in

À propos du voile: ce que dit vraiment le Coran

Cette tribune a été initialement publiée dans le journal La Croix (https://www.la-croix.com/Debats/A-propos-voile-dit-vraiment-Coran-2021-02-01-1201138278) 

Marwan Sinaceur, professeur de psychologie sociale et de résolution des conflits à l’ESSEC. Analysant les mots arabes utilisés dans le Coran, l’auteur souligne qu’au sujet du voile, le Coran invite avant tout à la pudeur et à la modestie.

 

Publicité
Publicité
Publicité

La question du voile divise la société française depuis trois décennies. Bien évidemment, les lois de la République s’appliquent à tout le monde. Mais il peut être éclairant de voir ce que dit vraiment le Coran, le livre saint de l’islam, sur cette question.

Le Coran parle du voile dans deux sourates, les 24 et 33. Dans la première, deux versets indiquent: «Invite les croyants à baisser pudiquement une partie de leurs regards et à préserver leur vertu (…) Invite également les croyantes à baisser pudiquement une partie de leurs regards, à préserver leur vertu, à ne faire paraître de leurs charmes que ceux qui ne peuvent être cachés, à rabattre leurs voiles sur leurs poitrines, à ne montrer leurs atours qu’à leurs [familiers]» (24.30-31). Dans la seconde, un verset indique: «Ô Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener un pan de leurs voiles sur elles. C’est le meilleur moyen pour elles de se faire respecter et d’éviter ainsi d’être offensées.» (33.59).

Comment comprendre ces versets? D’abord, le premier verset commence par instituer une égalité entre hommes et femmes. Il s’agit, pour les deux sexes, d’adopter une attitude pudique et humble; il est important de le souligner, l’homme pas moins que la femme. Le Coran s’adresse à la fois aux croyants et aux croyantes. Ensuite, la question du voile est mentionnée dans le contexte plus général d’une attitude d’humilité et de discrétion. Le Coran enjoint d’éviter l’orgueil et l’ostentation, et il est là aussi important de le souligner, il l’enjoint également aux hommes et aux femmes. Par exemple: «Ne marche pas avec faste sur la terre» (Coran, 17.37). D’ailleurs, le nombre de versets se rapportant à la modestie et l’humilité pour les hommes comme les femmes dépasse de loin ceux sur le voile. On ne peut donc dissocier le comportement lié au voile de l’attitude qui la sous-tend. Enfin, aucun des versets ne mentionne directement le visage ni les cheveux, même si ce sont sans conteste des parts du charme des femmes… comme des hommes.

Publicité
Publicité
Publicité

Il nous faut en venir au sens exact des mots utilisés dans l’original arabe et ici traduits sous le terme générique de voile. En fait, dans les versets mentionnés, il y a deux sens distincts du mot voile. Dans la paire de versets de la première sourate (24.30-31), qui est la plus connue des musulmans et sert le plus de référence sur la question, le mot arabe est khoumourihinna, pluriel du mot khimar. Que signifie ce mot en arabe? Il est traduit par fichu (Jacques Berque, professeur au Collège de France) ou fichu couvrant la tête (Jean-Luc Monneret). Plus important, ce à quoi le Coran fait explicitement référence, c’est de couvrir la poitrine (traduction usuelle, par exemple celle de Jean-Luc Monneret), c’est-à-dire l’échancrure du décolleté (traduction de Jacques Berque) ou l’ouverture de leur chemise (traduction de René Khawam). Quelles que soient les traductions, le message est clair: le Coran enjoint aux femmes de recouvrir leurs bustes, poitrines, décolletés (jouyoubihinna) de leurs fichus, foulards, voiles, voilages (khoumourihinna). Il est donc question de pudeur, d’humilité. De couvrir la poitrine, plus que le visage. Quant aux cheveux, c’est une question d’interprétation personnelle: des femmes voient dans le khimar un fichu qui couvre nécessairement les cheveux, d’autres femmes pas moins croyantes observent que le Coran ne mentionne pas les cheveux explicitement.

Dans le verset de la seconde sourate (33.59), le mot arabe, et donc le sens, est différent. Le sens du mot arabe n’est pas celui de fichu ou foulard sur la tête, mais de manteau, vêtement long et ample d’extérieur, cape, robe longue de dessus, couverture (mante en vieux français; traductions de Jacques Berque, Jean-Luc Monneret, René Khawam).  En effet, le terme arabe est jalabeebihinna, et non khimar – de la même famille que le mot djellaba.  Il est important de le souligner, ce terme ne signifie donc absolument pas de se couvrir le visage! Ce n’est pas du tout un niqab! Avec un manteau (jalabeebihinna), il s’agit de se couvrir le corps, le buste ou les échancrures. Peut-être les cheveux, suivant l’interprétation qu’on fait de la longueur du manteau (avec capuchon ou pas). Mais pas le visage. Comme le note Jean-Luc Monneret (Les grands thèmes du Coran, p. 424), les fondamentalistes ont déduit de ce verset que la femme devait couvrir son visage. Pourtant, l’analyse des termes arabes est claire: il n’est pas dit de se couvrir le visage.

L’interprétation qui consiste à couvrir la femme des pieds à la tête (niqab, burqua) fait une confusion entre plusieurs versets, en unifiant d’une seule pièce de tissu des pièces de tissu en réalité différentes (manteau + fichu), et qui donc privent la liberté de mouvement de la femme d’une manière justifiée par certains fondamentalistes, mais pas par le Coran. 

Au final, que recommande le Coran? Il recommande surtout de couvrir la poitrine et, selon l’interprétation qu’on en fait, de porter ou non un fichu sur la tête. Ce n’est pas, au fond, très éloigné du fichu ou foulard sur la tête, tichel (טיכל) ou du mitpachat (מִטפַּחַת), qu’on trouve dans le judaïsme, et qui là encore, est vu comme une forme de modestie et de pudeur (tzniut). 

On le voit, les versets sur le voile sont loin de recommander ce que certains fondamentalistes pourraient nous faire croire. Un seul exemple: dans la logique du Coran, le voile est là pour cacher les charmes de la femme, par pudeur, par dignité; l’imposer à une fille pré-pubère est donc rigoureusement contre la logique du Coran. Voir dans une fille pré-pubère, ou à peine pubère, un objet de convoitise sexuel est, au contraire, une atteinte à sa dignité. Ainsi que l’explique l’islamologue Magali Morsy, «Le voile est donc fondamentalement conçu par l’islam comme l’empreinte du respect (…)Le voile pose la question de la pudeur. Mais ce que dit le Coran, c’est que cette pudeur vise le respect, ce qu’il faut en retenir est le principe moral du respect, et non la règle sociale du voile.» (Magali Morsy, interview par l’auteur, Revue Millésime, Mars 1991).

Dans la pratique, le voile a donné lieu à une diversité d’interprétations vestimentaires dans les communautés musulmanes. Il n’y a pas un voile, mais des voiles, dont la nature a varié suivant les géographies et l’histoire. Cette diversité des voiles, et des manières de le porter, atteste chez les musulmanes de son caractère culturel autant que religieux.

Publicité
Publicité
Publicité

A chaque femme de décider ce qu’elle souhaite pour elle-même, en fonction de son interprétation, de ses croyances, de sa foi, de ses préférences personnelles. Le principe de la pudeur et de la modestie, dans le Coran, est clair. L’application de ce principe est sujette au libre-arbitre de chacune. Le voile est affaire de choix individuel.

Un commentaire

Laissez un commentaire
  1. Le voile edt une obligation divine .
    Il n’y a pas a diverger sur les sens ou l’essence meme du vocabulaire Coranique.
    Les refetences données ( Jacque Berque ,Jen luc monneret) ne sont pas les plus fiables car leur regard est conçu par une mentalité occidentalisée et non musulmane voir arabe.
    Les grands Imans comme Malik ,Ahmed Hanbal et surtout Chafei grand connaisseur de la langue arabe et de la grammaire ne donne nullement ses definitions .
    Regardons le Coran tel qu’il a etait révélé et non pas comme ont voudrais qu’il le soit.
    Une vache est une vache et ne peut etre meme si nous nous penchons sur le sens etre un singe.

Laisser un commentaire

Chargement…

0

Plus de 80 parlementaires britanniques s’élèvent contre les expulsions de Palestiniens à Jérusalem

Fermeture des frontières algériennes : un déchirement pour la diaspora