Hchouma

حشومة

Prononciation : ḥshūma · Autres graphies : hshouma, chouma

Définition

Hchouma : Mot maghrébin qui signifie « honte » ou « c'est honteux ». On l'emploie pour reprocher un comportement indécent ou manquant de retenue, ou pour exprimer la gêne. Il est lié à la notion de pudeur (haya), très valorisée dans la culture arabo-musulmane.

Que veut dire hchouma ?

Hchouma transcrit l'arabe maghrébin ḥshûma (حشومة), « la honte ». On l'emploie comme reproche (« Parler comme ça à ta mère, hchouma ! »), comme constat (« c'est la hchouma ») ou pour dire sa gêne (« j'ai la hchouma de lui demander »). Le verbe correspondant est ḥchem, « avoir honte » : ma tḥchemch ?, « tu n'as pas honte ? ». On dit aussi hchouma 'lik, « honte à toi ».

Le mot vient de la racine arabe ḥ-sh-m. En arabe classique, ḥishma veut dire « pudeur », « réserve », « respect », et muḥtashim désigne une personne décente et retenue. Les parlers du Maghreb ont fait glisser le sens de la pudeur que l'on doit avoir vers la honte que l'on éprouve quand on y manque. Un mot voisin, 'ib (« défaut, chose indécente »), s'emploie dans les mêmes situations : « c'est 'ib ». La hchouma ne se confond pas avec la hagra, le mépris que l'on subit d'un plus fort, ni avec le seum, la rancœur.

Les graphies varient : hchouma, hshouma, h'chouma, ahchouma, et en français familier la chouma ou larchouma, où l'article arabe s'est soudé au mot.

La hchouma, une règle sociale

La hchouma fixe ce qui ne se fait pas en public, et surtout devant les parents et les aînés : parler de sexualité, s'embrasser dans la rue, fumer devant son père, regarder en famille une scène d'amour à la télévision. Elle protège l'honneur de la famille autant que celui de la personne : le regard des autres, et ce qu'ils diront, pèse autant que la faute elle-même.

Elle a aussi une dimension collective. En 2005, dans une chronique reprise par Oumma, Momo, la chèvre et le Breton, Akram Belkaïd observait que les Maghrébins de France vivent les apparitions des « leurs » à la télévision comme une affaire commune : on les encourage à être les meilleurs pour qu'ils évitent à tous la hchouma. Le même auteur notait en 2015, dans Parlons wech-wech, que le mot était passé dans le français des jeunes sous la forme « larchouma ». Dès 2007, le Dictionnaire étymologique des mots français venant de l'arabe, du turc et du persan de Georges A. Bertrand le comptait parmi les emprunts récents du langage des banlieues.

Quand la hchouma fait taire

La règle a son revers : elle pousse à cacher plutôt qu'à dire. En 2020, après une affaire de pédophilie dans une école coranique de la région de Tanger, l'avocat des familles affirmait que c'était « à cause de la Hchouma » que l'agresseur avait pu agir impunément pendant des années, les parents ayant longtemps préféré le silence. La même année, Amine Ajar, dans une Lettre ouverte aux prétendus « djihadistes », décrivait une « culture du Hchouma (la honte), où toute effusion publique est perçue comme un crime de lèse-majesté », et lui opposait l'exemple du Prophète qui embrassait ses enfants devant tout le monde. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, un homme s'étonna de le voir embrasser son petit-fils, et le Prophète répondit que celui qui ne fait pas miséricorde ne reçoit pas miséricorde.

Hchouma et hayâ' : la honte et la pudeur

La tradition musulmane valorise la pudeur, le hayâ'. Selon un hadith rapporté par Muslim, la foi, l'îmân, compte soixante-dix et quelques branches, et la pudeur est l'une d'elles ; un autre hadith, rapporté par Boukhari et Muslim, précise que la pudeur n'apporte que du bien. Mais le hayâ' regarde d'abord Dieu et la conscience, alors que la hchouma regarde le jugement des autres.

La tradition fixe d'ailleurs une limite à la gêne. Selon un hadith rapporté par Muslim, Aïcha faisait l'éloge des femmes des Ansâr, que la pudeur n'empêchait pas de s'instruire dans la religion, y compris sur les questions intimes. Beaucoup d'enseignants musulmans s'appuient sur ce texte pour distinguer la pudeur, qui est une vertu, de la hchouma qui empêche de parler de santé, de sexualité ou de violences. Le mot lui-même reste un terme de la vie sociale, sans portée religieuse propre.

Exemple d'emploi

Parler comme ça à ta mère, hchouma !

Questions fréquentes

Que veut dire hchouma ?+

Hchouma veut dire « honte » en arabe maghrébin. Employé seul, « hchouma ! » signifie « c'est honteux ! ». Le mot vient de la racine ḥ-sh-m, qui exprime en arabe classique la pudeur et la réserve. Il désigne surtout ce qui ne se fait pas devant les autres, en particulier devant les parents et les aînés.

Comment écrire hchouma en arabe ?+

En arabe maghrébin, on écrit حشومة (ḥshûma). Le mot n'appartient pas à l'arabe littéraire, qui emploie ḥishma pour la pudeur et khajal ou 'âr pour la honte. En lettres latines, on trouve hchouma, hshouma, h'chouma ou ahchouma ; en français familier, la chouma.

Que veut dire avoir la chouma ?+

« Avoir la chouma », ou « avoir la hchouma », veut dire avoir honte ou être gêné : « j'ai la chouma de lui redemander ». « C'est la hchouma » signifie « c'est honteux » ou « ça ne se fait pas ». L'expression vient de l'arabe maghrébin ḥshûma, passé dans le français des jeunes avec l'article arabe parfois soudé au mot (larchouma).

Quelle différence entre hchouma et haya ?+

Le hayâ' est la pudeur, une vertu que la tradition musulmane compte parmi les branches de la foi, selon un hadith rapporté par Muslim. La hchouma est la honte sociale, liée au regard des autres et à l'honneur de la famille. Elle peut rejoindre la pudeur, mais aussi pousser à taire ce qu'il faudrait dire, ce que de nombreux auteurs lui reprochent.

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