D'où vient le mot toubib ?
Toubib vient de l'arabe ṭabîb (طبيب), qui signifie « médecin ». Dans l'arabe parlé du Maghreb, les voyelles brèves tombent et l'on prononce tbib ; c'est cette forme, entendue en Algérie, que le français a reprise en l'adaptant à sa prononciation.
Le mot appartient à la racine ṭ-b-b, qui exprime l'idée de soigner. Elle a donné ṭibb, « la médecine », et ṭabîb, celui qui la pratique. On la retrouve dans le titre de l'ouvrage le plus célèbre de la médecine arabe, al-Qânûn fî al-ṭibb, le Canon de la médecine d'Ibn Sînâ (Avicenne, mort en 1037), longtemps enseigné dans les universités européennes, et dans l'expression al-ṭibb al-nabawî, « la médecine prophétique », qui désigne les recueils de conseils de santé attribués au Prophète. Un hadith rapporté par Boukhari dit que Dieu n'a fait descendre aucune maladie sans faire descendre aussi son remède.
L'arabe a un autre mot pour le médecin : ḥakîm, « le sage », encore employé au Maghreb. Toubib, lui, ne vient que de ṭabîb.
Comment toubib est-il entré en français ?
Toubib est attesté en français dans la seconde moitié du XIXe siècle, après la conquête de l'Algérie. Il a d'abord circulé parmi les soldats de l'armée d'Afrique, qui côtoyaient les populations arabophones, puis dans tout l'argot militaire, où il désignait le médecin du régiment. Pendant la Première Guerre mondiale, il faisait partie du vocabulaire courant des tranchées, avant de gagner la langue populaire.
Il suit le même chemin que d'autres mots arabes passés par l'armée et la colonisation : clebs, de kelb, « chien » ; bled, de blad, « pays » ; barda, le paquetage ; maboul, « fou » ; chouïa, « un peu ». Ces emprunts anciens se distinguent des mots arrivés plus tard par la culture urbaine et le rap, comme wesh.
Que veut dire toubib aujourd'hui ?
Aujourd'hui, toubib est un synonyme familier de médecin : « Il faut que j'aille voir le toubib », « le toubib de garde », « les toubibs de l'hôpital ». Il s'emploie aussi au féminin, « une toubib », « la toubib ». Le mot n'a rien de péjoratif ; il est simplement moins soutenu que « médecin », à peu près au même niveau que « doc ». On l'évite dans un courrier officiel ou un dossier médical.
Il ne faut pas le confondre avec toubab, mot d'Afrique de l'Ouest, notamment du wolof, qui désigne une personne blanche ou européenne. Certains auteurs ont proposé de rapprocher les deux mots, mais cette parenté n'est pas établie.
