Que veut dire khey ?
Khey est une interpellation familière qui veut dire « frère », dans le sens de « pote », « mec » ou « frérot ». On l'adresse à un ami, à un camarade de classe, parfois à un inconnu de son âge, sans aucun lien de famille : « Wesh khey, ça roule ? », « Merci khey ».
Le mot sert aussi de nom commun : « un khey » désigne un gars, un membre de la bande. Comme wesh ou zarma, il appartient au français des jeunes et ne s'emploie pas dans un cadre formel. Il n'a rien d'insultant ; il marque au contraire la proximité.
Le ton compte. « Merci khey » exprime la complicité ; « T'inquiète, khey » rassure ; « Khey, arrête » peut marquer l'agacement, mais toujours entre égaux. On l'emploie rarement avec un adulte qu'on vouvoie : c'est un mot de pairs, comme « frérot » ou « gros ».
Khey vient-il de l'arabe ?
Oui. En arabe classique, « frère » se dit akh (أخ), et « mon frère » akhî (أخي), la forme qui a donné akhi. Dans les parlers du Maghreb, la voyelle initiale tombe et le mot prend d'autres formes : khouya (خويا), « mon frère », en Algérie et au Maroc, et, sous une forme plus courte entendue surtout en Algérie, khay (خاي), notamment dans l'appel ya khay, « hé, mon frère ».
Khey est la transcription française de ce khay : le son « ay » s'écrit ey, comme dans l'anglais hey. Le même khouya a donné une autre forme courte, kho, elle aussi très employée en France.
Dans une chronique publiée par Oumma, Parlons wech-wech, le journaliste Akram Belkaïd cite un vers de rap où khouya est traduit par « frangin », signe que ces mots circulent dans la langue des jeunes avec leur sens d'origine.
Comment khey s'est-il répandu en France ?
Khey a suivi le chemin de la plupart des emprunts récents à l'arabe : d'abord employé dans les familles maghrébines, il est passé dans le parler des quartiers populaires, où des jeunes de toutes origines l'ont adopté, puis dans le rap.
Internet lui a donné une seconde vie. Au milieu des années 2010, les membres du forum « Blabla 18-25 ans » du site jeuxvideo.com en ont fait le surnom qu'ils se donnent entre eux, au point que « les kheys » désigne parfois, en ligne, les habitués de ce forum. Le mot est alors sorti des cercles arabophones : beaucoup de ceux qui l'emploient ignorent qu'il veut dire « mon frère ».
Khey, kho, akhi : quelles différences ?
Les trois mots disent « frère », mais ils n'ont pas la même couleur. Khey et kho viennent du dialecte maghrébin et appartiennent à l'argot. Akhi reprend l'arabe classique : il est employé entre musulmans, souvent avec une nuance de fraternité religieuse, celle du verset « Les croyants ne sont que des frères » cité sur la page akhi. Khey, lui, n'a aucune connotation religieuse.
Pour une fille, on n'emploie pas khey. On entend plutôt khti, « ma sœur », forme maghrébine de ukhti. Sahbi, « mon ami », complète cette famille de mots d'affection venus de l'arabe.
Côté orthographe, rien n'est fixé : khey est la forme la plus courante, à côté de khay et khé. Le pluriel français ajoute un s : « les kheys ».

