La mort et le deuil en islamالموت

En islam, la mort n'est pas une fin mais un passage vers une autre étape de l'existence, que les textes appellent le barzakh puis la résurrection. Elle s'accompagne de rites précis, accomplis par les proches : assistance du mourant, toilette, linceul, prière funéraire et mise en terre. Cette page en détaille le sens et le déroulé.

Que croient les musulmans sur la mort ?

Pour l'islam, la vie terrestre est un temps d'épreuve et la mort un retour à Dieu : « Toute âme goûtera la mort » (sourate 3, verset 185). Le jour et l'heure sont décrétés par Dieu et personne ne peut les avancer ni les retarder. Le médecin Abdallah Thomas Milcent résume cette vision dans « Une vision islamique de la mort » : l'homme, vicaire de Dieu sur terre, a reçu le libre arbitre pour choisir entre le bien et le mal, et la vie présente est comparable à l'ombre d'un arbre sous lequel un voyageur se repose avant de reprendre sa route.

Au moment de la mort, l'âme est séparée du corps. Selon la tradition, le défunt est ensuite interrogé dans sa tombe par deux anges sur son Seigneur, sa religion et son prophète. Le temps qui s'écoule jusqu'à la résurrection, appelé barzakh, est une étape intermédiaire que les textes décrivent peu. Elle précède le jour dernier, où les êtres humains seront ressuscités et jugés, avant d'entrer au paradis ou en enfer (jahannam). La foi à cette résurrection fait partie des six piliers de la foi.

Le philosophe Abdelkrim Semani, dans « Dieu aime-t-il la mort ? », confronte cette vision aux pensées de Rostand, de Sade ou d'Épicure pour qui la mort n'est rien, et montre que le Coran en fait au contraire un événement qui donne sens à toute l'existence. Le poète Mohammad Iqbal consacre à la question de l'immortalité un texte de réflexion sur l'âme et la survie personnelle.

Que faire auprès d'un mourant ?

La visite au malade est un devoir social que la tradition valorise beaucoup. Auprès de celui qui va mourir, les proches se tiennent calmement, évitent les paroles qui l'effraient et récitent des invocations. L'imam Ibrahim Halitim, dans « Les droits du mourant(e) et du défunt(e) », rappelle l'usage de se taire devant le mourant, de ne pas lui demander de prononcer la profession de foi mais de la dire soi-même en sa présence, afin qu'elle soit sa dernière parole. Le Prophète a dit que celui dont la dernière parole est la chahada entrera au paradis, selon un hadith que cite le même article.

Au décès, on lui ferme les yeux et on invoque la miséricorde de Dieu pour lui. La formule la plus connue à l'annonce d'une mort est celle de la sourate 2, verset 156 : Inna lillâhi wa inna ilayhi râji'ûn, « nous appartenons à Dieu et c'est à Lui que nous retournerons ». Beaucoup de musulmans récitent aussi la sourate Yâ-Sîn (36) près du défunt ou du mourant, usage dont la portée est discutée entre savants. Les dettes du défunt doivent être réglées en priorité sur sa succession, et ses dernières volontés respectées dans les limites que fixe le droit successoral.

Comment se déroulent la toilette mortuaire, le linceul et la prière funéraire ?

Trois gestes précèdent la mise en terre. Le premier est la toilette rituelle du défunt, le ghusl mortuaire. Elle est faite, en priorité, par des proches du même sexe, ou par le conjoint, avec de l'eau pure, en commençant par les parties de l'ablution. Pour Ibrahim Halitim, c'est une purification et non un simple lavage. Elle s'accomplit en dignité, avec pudeur, et en invoquant Dieu. Quand on ne peut utiliser l'eau, on a recours à la purification par la terre (tayammum).

Le second geste est l'enveloppement dans le kafan, un linceul de tissu blanc simple, sans coût excessif. Le troisième est la prière funéraire (janâza), accomplie debout, sans inclinaison ni prosternation, avec quatre formules d'allahou akbar entrecoupées d'invocations pour le défunt. C'est une obligation collective : si un nombre suffisant de musulmans la célèbre, les autres en sont dispensés. Plus il y a de fidèles, plus l'invocation est dite précieuse, mais aucun nombre minimal n'est imposé.

Les avis divergent sur certains détails, par exemple sur le droit de l'époux à laver son épouse (que les hanafites déconseillent, comme le rappelle l'article de Halitim) ou sur le traitement de celui qui meurt en martyr, que la tradition dispense en principe de toilette. Ces questions se règlent avec l'imam ou avec l'entreprise de pompes funèbres musulmane qui s'en charge de plus en plus.

Comment enterre-t-on un musulman ?

La tradition recommande d'enterrer rapidement, en pleine terre, dans une tombe simple. Le défunt repose sur le côté droit, le visage tourné vers la qibla, la direction de La Mecque. La tradition prophétique déconseille les constructions et les ornements somptueux sur les tombes. La crémation est interdite, de même que le fait de laisser le corps sans sépulture. Les proches assistent à la mise en terre, pelletent symboliquement un peu de terre et invoquent la miséricorde de Dieu pour le défunt.

En France, l'inhumation soulève des questions pratiques. Il existe peu de cimetières confessionnels, et les musulmans sont inhumés dans les « carrés musulmans » de cimetières communaux, dont l'orientation vers La Mecque est possible. Les familles choisissent aussi de rapatrier le corps dans le pays d'origine, choix qui demande des formalités et a un coût. Oumma a rendu compte de débats locaux, comme la polémique d'Avignon sur l'inhumation dans des cuves à béton ou la question de la place des musulmans dans les cimetières. Le cimetière musulman de Strasbourg illustre le cas d'un régime local particulier, celui du concordat.

La question du don d'organes se pose aussi à la fin de la vie. Azzedine Gaci en a publié les fatwas de plusieurs conseils de jurisprudence : le don, en vie ou après la mort, est autorisé sous conditions, notamment l'absence de rémunération et la nécessité de sauver une vie.

Comment vivre le deuil en islam ?

Le deuil est un temps de patience (sabr), pas de silence. Les pleurs sont permis : Halitim rappelle que le Prophète a pleuré à la mort de son fils Ibrahim et a dit que l'œil pleure et que le cœur est triste, sans que l'on dise autre chose que ce qui plaît à Dieu. Ce qui est déconseillé, ce sont les cris, les lamentations et les gestes de désespoir, qui contredisent la confiance en Dieu.

Les condoléances se présentent aux proches dans les trois jours qui suivent le décès, par des formules comme « que Dieu lui fasse miséricorde » (Allah yarhamou). En général, le deuil dure trois jours. Pour la veuve, il est de quatre mois et dix jours, période d'attente appelée idda et fixée par le Coran (sourate 2, verset 234). Durant ce temps, elle s'abstient de se remarier, de se parer et de quitter sans nécessité le domicile conjugal ; la durée est réduite pour une femme enceinte, qui attend l'accouchement.

Les vivants peuvent encore faire du bien au défunt : invocations en sa faveur, aumône à son nom, Coran lu en sa mémoire, dettes réglées, œuvres durables (waqf). Les visites aux tombes, interdites aux débuts de l'islam puis autorisées, rappellent la mort aux vivants. Certains rites, comme les repas collectifs prolongés ou les célébrations au quarantième jour, sont des coutumes locales que certains savants désapprouvent. Pour ceux qui perdent un enfant, la tradition promet de grandes consolations, comme le rapporte l'article de Halitim.

Questions fréquentes

Que dit-on quand quelqu'un meurt en islam ?+

On dit « Inna lillâhi wa inna ilayhi râji'ûn » (« nous appartenons à Dieu et c'est à Lui que nous retournerons »), extrait de la sourate 2, verset 156. Pour présenter ses condoléances, on invoque la miséricorde de Dieu pour le défunt et la patience pour sa famille.

Peut-on pleurer un défunt en islam ?+

Oui. Les larmes sont permises et naturelles : le Prophète lui-même a pleuré la mort de son fils. Ce sont les cris, les lamentations et les gestes violents que la tradition déconseille.

La crémation est-elle permise pour un musulman ?+

Non. Les savants s'accordent à l'interdire : le corps doit être inhumé en pleine terre. Dans les pays où cela est difficile, les familles recourent à des carrés musulmans ou au rapatriement du corps.

La prière funéraire est-elle obligatoire ?+

Elle est une obligation collective (fard kifâya) : si un nombre suffisant de musulmans la prient, les autres en sont dispensés. Elle se fait debout, sans inclinaison ni prosternation, avec quatre formules d'allahou akbar.

Combien de temps dure le deuil de la veuve ?+

Quatre mois et dix jours, selon le Coran (sourate 2, verset 234), sauf si elle est enceinte, auquel cas la période se termine à l'accouchement. Pour les autres proches, le deuil dure en général trois jours.

Le don d'organes est-il permis ?+

Plusieurs conseils de jurisprudence l'autorisent, que le donneur soit vivant ou défunt, sous conditions : absence de commerce, nécessité de sauver ou d'améliorer une vie, respect du défunt. Les avis des savants diffèrent sur certains cas, comme la définition de la mort cérébrale.

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Page rédigée par la rédaction d'Oumma à partir de ses articles, notamment ceux de Dr. Abdallah Thomas Milcent, Ibrahim Halitim, Abdelkrim Semani, Azzedine Gaci.