Que signifie tayammum ?
Tayammum (تيمّم) est le nom d'action du verbe tayammama, « se diriger vers, chercher, viser ». Le sens premier se lit dans un autre verset, sans rapport avec la purification : « ne vous tournez pas vers ce qui est vil pour en faire dépense » (sourate 2, verset 267), où « se tourner vers » traduit le même verbe. Dans les versets sur la pureté, fa-tayammamû ṣa'îdan ṭayyiban signifie « dirigez-vous vers une terre pure ». Le mot a fini par désigner le rite lui-même.
En français, on dit ablution sèche ou ablution pulvérale, et l'on écrit aussi tayamoum, tayamum ou tayammoum. Le tayammum est l'une des trois formes de la pureté rituelle (ṭahâra), avec le wudû', l'ablution mineure, et le ghusl, le lavage complet. Il les remplace l'un et l'autre, ce qui en fait un substitut et non une troisième obligation.
Le mot ṣa'îd du verset désigne « ce qui monte à la surface de la terre ». Son sens exact est à l'origine des divergences sur les matières permises.
Que dit le Coran sur le tayammum ?
Deux versets fondent le rite. Le premier vise la prière en état d'impureté : « Si vous êtes malades ou en voyage, ou si l’un de vous revient du lieu où il a fait ses besoins, ou si vous avez touché à des femmes et que vous ne trouviez pas d’eau, alors recourez à une terre pure, et passez-vous-en sur vos visages et sur vos mains » (sourate 4, verset 43). Le second, après avoir décrit les ablutions, reprend la même dispense et ajoute : « Allah ne veut pas vous imposer quelque gêne, mais Il veut vous purifier et parfaire sur vous Son bienfait » (sourate 5, verset 6).
Selon un récit d'Aïcha rapporté par Boukhari et Muslim, le verset fut révélé lors d'une expédition : elle avait perdu un collier, la troupe s'était arrêtée pour le chercher dans un lieu sans eau, et l'heure de la prière approchait. Un compagnon, Usayd ibn Hudayr, dit alors à la famille d'Abou Bakr que ce n'était pas leur première bénédiction pour les musulmans.
Un hadith rapporté par Boukhari et Muslim compte parmi les privilèges accordés au Prophète le fait que la terre ait été faite pour lui « lieu de prière et moyen de purification ».
Quand peut-on faire le tayammum ?
Les juristes admettent le tayammum dans trois situations. D'abord l'absence d'eau, après l'avoir cherchée raisonnablement autour de soi. Ensuite l'impossibilité de l'utiliser : une maladie, une blessure ou des brûlures que l'eau aggraverait, sur avis médical ou par expérience. Enfin le besoin vital de l'eau disponible, pour boire ou faire boire, quand elle ne suffit pas aux deux.
Le froid extrême entre dans ce dernier cadre quand il n'existe aucun moyen de chauffer l'eau. Abou Dawoud rapporte que le compagnon 'Amr ibn al-'Âs, en état d'impureté majeure pendant une nuit glaciale, fit le tayammum et dirigea la prière, en invoquant le verset qui interdit de se tuer ; le Prophète l'apprit et sourit sans le blâmer. Ahmed Elouazzani cite cet épisode dans Les finalités et les objectifs supérieurs de l'islam comme un exemple de lecture fidèle à l'esprit des textes.
Le tayammum ne sert pas à gagner du temps : celui qui a de l'eau et peut l'utiliser doit faire ses ablutions. Il ne dispense pas non plus de la prière, qui doit être accomplie dans son temps.
Comment faire le tayammum ?
Le fidèle forme l'intention (niyya), dit « bismillah », pose les paumes sur une surface de terre pure, souffle légèrement dessus pour retirer l'excès, puis les passe sur tout le visage. Il passe ensuite chaque main sur l'autre. Le guide d'Oumma Prière : comment faire les ablutions ? décrit ces étapes.
Les écoles divergent sur les détails. Les hanbalites retiennent une seule frappe, pour le visage et les mains jusqu'aux poignets, d'après le hadith de 'Ammâr ibn Yâsir rapporté par Boukhari et Muslim. Les hanafites et les chaféites demandent deux frappes, l'une pour le visage, l'autre pour les bras jusqu'aux coudes. Les malikites rendent obligatoire une frappe pour le visage et les mains jusqu'aux poignets, et recommandent la seconde pour les avant-bras.
La matière fait aussi débat. Pour les malikites et les hanafites, tout ce qui appartient à la surface de la terre convient : sable, pierre, roche, terre, même sans poussière. Pour les chaféites et les hanbalites, il faut une poussière pure qui s'attache aux mains. Les « pierres de tayammum » vendues en France, utiles à l'hôpital ou en voyage, répondent à l'avis malikite, majoritaire au Maghreb.
La durée divise également. Pour les hanafites, le tayammum vaut comme l'ablution jusqu'à ce qu'il soit annulé. Pour les malikites et les chaféites, il faut le refaire pour chaque prière obligatoire. Pour les hanbalites, il vaut jusqu'à la fin du temps de la prière. Il est annulé par tout ce qui annule le wudû' et, pour celui qui l'a fait faute d'eau, par l'eau retrouvée avant de prier.




