Que signifie hizb ?
Hizb (حزب), au pluriel ahzâb, désigne d'abord un groupe de personnes rassemblées autour d'une cause : une faction, un parti. C'est le sens du Coran, qui oppose le « parti d’Allah » (sourate 5, verset 56) au « parti du Diable » (sourate 58, verset 19), et qui blâme ceux qui ont divisé leur religion, « chaque parti exultant de ce qu’il détenait » (sourate 30, verset 32). La sourate 33, Al-Ahzâb, « les Coalisés », porte le pluriel du mot : elle évoque la coalition qui assiégea Médine en 627.
Le même sens a donné les noms de nombreux partis politiques du monde arabe, du Hezbollah libanais (Hizb Allâh) au Hizb ut-Tahrir. Dans le vocabulaire religieux, le mot a pris deux autres sens : une portion fixe du Coran à réciter, et une oraison composée par un maître soufi. C'est l'idée d'une part de récitation que l'on s'assigne régulièrement qui relie ces emplois.
Combien de hizb compte le Coran ?
Le Coran est divisé en 60 hizb de longueur à peu près égale. Deux hizb forment un juz', et le texte compte 30 juz'. Chaque hizb est lui-même partagé en quatre quarts (rub' al-hizb), soit 240 quarts ; dans les éditions maghrébines, on marque aussi les huitièmes (thumn). Dans le mushaf imprimé à Médine, de 604 pages, un hizb occupe une dizaine de pages.
Comme le juz', le hizb suit la longueur du texte et non le découpage en sourates : il commence souvent au milieu d'une sourate. Le premier hizb s'ouvre sur la Fâtiha ; l'avant-dernier, le hizb 59, sur la sourate 78 ; le dernier, le hizb 60, sur la sourate 87, et il va jusqu'à la fin du Coran. Ces divisions ont été ajoutées après l'époque du Prophète pour faciliter la lecture régulière.
La lecture du hizb au Maghreb
Au Maghreb, et en particulier au Maroc, le hizb est l'unité de base de la récitation. La « lecture du hizb » (hizb râtib) désigne la récitation collective du Coran, d'une seule voix, par les fidèles réunis à la mosquée, souvent après la prière de l'aube et celle du coucher du soleil. À raison de deux hizb par jour, le Coran est achevé en un mois. Les écoles coraniques du Maghreb comptent aussi l'avancée des élèves en hizb.
Cette pratique ne remonte pas à l'époque du Prophète, et certains la contestent comme une bid'a. Mohammed Moussaoui, dans « Innovation n'est pas toujours égarement ! », cite cette lecture parmi les usages qui suscitent le débat, et défend la position, majoritaire selon lui chez les juristes, qui juge une nouveauté à sa conformité aux principes de la religion plutôt qu'à son absence à l'époque du Prophète.
Le hizb, oraison des maîtres soufis
Dans le soufisme, un hizb est une oraison : une suite d'invocations, de versets et de formules composée par un maître et récitée par ses disciples, seul ou en groupe. L'école shâdhilie en a donné les plus célèbres. Oumma rappelle, dans sa présentation de la Shâdhiliyya, que ni le fondateur Abû l-Hasan al-Shâdhilî ni son successeur Abû l-'Abbâs al-Mursî n'ont laissé d'ouvrages, mais que l'efficacité spirituelle de leurs oraisons est reconnue dans la voie. Le Hizb al-bahr, « l'oraison de la mer », attribué à Shâdhilî, est récité jusqu'à aujourd'hui.
Ce hizb-là n'a rien à voir avec la division du Coran : on le récite comme un dhikr, selon la règle de la tarîqa.

