Le Prophète, les compagnons et les quatre premiers califesالخلفاء الراشدون

L'islam naît dans l'Arabie du VIIe siècle, avec la prédication de Muhammad à La Mecque puis à Médine. À sa mort en 632, ses compagnons choisissent de lui donner des successeurs, les califes. Les quatre premiers, Abou Bakr, Omar, Othman et Ali, sont appelés par les sunnites les califes « bien guidés » (rachidoun). Cette période de trente ans environ pose les bases de la communauté et explique aussi la naissance des grands courants.

Qui est le Prophète Muhammad ?

Muhammad ibn Abdallah naît à La Mecque vers 570, dans la tribu des Quraych. Orphelin très jeune, il est élevé par son grand-père puis par son oncle Abou Talib, et devient commerçant, connu pour sa droiture, ce qui lui vaut le surnom d'al-Amin, « le digne de confiance ». Il épouse Khadija, riche commerçante, et c'est avec elle qu'il vit les débuts de la mission. Les musulmans voient en lui le dernier des prophètes, le « sceau » de la prophétie (sourate 33, verset 40).

Vers 610, dans la grotte de Hira, près de La Mecque, il reçoit par l'ange Jibril les premiers versets de ce qui deviendra le Coran. Pendant une douzaine d'années à La Mecque, il appelle à l'adoration d'un Dieu unique, à la justice et à la solidarité envers les faibles. Ses premiers partisans sont peu nombreux, souvent issus des plus démunis, et affrontent l'hostilité d'une partie de l'élite mecquoise.

Pour la suite de sa vie, on se reporte à la Sîra, la biographie du Prophète, que les musulmans lisent aussi comme un guide. Le Coran lui-même le présente comme « un bel exemple » (sourate 33, verset 21). L'article Enseignements et sens de la sîra rappelle que la connaissance de sa vie éclaire la compréhension du Coran. Voir aussi le Prophète Muhammad dans le lexique.

Que s'est-il passé à Médine ?

En 622, les musulmans quittent La Mecque pour Yathrib, qui prendra le nom de Médine, « la ville » du Prophète. Ce départ est l'Hégire. Malek Bennabi en raconte les épisodes dans Le dernier Messager : le pacte conclu avec les gens de Médine, devenus les Ansar (« auxiliaires »), la fuite nocturne avec Abou Bakr, la nuit passée dans la grotte de Thawr, dont le Coran fait mention (sourate 9, verset 40).

À Médine, le Prophète établit une communauté qui réunit émigrés mecquois et habitants de la ville. Il y bâtit une mosquée, qui sert à la fois de lieu de prière, de lieu de rencontre et de centre de décision, et conclut des accords avec les différents groupes de la cité, dont des tribus juives. Les années médinoises sont aussi marquées par plusieurs affrontements avec les Quraychites : la bataille de Badr (624), celle d'Uhud (625), puis celle du Fossé (627).

En 628, le traité de Hudaybiyya établit une trêve avec La Mecque ; en 630, le Prophète entre dans la ville presque sans combat et la purifie des idoles de la Kaaba. En 632, il accomplit le pèlerinage d'adieu, puis meurt à Médine. Le Coran avait annoncé aux croyants qu'il n'était qu'un messager, après lequel d'autres messagers étaient passés (sourate 3, verset 144) : la communauté devait continuer sans lui. L'article Nouvelle année hégirienne de Tahar Gaïd retrace aussi ce passage de l'Hégire.

Qui étaient les compagnons du Prophète ?

On appelle compagnons (sahaba) les musulmans qui ont rencontré le Prophète, cru en lui et sont morts en musulmans. Le Coran loue les premiers émigrés et les Ansar, ceux qui ont suivi l'islam avec ferveur (sourate 9, verset 100). Cette génération a transmis le Coran, les hadiths et la façon dont le Prophète priait, jeûnait et vivait : elle est donc la source de la Sunna.

Parmi eux, la tradition retient Khadija, première à croire et épouse fidèle du Prophète pendant vingt-cinq ans ; Aïcha, qui a transmis un grand nombre de hadiths et enseigné après lui ; sa fille Fatima ; son cousin et gendre Ali ; Bilal, premier muezzin, ancien esclave devenu l'une des voix de l'islam ; Abou Bakr, Omar et Othman, dont il est question plus bas ; et de nombreux autres, hommes et femmes, qui ont émigré, combattu ou enseigné.

Les compagnons ne forment pas un groupe uniforme : certains sont des commerçants mecquois, d'autres des agriculteurs de Médine, d'anciens esclaves, des poètes ou des savants. Les musulmans les honorent comme les témoins directs de la révélation. L'avis général des savants est que la communauté doit respecter l'ensemble des compagnons, même si les chiites distinguent la place des membres de la famille du Prophète (les ahl al-bayt). Une chronique audio revient sur la vie d'Abû Bakr As-Siddîq, compagnon et premier calife.

Comment le premier calife a-t-il été choisi ?

À la mort du Prophète en 632, la communauté se retrouve sans guide politique. Les sources racontent qu'à Médine, des compagnons se réunissent pour décider de la suite. Abou Bakr as-Siddiq, ami proche du Prophète, qui l'avait accompagné lors de l'Hégire et dirigé la prière lors de sa dernière maladie, est choisi comme premier calife (khalifa, « successeur »). Ce choix est ensuite accepté par la grande majorité de la communauté.

Ce passage est essentiel pour comprendre le sunnisme et le chiisme. Pour la majorité sunnite, le Prophète n'a pas désigné de successeur et la communauté a choisi Abou Bakr par consultation (shura) et allégeance (bay'a). Pour les chiites, le Prophète avait désigné Ali, que ses partisans appellent le premier imam, en s'appuyant sur des traditions comme celle de Ghadir Khumm. Les deux lectures s'appuient sur des récits, et elles portent aussi une conception différente de l'autorité : choisie par la communauté pour les uns, transmise dans la famille du Prophète pour les autres.

Rachid Id Yassine propose, dans Être sunnite aujourd'hui, entre conformisme et réformisme, une lecture sunnite de cet épisode, qui souligne la nature politique et non spirituelle de l'autorité des premiers califes. Voir aussi l'entrée du lexique sur l'imamat.

Que font Abou Bakr et Omar ?

Abou Bakr gouverne de 632 à 634. Son bref califat est surtout marqué par la consolidation de l'unité : plusieurs tribus arabes se détachent de la communauté ou refusent de payer la zakât, et il organise les campagnes pour les ramener, connues comme les guerres de la Ridda. C'est aussi sous son autorité que, après la mort de nombreux récitateurs lors de la bataille de Yamama, la collecte du Coran est entreprise sur le conseil d'Omar. Abou Bakr désigne avant sa mort Omar pour lui succéder.

Omar ibn al-Khattab (634-644) est un compagnon réputé pour sa fermeté et son sens de la justice. Son califat voit l'expansion rapide de l'État musulman : la Syrie, l'Égypte et l'Irak sont intégrés, la Perse sassanide s'effondre et Jérusalem passe sous autorité musulmane. Il organise l'administration en provinces, crée le registre des soldes (diwan) et institue l'ère hégirienne, comme le raconte la page sur le calendrier hégirien. Il est assassiné à Médine en 644 par un esclave persan.

Les vidéos d'Oumma reviennent sur la figure d'Omar avec Les épreuves de la vie selon Omar ibn al-Khattab. Dans le lexique : Abou Bakr et Omar.

Que font Othman et Ali ?

Othman ibn Affan (644-656) est choisi par un conseil restreint formé du vivant d'Omar. Gendre du Prophète par deux de ses filles, il est connu pour sa générosité et sa pudeur. Sous son califat, les conquêtes se poursuivent vers l'Afrique du Nord et l'Iran, et une flotte est constituée. Son œuvre la plus durable est la fixation du texte du Coran : face aux variantes de lecture qui apparaissaient dans les provinces, il fait établir un exemplaire de référence (mushaf), copié et envoyé dans les grandes villes. La dernière partie de son règne est troublée par des mécontentements et il est assassiné à Médine en 656.

Ali ibn Abi Talib (656-661), cousin et gendre du Prophète, époux de Fatima, assume le califat dans un contexte de division. Il doit affronter la bataille du Chameau (656) et celle de Siffin (657), face à Mu'awiya, puis l'arbitrage qui en découle, qui divise ses propres partisans : certains s'en détachent, ce sont les kharidjites. Ali est assassiné à Kufa en 661. Son fils Hasan renonce ensuite au pouvoir pour éviter de nouveaux combats, et Mu'awiya fonde la dynastie omeyyade.

Pour les sunnites, ce sont là les quatre califes rachidoun, « bien guidés ». Pour les chiites, la légitimité s'attache à Ali et à ses descendants. Cette période, appelée aussi « grande discorde » (fitna) par les historiens musulmans, nourrit donc les débats sur l'autorité. L'étude de cette période explique aussi la naissance de courants comme le kharidjisme et l'ibadisme. Entrées du lexique : Othman, Ali, califat.

Quel héritage laissent ces trente premières années ?

Cette période fonde la mémoire collective des musulmans. Les compagnons ont transmis le Coran sous sa forme écrite, la Sunna du Prophète et les premières règles de gouvernement : consultation, allégeance, justice, rôle des savants. La jurisprudence (fiqh) se construira ensuite en s'appuyant sur ces exemples.

L'héritage est aussi spirituel. Le soufisme rattache ses chaînes de transmission spirituelle à Ali et à Abou Bakr (soufisme). Les premiers siècles servent de référence à tous les courants qui se réclament du retour aux sources.

Enfin, c'est une histoire d'hommes confrontés à des épreuves : conquête, justice, divisions internes, mort violente de trois des quatre califes. Les historiens musulmans comme les chercheurs invitent à la lire dans sa complexité, en évitant aussi bien l'idéalisation naïve que la polémique. Pour poursuivre dans l'histoire, voir l'âge d'or de la civilisation musulmane et la page Histoire de l'islam.

Questions fréquentes

Qui sont les quatre premiers califes de l'islam ?+

Ce sont Abou Bakr (632-634), Omar ibn al-Khattab (634-644), Othman ibn Affan (644-656) et Ali ibn Abi Talib (656-661). Les sunnites les appellent les califes « bien guidés » (rachidoun).

Que signifie calife ?+

Le mot arabe khalifa signifie « successeur » ou « lieutenant ». Après la mort du Prophète en 632, le calife est le chef de la communauté, chargé de faire appliquer la loi et de défendre l'unité des musulmans, mais il ne reçoit pas de nouvelle révélation.

Qui sont les compagnons du Prophète ?+

Ce sont les musulmans qui ont rencontré le Prophète, cru en lui et sont morts dans l'islam. Ils ont transmis le Coran, les hadiths et la manière dont il a vécu. Parmi eux figurent Khadija, Aïcha, Abou Bakr, Omar, Othman, Ali et Bilal.

Pourquoi y a-t-il une différence entre sunnites et chiites sur la succession ?+

Pour les sunnites, le Prophète n'a pas désigné de successeur et la communauté a choisi Abou Bakr. Pour les chiites, le Prophète avait désigné Ali. Cette divergence porte sur la nature de l'autorité après lui et est à l'origine de la séparation entre les deux courants.

Quand le Prophète est-il mort ?+

Le Prophète Muhammad est mort à Médine en 632 de l'ère chrétienne, soit l'an 11 de l'Hégire, après vingt-trois ans de prophétie.

Qui a rassemblé le Coran ?+

Selon la tradition, le Coran a été mis par écrit du vivant du Prophète, puis rassemblé en un recueil sous Abou Bakr après la mort de nombreux récitateurs, et enfin fixé dans un exemplaire de référence sous Othman, copié pour les grandes villes.

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