Que signifie tajwîd ?
Tajwîd (تجويد) est le nom verbal de jawwada, « améliorer, rendre excellent », de la racine j-w-d, qui donne aussi jayyid, « bon ». Le mot désigne la science qui enseigne à réciter le [Coran](/islam/lexique/coran/) correctement : donner à chaque lettre son point d'articulation et ses qualités, respecter la longueur des voyelles, appliquer les liaisons et marquer les pauses au bon endroit. On écrit aussi tajwid ou tadjwid.
Le Coran n'emploie pas le mot, mais il parle de tartîl, une récitation posée et articulée : « Et récite le Coran, lentement et clairement » (sourate 73, verset 4). Il dit aussi de lui-même : « Et Nous l’avons récité soigneusement » (sourate 25, verset 32). Une définition attribuée à Ali résume le tartîl en deux points : bien prononcer les lettres et connaître les pauses.
Le tajwîd ne concerne que la forme de la récitation. Il ne faut le confondre ni avec le tafsîr, qui explique le sens, ni avec les mélodies (maqâmât) qu'emploient certains récitateurs.
Pourquoi le tajwîd ?
Le Coran a été transmis d'abord par la voix : le Prophète le récitait, les Compagnons l'apprenaient de sa bouche, et chaque génération l'a reçu d'un maître. Le tajwîd fixe cette prononciation pour qu'elle ne s'altère pas, surtout quand l'islam s'est répandu chez des peuples qui ne parlaient pas arabe. En arabe, une erreur de lettre ou de voyelle peut changer le sens d'un mot.
Les savants distinguent deux sortes de fautes. La faute manifeste (lahn jalî) touche une lettre ou une voyelle et peut altérer le sens ; elle est à éviter dans toute récitation. La faute discrète (lahn khafî) touche les finesses du tajwîd, comme une nasalisation trop courte. La plupart des savants considèrent que la connaissance détaillée des règles est une obligation collective, assurée par des spécialistes, tandis qu'éviter les fautes manifestes s'impose à chacun ; Ibn al-Jazarî, plus exigeant, tenait l'application du tajwîd pour obligatoire.
La tradition encourage l'effort : selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, celui qui récite avec aisance sera avec les nobles anges scribes, et celui qui bute sur le texte avec peine reçoit une double récompense.
Les principales règles du tajwîd
Les points d'articulation (makhârij) situent chaque lettre dans la gorge, la langue, les lèvres ou le nez ; Ibn al-Jazarî en compte dix-sept. Les qualités des lettres (sifât) décrivent leur son : emphatique ou léger, soufflé ou non. On distingue ainsi le s emphatique (ص) du s ordinaire (س).
Les règles du nûn sâkin et du tanwîn (le n sans voyelle) sont les premières qu'on apprend. Selon la lettre qui suit, le n est prononcé clairement (izhâr), fondu dans la lettre suivante (idghâm), changé en m (iqlâb) ou à demi caché (ikhfâ'). Le mîm sans voyelle a ses propres règles. La nasalisation (ghunna) prolonge le son du n et du m doublés.
Les allongements (madd) fixent la durée des voyelles longues : deux temps pour l'allongement naturel, jusqu'à quatre ou six temps devant une hamza ou une lettre sans voyelle. La qalqala, un léger rebond, touche cinq lettres quand elles sont sans voyelle. Enfin, les pauses (waqf) sont signalées dans le texte par de petits signes : un mîm pour une pause obligatoire, un lâ pour indiquer qu'on ne s'arrête pas, d'autres pour une pause permise ou préférable.
Hafs, Warsh : une seule récitation ?
Le Coran se récite selon plusieurs lectures (qirâ'ât), toutes transmises par des chaînes de récitateurs. Au Xe siècle, Ibn Mujâhid en retint sept, et la tradition en reconnaît dix. Chacune se transmet par des versions (riwâyât). La plus répandue dans le monde est celle de Hafs d'après 'Âsim, suivie par la plupart des éditions imprimées. Celle de Warsh d'après Nâfi' domine au Maroc, en Algérie et dans une partie de l'Afrique de l'Ouest ; celle de Qâlûn est lue en Libye et en partie en Tunisie.
Les règles de tajwîd varient un peu d'une version à l'autre : longueur de certains allongements, traitement de la hamza, inflexion de certaines voyelles. Un récitateur apprend donc le tajwîd d'une version précise. Les différences ne changent pas le message du texte.
Comment apprendre le tajwîd ?
Le tajwîd s'apprend à l'oreille, auprès d'un maître qui corrige l'élève de vive voix : c'est la transmission directe (talaqqî). Les livres et les applications aident, mais ne remplacent pas cette écoute. Au terme d'une formation complète, le maître peut délivrer une ijâza, une licence qui inscrit l'élève dans une chaîne de récitateurs remontant au Prophète.
Les écoles coraniques et les cours des mosquées commencent en général par les sourates courtes du dernier juz'. Le lecteur du Coran d'Oumma propose, pour chaque verset, la récitation audio et le tajwîd, utiles pour s'exercer sur une sourate courte ou sur Al-Mulk. Les éditions appelées « Coran tajwîd » impriment en couleurs les lettres soumises à une règle : une couleur pour les allongements, une autre pour les nasalisations, une autre pour les lettres qui ne se prononcent pas. Un article d'Oumma rassemble aussi des conseils pour la mémorisation.
Récitation lente, mélodieuse, rapide
On distingue trois rythmes de récitation : le tahqîq, très lent, pour l'apprentissage ; le tadwîr, intermédiaire ; le hadr, rapide, pour réviser ou achever une lecture complète, toujours dans le respect des règles. On oppose aussi le style murattal, sobre, à celui dit mujawwad, plus orné et mélodieux, rendu célèbre par les grands récitateurs égyptiens du XXe siècle.
Le tajwîd est aussi un art, jugé dans des concours internationaux, comme celui de Riyad où le Marocain Younes Gharbi, aveugle depuis l'enfance, a atteint la demi-finale en 2022. Une récitation enregistrée à La Mecque en 1885 permet d'entendre une récitation vieille de plus d'un siècle. Voir aussi le Coran et la salât, où la récitation tient la première place.








