Que signifie ghusl mortuaire ?
Le ghusl mortuaire est le nom donné en français au ghusl al-mayyit, littéralement « le lavage du mort ». Le mot ghusl vient de la racine gh-s-l, « laver », et désigne d'abord le bain rituel des vivants après une impureté majeure. Appliqué au défunt, il devient le premier des rites funéraires, avant l'enveloppement dans le kafan et la prière funéraire. En France, on parle aussi de toilette mortuaire ou de toilette funéraire.
Les juristes y voient un dernier service rendu au défunt et un acte d'honneur envers le corps. Pour la majorité d'entre eux, il s'agit d'une obligation collective (fard kifâya) : il suffit que quelques musulmans l'accomplissent pour que les autres en soient dispensés. L'imam Ibrahim Halitim, dans Les droits du mourant(e) et du défunt(e), insiste sur ce point : la toilette mortuaire est « une purification et non un lavage », que l'on commence en disant bismillah et en invoquant Dieu pour le défunt.
Comment se déroule la toilette mortuaire ?
Le modèle vient d'un hadith rapporté par Boukhari et Muslim. Lorsque l'une des filles du Prophète mourut, il demanda aux femmes qui la lavaient de le faire trois fois, cinq fois ou davantage si besoin, avec de l'eau et des feuilles de jujubier (sidr), de mettre du camphre lors du dernier lavage et de commencer par le côté droit et par les parties lavées lors des ablutions.
En pratique, le corps est posé sur une table, les parties intimes couvertes d'un linge du nombril aux genoux. On le débarrasse doucement des impuretés, on lui fait les gestes du woudou, puis on lave tout le corps un nombre impair de fois, la tête et la barbe comprises, avant de l'essuyer et de le parfumer. Le corps est ensuite enveloppé dans le linceul. Les personnes présentes sont peu nombreuses et la tradition leur demande la discrétion sur ce qu'elles ont vu.
Le déroulé complet des funérailles, de l'agonie à l'inhumation, est présenté sur la page La mort et le deuil en islam.
Qui peut laver le défunt, et quand ne le lave-t-on pas ?
La règle est que chacun est lavé par une personne de son sexe, de préférence un proche qui connaît les gestes. Les jeunes enfants peuvent être lavés par un homme ou par une femme. Pour les époux, les écoles divergent : la majorité admet que la femme lave son mari et que le mari lave sa femme ; les hanafites refusent la seconde possibilité, comme le rappelle Ibrahim Halitim.
Deux situations dispensent de l'eau. Le martyr tombé au combat n'est pas lavé : il est enterré dans ses vêtements, selon l'usage établi par le Prophète après la bataille d'Uhud. Quand l'eau ne peut pas être utilisée, par exemple sur un corps brûlé, on pratique le tayammum, la purification par la terre.
Pour celui qui a lavé le mort, un bain est recommandé par une partie des savants, sans être obligatoire pour la majorité. Halitim estime pour sa part que la petite ablution suffit.
La toilette mortuaire en France aujourd'hui
En France, la toilette se fait le plus souvent dans une chambre funéraire, une salle d'hôpital prévue à cet effet ou la salle d'une mosquée, par des bénévoles formés ou par des pompes funèbres musulmanes. Les familles qui le souhaitent y participent.
En mars 2020, au début de l'épidémie de Covid-19, des hôpitaux ont suspendu les toilettes mortuaires. Le Conseil français du culte musulman a demandé aux familles d'accepter cette décision, en rappelant que la tradition range parmi les martyrs ceux qui meurent d'une épidémie, et que les martyrs sont dispensés de toilette. Son président Mohammed Moussaoui a précisé ce sens du mot martyr dans une mise au point.
Le refus de la toilette peut aussi être un geste de désaveu. En 2016, après l'assassinat du père Jacques Hamel, les responsables musulmans de Saint-Étienne-du-Rouvray ont annoncé qu'ils ne participeraient ni à la toilette ni à l'inhumation de l'un des meurtriers.



