Que signifie sîra ?
Sîra (سيرة) vient de la racine s-y-r, qui exprime le fait d'aller, de cheminer : sâra, « il a marché ». La sîra est donc la manière dont on avance dans la vie, la conduite, le comportement. Le Coran emploie le mot au sens d'« état » ou de « forme » : à Moïse, dont le bâton s'est changé en serpent, Dieu dit « Nous le ramènerons à son premier état » (sourate 20, verset 21).
Dans le vocabulaire religieux, al-sîra al-nabawiyya, « la sîra prophétique », désigne la biographie du Prophète Muhammad. Le mot s'emploie aussi pour les vies d'autres personnages, comme les califes ou les sultans. Au pluriel, siyar a pris chez les juristes un sens particulier : les règles de la guerre et des relations avec les autres peuples, objet du Kitâb al-siyar d'al-Shaybânî.
Pour Tahar Gaïd, qui consacre à la question « Enseignements et sens de la sîra », la biographie du Prophète est « la première des exégèses » du Coran : elle en donne le contexte vivant. Le Coran présente lui-même le Prophète comme « un excellent modèle » (sourate 33, verset 21).
Que raconte la sîra ?
La sîra suit la vie du Prophète dans l'ordre : la naissance à La Mecque, l'enfance d'orphelin, le mariage avec Khadija, la première révélation vers 610, la prédication et les persécutions à La Mecque, l'Hégire vers Médine en 622, la construction de la communauté, les expéditions (maghâzî) et les traités, la conquête de La Mecque en 630, le pèlerinage d'adieu et la mort en 632. Elle évoque aussi les Compagnons et les familles qui l'entouraient.
Tayeb Chouiref remarque, dans son entretien sur les hadiths, que les biographies anciennes ressemblent aux récits d'expéditions et donnent une vision « extérieure » de l'œuvre du Prophète : batailles, traités, butin, plus que sa vie spirituelle. Le cheikh Abdal Hakim Murad, dans « Un enseignement de la Sira », invite à relire ce récit en tenant compte de sa dimension économique : une cité marchande, des caravanes, des alliances. Pour le récit lui-même, voir la page sur le Prophète Muhammad.
Les grandes sources : Ibn Ishâq, Ibn Hichâm et les autres
Les premiers récits sur les expéditions du Prophète ont été rassemblés à Médine par des savants comme 'Urwa ibn al-Zubayr et al-Zuhrî. La première grande biographie est celle de Muhammad ibn Ishâq, mort à Bagdad vers 767, composée à la cour du calife abbasside al-Mansûr. Son texte complet est perdu ; on le connaît surtout par l'abrégé d'Ibn Hichâm, mort vers 833, qui a retranché ce qui ne concernait pas directement le Prophète. C'est pourquoi on parle souvent de « la Sîra d'Ibn Hichâm ». Abdurrahmân Badawî, qui en a publié une traduction intégrale en français, rappelait que l'auteur véritable reste Ibn Ishâq.
D'autres ouvrages anciens complètent ce socle : les Maghâzî d'al-Wâqidî, les Tabaqât d'Ibn Sa'd, ou les Shamâ'il de Tirmidhi, qui décrivent l'apparence et le caractère du Prophète. Comme le hadith, la sîra cite ses sources par des chaînes de transmetteurs, l'isnâd, mais les biographes ont été moins exigeants que les spécialistes du hadith, et les savants n'accordent pas à tous ses récits la même valeur.
Sîra, sunna, hadith : quelle différence ?
Les trois mots parlent du Prophète, mais pas de la même façon. La Sunna est son exemple, la norme que les croyants cherchent à suivre. Le hadith est un récit isolé, une parole ou un acte, avec sa chaîne. La sîra est le récit continu d'une vie, avec ses dates, ses lieux et ses enchaînements. Un même épisode peut se trouver dans la sîra et dans un recueil de hadiths ; mais la sîra n'est pas d'abord un recueil de règles.
En français, plusieurs biographies sont devenues des classiques : Le Prophète de l'islam de Muhammad Hamidullah, Le Prophète Muhammad de Martin Lings, fondé sur les sources anciennes, ou Le Nectar cacheté d'al-Mubârakpûrî. Les éditions J'ai Lu ont publié en 2023 une version abrégée d'Ibn Hichâm, traduite par Wahib Atallah, dans un ensemble réunissant le Coran, la Sîra et 50 hadiths.










