D'où vient le mot flouze ?
Flouze vient de l'arabe fulûs (فلوس), pluriel de fals (فلس). Le fals était la pièce de cuivre de faible valeur, la petite monnaie des califats omeyyade et abbasside, à côté du dirham d'argent et du dinar d'or. Le mot arabe vient lui-même du latin follis, le nom d'une pièce de bronze de l'Empire byzantin.
Dans les parlers du Maghreb, flous (on prononce « flouss ») ne désigne plus des pièces : c'est le mot ordinaire pour « l'argent » en général. « ma ʿandich flous », « je n'ai pas d'argent ». C'est ce sens, entendu en Algérie, que l'argot français a repris. Certains dictionnaires signalent d'autres hypothèses, mais l'origine arabe est la plus généralement admise.
Que veut dire flouze en français ?
En argot, le flouze est l'argent, surtout l'argent liquide ou l'argent que l'on gagne : « il a du flouze », « tout ça pour le flouze ». Le mot est familier, comme fric, oseille, pognon ou blé, et n'a rien d'insultant. Il est entré en français par le même chemin que toubib, bled ou caoua : le contact avec l'arabe d'Algérie, l'armée et la rue.
Le français a d'autres emprunts liés à l'argent venus de la même aire : bakchich, le pot-de-vin, vient du persan par le turc. Flouze, lui, ne désigne que l'argent, sans idée de corruption.
Fals, iflâs, muflis : les mots de la même famille
La racine arabe f-l-s a donné des mots courants. Iflâs veut dire « faillite » et muflis « le failli », littéralement celui qui n'a plus un fals. Un hadith célèbre, rapporté par Muslim, donne à ce mot un sens moral : le Prophète demande à ses compagnons qui est le muflis, puis explique que le vrai failli est celui qui arrive au Jour dernier avec des prières et des aumônes, mais qui a insulté, calomnié ou spolié les autres, et voit ses bonnes œuvres passer à ses victimes.
Côté orthographe, on écrit flouze, flouse ou flous. Le e final du français sert seulement à faire entendre le z ou le s. Le mot ne doit pas être confondu avec flou, sans rapport, ni avec le verbe flouer, « duper », d'une autre origine.
