Que signifie âya, le mot arabe pour verset ?
Le français « verset » traduit l'arabe âya (آية), au pluriel âyât. On rencontre aussi les graphies aya, ayah (calquée sur l'anglais) et ayat, qui est en réalité le pluriel. Le sens premier du mot n'est pas « phrase » mais « signe » : une marque qui renvoie à autre chose qu'elle-même, un indice, une preuve, un prodige.
Le mot « verset », lui, vient du latin versus, la ligne d'écriture, et servait déjà à désigner les petites divisions de la Bible. La traduction française garde donc l'idée de découpage du texte, mais perd celle de signe. Pour les musulmans, chaque phrase du Coran est une âya parce qu'elle est un signe de Dieu au même titre que les phénomènes de la création.
Les versets sont regroupés en 114 sourates. Dans les copies du Coran, la fin de chaque verset est marquée par un petit cercle ou une rosace, qui porte souvent son numéro. Cette ponctuation guide aussi la récitation : on marque en principe une pause à la fin du verset, selon les règles du tajwîd.
Le mot âya dans le Coran : verset, signe et miracle
Le Coran emploie le mot âya dans trois sens, que le contexte départage. Le premier est celui de signe dans la création : « Nous leur montrerons Nos signes dans l’univers et en eux-mêmes » (sourate 41, verset 53). Le couple et l'affection qui l'unit font partie de ces signes (sourate 30, verset 21), un verset souvent récité dans les mariages.
Le deuxième sens est celui de miracle accordé à un prophète. La chamelle de Sâlih est appelée « un signe pour vous » (sourate 7, verset 73), et Jésus annonce qu'il vient « avec un signe de la part de votre Seigneur » (sourate 3, verset 49). Les adversaires du Prophète Muhammad réclament à plusieurs reprises un tel signe ; le Coran répond que le texte lui-même en est un.
Le troisième sens est celui de verset du Livre : « un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets » (sourate 38, verset 29). Le Coran distingue des versets « sans équivoque, qui sont la base du Livre » et d'autres « qui peuvent prêter à d’interprétations diverses » (sourate 3, verset 7), en arabe muhkamât et mutashâbihât. C'est aussi à propos d'un verset qu'il évoque l'abrogation : « Si Nous abrogeons un verset quelconque ou que Nous le fassions oublier, Nous en apportons un meilleur, ou un semblable » (sourate 2, verset 106) ; l'étendue de cette abrogation est discutée par les savants.
Combien de versets compte le Coran ?
Les éditions les plus répandues, qui suivent la lecture de Hafs d'après 'Âsim, comptent 6 236 versets. C'est le décompte de l'école de Koufa, adopté par l'édition imprimée au Caire en 1924, puis par celle de Médine. Le lecteur du Coran d'Oumma suit cette numérotation. D'autres écoles anciennes de décompte (Médine, La Mecque, Bassora, Damas) arrivent à des totaux un peu inférieurs, entre 6 204 et 6 227 environ. Le texte est le même : la différence tient seulement à l'endroit où l'on place certaines fins de verset. Le chiffre de 6 666, qui circule souvent, ne correspond à aucun décompte.
La formule « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux » (sourate 1, verset 1) est numérotée comme premier verset de la Fâtiha, mais pas en tête des autres sourates, où elle précède le texte sans numéro. Elle figure aussi à l'intérieur de la sourate 27, dans la lettre de Salomon (sourate 27, verset 30). Voir l'entrée bismillah.
La longueur des versets varie beaucoup. Le plus long, le verset 282 de la sourate 2, règle l'écriture des dettes. Parmi les plus courts, on cite le verset 64 de la sourate 55, un seul mot en arabe, et les lettres isolées qui ouvrent certaines sourates, comme « Tâ-Hâ » (sourate 20, verset 1). La sourate 2 compte 286 versets, la sourate 108 n'en compte que 3.
Comment citer et retrouver un verset ?
On cite un verset par le numéro de sa sourate, puis par son propre numéro : « sourate 4, verset 34 », que l'on abrège en 4:34, 4/34 ou S4-V34. On peut aussi donner le nom de la sourate : Al-Baqara, verset 255. C'est sous cette forme que la plupart des recherches arrivent sur Oumma, et chaque sourate du lecteur du Coran a sa page, avec un repère par verset : sourate 4, sourate 33, etc.
Les numéros ne figuraient pas dans les premiers manuscrits ; ils ont été ajoutés pour faciliter la lecture et l'étude. Selon l'édition ou la traduction, un même verset peut donc être décalé d'un ou deux numéros, surtout dans les éditions anciennes ou maghrébines qui suivent un autre décompte. En cas de doute, comparer le texte plutôt que le chiffre.
Pour la récitation suivie, le Coran est aussi découpé en trente juz' et soixante hizb, des divisions de longueur égale qui ne coïncident pas toujours avec le début des sourates.
Les versets les plus connus
Le plus célèbre est le verset du Trône, Âyat al-Kursî (sourate 2, verset 255), qui décrit la puissance et la science de Dieu : « Ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent ». Selon un hadith rapporté par Muslim, le Prophète le désigna comme le plus grand verset du Livre. Un récit rapporté par Boukhari recommande de le réciter avant de dormir. Il fait partie des versets lus dans la roqya.
Les deux derniers versets de la sourate Al-Baqara (verset 285 et verset 286) résument les articles de la foi et se terminent par une invocation ; Boukhari et Muslim rapportent qu'ils suffisent à celui qui les récite la nuit. Le second commence par « Allah n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité », une phrase très souvent citée.
D'autres versets reviennent sans cesse : « A côté de la difficulté est, certes, une facilité! » (sourate 94, verset 5), répété au verset suivant ; le verset 32 de la sourate 5, selon lequel tuer une personne innocente revient à tuer tous les hommes, lu en 2017 à la cérémonie des Oscars ; ou le verset du couple, 30:21.
Lire un verset dans son contexte
Un verset isolé peut être mal compris. Les exégètes du tafsîr le lisent avec ceux qui l'entourent, avec les circonstances de la révélation (asbâb an-nuzûl), avec les autres versets sur le même sujet et avec la sunna. Le Coran lui-même invite à cette méthode quand il distingue les versets clairs de ceux qui demandent interprétation.
Les versets cités hors contexte nourrissent les polémiques. Tahar Gaïd, dans « Le Coran incite-t-il à la violence ? », rappelle qu'on brandit souvent une vingtaine de versets sur la guerre en ignorant les 6 236 que compte le texte, et les replace dans le conflit avec les Mecquois. En 2021, le CFCM a dénoncé une version inventée du verset 5:32 prêtée au Coran lors d'un débat télévisé. Sami Bibi montre, avec son exégèse d'un verset sur le jeûne, comment une seule phrase peut recevoir des lectures différentes. Pour l'ensemble de ces questions, voir la page sur le Coran.









