

7:73 et 26:155 : la chamelle d'Allah, la terre d'Allah et l'eau à partager.

Le tombeau du prophète Sâlih à Ramla

La Mosquée Blanche, la fête annuelle et l'étendard du prophète Sâlih décrits par Éric Geoffroy dans son étude du culte des saints au Proche-Orient.

Les neuf de la ville

27:48-53 : le complot nocturne contre Sâlih et sa famille.

Les peuples avertis dans le Coran

Noé, 'Âd, Thamûd, Loth, Madyan : la série des peuples qui ont nié leur messager.

Le Cri qui anéantit

Cri, secousse, foudre : les mots du Coran pour dire la destruction des Thamûd.

Sâlih dans le Coran : versets choisis

  • Coran

    « Et aux Thamûd, leur frère Sâlih: «O mon peuple, dit-il, adorez Allah. Pour vous, pas d’autre divinité que Lui. Certes, une preuve vous est venue de votre Seigneur: voici la chamelle d’Allah, un signe pour vous. Laissez-la donc manger sur la terre d’Allah et ne lui faites aucun mal; sinon un châtiment douloureux vous saisira. »

    Sourate 7 (Al-Araf), verset 73 →
  • Coran

    « Et rappelez-vous quand Il vous fit succéder aux Aad et vous installa sur la terre. Vous avez édifié des palais dans ses plaines, et taillé en maisons les montagnes. Rappelez-vous donc les bienfaits d’Allah et ne répandez pas la corruption sur la terre «comme des fauteurs de trouble». »

    Sourate 7 (Al-Araf), verset 74 →
  • Coran

    « Ils tuèrent la chamelle, désobéirent au commandement de leur Seigneur et dirent: «O Sâlih, fais nous venir ce dont tu nous menaces, si tu es du nombre des Envoyés». »

    Sourate 7 (Al-Araf), verset 77 →
  • Coran

    « Et (Nous avons envoyé) aux Thamûd, leur frère Sâlih qui dit: «O mon peuple, adorez Allah. Vous n’avez point de divinité en dehors de Lui. De la terre Il vous a créés, et Il vous l’a fait peupler (et exploiter). Implorez donc Son pardon, puis repentez-vous à Lui. Mon Seigneur est bien proche et Il répond toujours (aux appels)». »

    Sourate 11 (Hud), verset 61 →
  • Coran

    « O mon peuple, voici la chamelle d’Allah qu’Il vous a envoyée comme signe. Laissez-la donc paître sur la terre d’Allah, et ne lui faites aucun mal sinon, un châtiment proche vous saisira!» »

    Sourate 11 (Hud), verset 64 →
  • Coran

    « Il dit: «Voici une chamelle: à elle de boire un jour convenu, et à vous de boire un jour. »

    Sourate 26 (As-Shuaraa), verset 155 →
  • Coran

    « Et il y avait dans la ville un groupe de neuf individus qui semaient le désordre sur terre et ne faisaient rien de bon. »

    Sourate 27 (An-Naml), verset 48 →
  • Coran

    « Nous leur enverrons la chamelle, comme épreuve. Surveille-les donc et sois patient. »

    Sourate 54 (Coran), verset 27 →
  • Coran

    « Et le Cri saisit les injustes. Et les voilà foudroyés dans leurs demeures, »

    Sourate 11 (Hud), verset 67 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Toutes les mentions de Sâlih

Sâlih est nommé 9 fois, dans 9 versets de 4 sourates (décompte du Quranic Arabic Corpus).

Voir les 9 versets, sourate par sourate
  • Sourate 7, Al-Araf : 73, 75, 77
  • Sourate 11, Hud : 61, 62, 66, 89
  • Sourate 26, As-Shuaraa : 142
  • Sourate 27, An-Naml : 45

Questions fréquentes

Qui est le prophète Sâlih en islam ?+

Sâlih est un prophète envoyé au peuple de Thamûd. Il leur donna comme signe une chamelle d'Allah, qu'ils ont tuée malgré son avertissement. Les Thamûd ont alors été détruits, et Sâlih et les croyants ont été sauvés.

Qu'est-ce que la chamelle de Sâlih dans le Coran ?+

C'est un signe donné aux Thamûd, appelé « la chamelle d'Allah » (7:73). Le peuple devait la laisser boire et paître sans lui faire de mal, et partager l'eau avec elle (26:155). Il la tua, ce qui précipita le châtiment (7:77).

Qui étaient les Thamûd ?+

Un peuple ancien, successeur des 'Âd, qui construisait des palais dans les plaines et taillait des demeures dans la montagne (7:74). Leur destruction est rappelée en exemple à plusieurs endroits du Coran.

Madâ'in Sâlih est-elle la ville du peuple de Thamûd ?+

La tradition musulmane identifie Al-Hijr, dans le nord-ouest de l'Arabie, avec le pays des Thamûd, et le site porte le nom de Madâ'in Sâlih. Les tombeaux visibles datent cependant des Nabatéens, plus tard, et ne sont donc pas les maisons des Thamûd.

Comment les Thamûd ont-ils été détruits ?+

Le Coran parle d'un « Cri » (11:67 ; 54:31), d'une secousse (7:78) ou d'une foudre (41:17). Les Thamûd furent « foudroyés dans leurs demeures » trois jours après la mort de la chamelle.

Qui sont les neuf individus de la sourate 27 ?+

Un groupe de neuf hommes de la ville des Thamûd, qui semaient le désordre et complotèrent d'attaquer Sâlih et sa famille de nuit (27:48-49). Le Coran dit que leur ruse retomba sur eux.

Que dit le hadith sur Al-Hijr et le Prophète à Tabûk ?+

Passant par Al-Hijr, le Prophète demanda de ne pas entrer chez ceux qui s'étaient fait du tort à eux-mêmes sans pleurer, de peur d'être atteint comme eux, et de ne pas utiliser l'eau des lieux (Bukhârî, Muslim). Les savants y voient une leçon de crainte révérencielle.

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