Que signifie hijab ?
Hijâb (حجاب), écrit aussi hidjab, vient de la racine ḥ-j-b, qui exprime l'idée de cacher et de séparer. Le hijâb est d'abord un rideau, une cloison, tout ce qui fait écran entre deux choses. Le portier qui filtre l'accès à un souverain s'appelait hâjib, et les sourcils se disent hawâjib, parce qu'ils protègent les yeux.
Dans l'usage courant d'aujourd'hui, le mot désigne le foulard qui couvre les cheveux et le cou des femmes musulmanes, en laissant le visage découvert. Ce sens est récent : Marie-Hélène Dassa observe, dans La notion de « voile » dans le Coran, que hijâb est devenu un terme générique pour tout ce qui couvre la tête ou le visage, « ce qui ajoute à la confusion ». Au Maghreb, hjâb garde aussi un sens populaire tout autre : l'amulette, le petit écrit protecteur que l'on porte sur soi.
Le hijab se distingue du khimâr, le mot du Coran pour l'étoffe de tête, du jilbâb, le vêtement ample, et du niqâb, qui couvre aussi le visage.
Le mot hijâb dans le Coran
Le nom hijâb figure dans sept versets, et aucun ne parle d'un vêtement. Il désigne une séparation entre deux mondes : entre le paradis et l'enfer (sourate 7, verset 46), entre le Prophète et ceux qui refusent d'entendre (sourate 17, verset 45). Il exprime aussi le retrait : « Elle mit entre elle et eux un voile », dit le Coran de Marie au moment de l'Annonciation (sourate 19, verset 17). Il dit enfin la transcendance divine : Dieu ne parle à un mortel que par révélation, par un messager ou « de derrière un voile » (sourate 42, verset 51).
Le seul emploi lié aux femmes concerne les épouses du Prophète : « Et si vous leur demandez (à ses femmes) quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau » (sourate 33, verset 53). Selon un récit rapporté par Boukhari, ce « verset du hijâb » fut révélé lors des noces du Prophète avec Zaynab bint Jahsh, quand des invités s'attardaient chez lui. Il institue une séparation dans la maison du Prophète, propre à ses épouses, que le Coran présente comme les mères des croyants (sourate 33, verset 6).
Les versets sur la tenue de toutes les croyantes utilisent d'autres mots : le khimâr, que les femmes rabattent « sur leurs poitrines » (sourate 24, verset 31), et le jilbâb, qu'elles ramènent sur elles (sourate 33, verset 59). Le premier passage s'adresse d'abord aux hommes, invités eux aussi à baisser le regard.
Comment hijab est-il devenu le nom du voile ?
Les juristes classiques parlaient moins de hijâb que de 'awra, les parties du corps à couvrir, et de sitr, la couverture. Le glissement du mot vers le vêtement s'est fait par extension du verset 33:53 à toutes les femmes, puis s'est imposé au XXe siècle, quand le foulard est devenu, en Égypte comme en Iran ou en Europe, un enjeu religieux et politique. L'historienne Oissila Saaidia montre, dans son entretien avec Oumma, que les « affaires » du voile ont commencé dans le monde musulman dès la fin du XIXe siècle, bien avant l'Europe.
William Blob, dans Le « voile » en islam : approche historique et coranique, voit dans ce choix de vocabulaire la volonté d'exprimer une séparation, pas seulement une tenue. Le mot sert aujourd'hui de nom à une mode, la hijab fashion, et à une journée : le World Hijab Day, lancé par la New-Yorkaise Nazma Khan et célébré chaque 1er février, a fêté ses dix ans en 2022.
Le voile est-il obligatoire en islam ?
La majorité des savants des quatre écoles sunnites, et les chiites, considèrent qu'une femme pubère doit couvrir en public tout son corps, à l'exception du visage et des mains, devant les hommes qui ne sont pas ses mahram. Les hanbalites et une partie des chaféites demandent en outre de couvrir le visage. C'est cet avis majoritaire qu'exprimait le cheikh d'Al-Azhar Mohammed Sayed Tantaoui en décembre 2003, en qualifiant le voile d'obligation divine, tout en reconnaissant à la France le droit de légiférer, comme le rapporte cette traduction de son intervention.
D'autres voix, minoritaires, lisent les versets comme une prescription de pudeur qui ne fixe pas la forme du vêtement. Marwan Sinaceur souligne, dans À propos du voile : ce que dit vraiment le Coran, que le verset 31 ne nomme ni les cheveux ni le visage. Des institutions ont aussi précisé le statut de cette pratique. En 2019, le CFCM l'a qualifiée de « prescription religieuse », en ajoutant que les femmes qui ne le portent pas ne sont pas moins musulmanes ; Mohammed Moussaoui a répondu qu'elle ne fait pas partie des fondements de la foi et n'appartient pas aux cinq piliers.
Entre ces positions, les femmes font des choix différents. Mariame Tighanimine, cofondatrice du magazine Hijab and the City, a raconté à Oumma pourquoi retirer le voile après dix-huit ans lui est apparu comme une libération ; d'autres témoignent du sens spirituel qu'elles donnent à leur foulard.
Que dit la loi française sur le voile ?
La loi du 15 mars 2004 interdit aux élèves des écoles, collèges et lycées publics de porter des signes religieux ostensibles, dont le foulard. Les agents publics sont soumis à la neutralité et ne peuvent pas porter le voile dans l'exercice de leurs fonctions. En revanche, aucune loi n'interdit le hijab dans la rue, dans les transports ou à l'université, où les étudiantes peuvent le porter.
En entreprise privée, le principe est la liberté, mais la Cour de justice de l'Union européenne admet depuis 2017 qu'un employeur interdise les signes religieux visibles si son règlement intérieur prévoit une neutralité générale ; elle l'a confirmé en octobre 2022 dans un arrêt rapporté par Oumma. Laetitia Doudet décrivait dès 2012 les difficultés des femmes voilées sur le marché du travail dans Peut-on travailler en France avec un voile ?. Dans le sport, le Conseil d'État a maintenu en juin 2023 l'interdiction du hijab dans les compétitions de la Fédération française de football.
La loi de 2004 ne doit pas être confondue avec celle du 11 octobre 2010, qui interdit de dissimuler son visage dans l'espace public et vise le niqab, pas le foulard. Les propositions d'étendre l'interdiction du voile à l'espace public reviennent régulièrement ; en septembre 2026, le CFCM a rappelé que le voile « a le droit d'exister en France » dans sa réponse au recteur de la Grande Mosquée de Paris.










