Que signifie khimar ?
Khimâr (خمار), pluriel khumur, vient de la racine kh-m-r, qui signifie « couvrir, voiler ». C'est la racine de khamr, le vin, parce qu'il « couvre » la raison de celui qui le boit, comme le rappelle Marie-Hélène Dassa dans La notion de « voile » dans le Coran. Le sens premier est donc « ce qui couvre », d'un être humain comme d'un objet : un hadith emploie le même verbe pour un récipient de lait que l'on aurait dû couvrir.
Dans l'Arabie du VIIe siècle, le khimâr était une pièce d'étoffe portée sur la tête, par les hommes comme par les femmes. Les grands dictionnaires arabes, comme le Lisân al-'arab, le définissent ainsi. William Blob, dans Le « voile » en islam : approche historique et coranique, souligne que cette définition décrit l'usage coutumier de l'époque, alors que l'étymologie ne dit que « ce qui couvre ».
Le khimâr dans le Coran
Le mot apparaît une seule fois dans le Coran, au pluriel, dans le passage sur la pudeur de la sourate An-Nûr. Il s'adresse d'abord aux hommes : « Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté » (sourate 24, verset 30). Puis aux femmes, à qui il demande de ne pas montrer leurs atours « et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines » (sourate 24, verset 31). Là où Hamidullah écrit « voile », l'arabe dit khumur, et « poitrines » traduit juyûb, l'échancrure du vêtement sur le buste.
Le Coran emploie deux autres mots que l'on traduit aussi par « voile ». Le jilbâb, au verset 59 de la sourate 33, est un vêtement ample de dessus, une sorte de manteau ou de mante. Le hijâb, au verset 53 de la même sourate, est un rideau qui sépare, pas un vêtement (voir hijâb). Le khimâr est donc le seul des trois qui désigne une pièce d'étoffe portée sur la tête. Le même verset 31 énumère les proches devant qui la femme n'a pas à se couvrir, base de la notion de mahram.
Que doit couvrir le khimâr ? Les lectures
Les commentateurs classiques rapportent qu'avant l'islam, les femmes rejetaient le pan de leur khimâr vers l'arrière, laissant le cou et le haut de la poitrine découverts. Le verset leur demanderait de le ramener vers l'avant. Pour la majorité des savants des quatre écoles, il impose donc de couvrir les cheveux, le cou et la poitrine, le visage et les mains pouvant rester découverts. C'est la base de l'avis majoritaire sur l'obligation du foulard.
Des auteurs contemporains lisent autrement le même texte. Pour Marwan Sinaceur, professeur à l'ESSEC, dans À propos du voile : ce que dit vraiment le Coran, le verset vise explicitement la poitrine et ne nomme ni les cheveux ni le visage, si bien que couvrir la tête relève de l'interprétation de chacune. William Blob soutient que le khimâr est cité comme le moyen courant de l'époque pour couvrir la poitrine, sans que son usage sur la tête devienne une règle universelle. Ces lectures restent minoritaires parmi les juristes, mais elles nourrissent le débat dans les pays européens.
Le khimar aujourd'hui
Dans les boutiques de vêtements pour femmes musulmanes, khimar désigne aujourd'hui un modèle précis : un voile long d'une seule pièce, avec une ouverture pour le visage, qui tombe sur les épaules et couvre le buste, parfois jusqu'à la taille. Il se distingue du foulard que l'on noue ou que l'on épingle, appelé couramment hijab, et du niqab, qui couvre le visage.
Le mot sert aussi, dans les cours et les livres de religion, à désigner le voile de la femme en général, par référence au verset 31. Pour une vue d'ensemble des textes et des avis sur le voile, voir la page Mariage et famille en islam, qui consacre une section à cette question.


