Que veut dire kiffer ?
Kiffer veut dire « aimer beaucoup », « adorer », « prendre du plaisir à ». Il s'emploie avec un objet (« je kiffe cette chanson », « elle kiffe le foot »), avec une personne, souvent au sens amoureux (« il la kiffe »), ou seul : « on a kiffé ». Le verbe est familier mais très répandu, bien au-delà des jeunes, et les dictionnaires courants du français l'ont enregistré.
Il a donné plusieurs dérivés : l'adjectif kiffant, « agréable, génial » ; le nom kiffe ou kif, « plaisir » (« c'est mon kiffe », « c'est le kif ») ; l'expression « kiffer sa vie ». Le titre du roman de Faïza Guène, Kiffe kiffe demain (2004), joue sur la ressemblance entre kiffer et kif-kif.
Quelle est l'origine arabe de kiffer ?
Kiffer vient du nom kif, emprunté à l'arabe kayf (كيف). En arabe classique, kayf désigne l'état, la manière d'être, l'humeur ; le même mot sert d'interrogatif, kayfa, « comment ? ». Dans plusieurs dialectes, il a pris le sens de « bien-être », « plaisir » : en Égypte, ʿala kêfak veut dire « à ta guise », « comme il te plaît ».
Au Maroc, surtout dans le Rif, le kif désigne une préparation de chanvre haché, mêlé de tabac, que l'on fume dans une petite pipe à long tuyau, le sebsi. Le mot est passé en français au XIXe siècle avec ce sens, par les récits de voyage et la présence française en Afrique du Nord.
Le français a ensuite gardé l'idée de plaisir plutôt que celle de la drogue. « C'est le kif » a voulu dire « c'est le bonheur », puis le verbe kiffer s'est répandu dans l'argot de la fin du XXe siècle, porté par les quartiers populaires et le rap.
Kiffer, kif-kif, al-Kahf : ne pas confondre
Kif-kif, « pareil, la même chose », s'écrit aussi كيف en arabe, mais vient d'un autre emploi : au Maghreb, kîf veut dire « comme », et kîf kîf, « comme comme », c'est-à-dire « identique ». Kiffer exprime le plaisir, kif-kif l'égalité.
Les recherches « al kayf » ou « surah kayf » visent en réalité la sourate 18, al-Kahf, « la Caverne ». Kahf (كهف) n'a aucun lien avec kayf.
Enfin, le kif au sens de chanvre n'est pas le kayf de la langue courante : dans le français d'aujourd'hui, kiffer ne renvoie plus du tout à la drogue.
Kiffer dans la langue d'aujourd'hui
Dans sa chronique Parlons wech-wech, publiée par Oumma en 2015, Akram Belkaïd range kiffer parmi les emprunts à l'arabe installés depuis longtemps en français, avec chouïa et « kawa » : « ces ambiances, ça m'fait kiffer ». Il termine en demandant à ses lecteurs : « T'as bien kiffé cette chronique ou walou ? ».
Kiffer est aujourd'hui l'un des emprunts arabes les plus courants du français familier, avec toubib et bled. Beaucoup de ceux qui l'emploient ignorent son origine. On l'écrit kiffer, plus rarement kifer ; le nom s'écrit kif ou kiffe.

