Que signifie mahr ?
Le mahr (مهر) désigne le bien que l'homme s'engage à remettre à son épouse en concluant le mariage (nikâh). On le traduit par dot, parfois par douaire, ce qui est plus juste : dans l'ancien droit français, la dot était apportée par la famille de la mariée, alors que le mahr va du mari à la femme et devient son bien personnel.
Le mot mahr était déjà employé en Arabie avant l'islam. Les juristes utilisent aussi ṣadâq, de la racine ṣ-d-q, celle de la sincérité : le don atteste le sérieux de l'engagement. C'est ce mot qui a donné sdâq dans l'arabe du Maghreb, le terme que beaucoup de familles algériennes, marocaines ou tunisiennes emploient pour la dot.
Le Coran lui-même ne dit pas mahr : il parle de ṣaduqât (sourate 4, verset 4), d'ujûr, « rétributions », et de farîḍa, « part fixée ». La traduction de Hamidullah rend ces mots par « mahr », d'où leur présence dans la version française. Les règles générales du mariage sont présentées sur la page Mariage et famille en islam.
Que dit le Coran sur la dot ?
Le texte fait du mahr un droit de la femme : « Et donnez aux épouses leur mahr, de bonne grâce » (sourate 4, verset 4). Le même verset précise que si elles en abandonnent de bon gré une partie, le mari peut en disposer. Un autre verset le présente comme une obligation : « donnez-leur leur mahr comme une chose due » (sourate 4, verset 24).
Le Coran interdit de reprendre ce qui a été donné : « Si vous voulez substituer une épouse à une autre, et que vous ayez donné à l'une un qintâr, n'en reprenez rien » (sourate 4, verset 20). Le qintâr, un poids considérable, sert ici à dire qu'aucun montant, même énorme, ne justifie de revenir sur le don.
Deux versets règlent le divorce avant la consommation du mariage. Si un mahr avait été fixé, la femme en garde la moitié (sourate 2, verset 237) ; s'il ne l'avait pas été, le mari lui doit un don convenable selon ses moyens (sourate 2, verset 236).
Quel montant et sous quelle forme ?
Les textes ne fixent aucun montant. Les chaféites et les hanbalites n'exigent aucun minimum, du moment que le mahr a une valeur. Les hanafites demandent au moins dix dirhams d'argent, les malikites un quart de dinar d'or ou trois dirhams. Aucune école ne fixe de maximum, mais toutes recommandent la modération.
Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, le Prophète demanda à un homme pauvre de chercher ne serait-ce qu'un anneau de fer, puis accepta comme mahr qu'il enseigne à sa femme les sourates du Coran qu'il connaissait. Le mahr peut donc être une somme, un bijou, un bien ou un service. Il peut être versé en entier au mariage ou en partie plus tard : on distingue la part immédiate (muqaddam) de la part différée (mu'akhkhar), due au plus tard en cas de divorce ou de décès.
Si le montant n'a pas été fixé, la majorité des juristes tient le mariage pour valide et accorde à l'épouse le « mahr d'équivalence » (mahr al-mithl), celui des femmes de sa condition. Les malikites, eux, annulent un mariage conclu à condition qu'il n'y ait pas de dot.
Des dots trop élevées : un débat ancien
Dans plusieurs pays, le montant de la dot est devenu une affaire de prestige. Moussa Allem le déplorait dès 2000 dans ses réponses aux questions des lecteurs : des sommes qui atteignent « des sommets vertigineux » empêchent des jeunes de se marier, au point que l'on dit des musulmans « qu'ils achètent leur femme », alors que le principe est celui d'un cadeau qui protège l'épouse. Khalid Chraibi cite le coût des dots parmi les causes qui ont fait naître le mariage misyar dans les pays du Golfe.
La question touche aussi le droit. En Tunisie, début 2018, une commission sur les libertés individuelles étudiait l'abolition de l'institution de la dot, ce qui a déclenché une vive polémique et une fausse rumeur prêtée à Al-Azhar.
En France, le mahr relève du seul mariage religieux, que la loi ne reconnaît pas : il doit être précédé du mariage civil. Il est souvent modeste, voire symbolique. La fondatrice de la plateforme britannique MyNikahNow résume ainsi ce que demande l'islam : le consentement, deux témoins et une dot symbolique, comme le rapporte cet article d'Oumma.










