Sujûd

سجود

Prononciation : sujūd · Autres graphies : sujud, sajda, prosternation

Définition

Sujûd : La prosternation, geste de la prière où le front, le nez, les paumes, les genoux et les orteils touchent le sol. Elle exprime l'humilité devant Dieu et constitue un moment privilégié pour l'invocation personnelle.

Que signifie sujûd ?

Sujûd (سجود, sujûd) est le nom d'action du verbe sajada, « se prosterner ». Une prosternation se dit sajda (سجدة), au pluriel sajadât. La racine s-j-d exprime l'idée de s'abaisser, de se courber jusqu'à terre en signe de soumission. Elle a donné masjid, le lieu où l'on se prosterne, d'où le français « mosquée », et sajjâda, le tapis de prière.

Dans la salât, le sujûd vient après l'inclinaison (rukû') et le redressement. Le fidèle pose au sol sept membres, selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim : le front avec le nez, les deux mains, les deux genoux et l'extrémité des deux pieds. Il dit au moins une fois Subhâna rabbiya l-a'lâ, « Gloire à mon Seigneur, le Très-Haut », puis se relève pour s'asseoir et se prosterne une seconde fois. Chaque rak'a compte ainsi deux prosternations, qui font partie des piliers de la prière pour toutes les écoles.

C'est aussi le moment privilégié du du'â : selon un hadith rapporté par Muslim, le serviteur n'est jamais aussi proche de son Seigneur que prosterné, et il est invité à y multiplier les invocations.

La prosternation dans le Coran

La racine s-j-d revient plus de quatre-vingt-dix fois dans le Coran. La prosternation y est l'image même de l'adoration : « O vous qui croyez! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien » (sourate 22, verset 77). La sourate 96, l'une des premières révélées, se termine par l'ordre « prosterne-toi et rapproche-toi » (sourate 96, verset 19).

Le Coran l'étend à toute la création : le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres et les animaux se prosternent devant Allah (sourate 22, verset 18). Il raconte aussi la prosternation des anges devant Adam, refusée par Iblis (sourate 2, verset 34) ; les commentateurs la comprennent comme un salut d'honneur, l'adoration n'étant due qu'à Dieu. Enfin, il décrit les compagnons du Prophète : « Leurs visages sont marqués par la trace laissée par la prosternation » (sourate 48, verset 29). Cette marque sur le front, appelée tabaâ au Maghreb, a valu en 2023 à un candidat à l'école de police d'être écarté par la préfecture de police de Paris, qui y voyait un possible signe de « repli identitaire ».

Prosternation de l'oubli, de la récitation, de la gratitude

En dehors des prosternations de chaque rak'a, le droit musulman en connaît trois autres.

Le sujûd as-sahw, la prosternation de l'oubli, répare une erreur dans la prière : un geste oublié, une unité en trop, un doute sur le nombre d'unités. Elle consiste en deux prosternations à la fin de la prière. Les écoles divergent sur le moment. Les hanafites la font après la salutation finale, les chaféites avant. Les malikites la placent avant s'il manque quelque chose et après s'il y a un ajout. Les hanbalites la font en général avant, sauf dans les cas où le Prophète l'a faite après.

Le sujûd at-tilâwa, la prosternation de récitation, se fait en lisant ou en entendant l'un des passages du Coran qui mentionnent la prosternation. Ils sont quinze en tout, et les écoles en retiennent de onze (malikites) à quatorze ou quinze. Les hanafites la jugent obligatoire (wâjib), les trois autres écoles recommandée. Les exemplaires du Coran marquent ces passages d'un signe dans la marge.

Le sujûd ash-shukr, la prosternation de gratitude, se fait à l'annonce d'une bonne nouvelle. Les chaféites et les hanbalites la recommandent ; les malikites et les hanafites la jugent moins fondée. C'est ce geste qu'on voit chez des sportifs musulmans après un but : en 2014, Oumma a raconté la pénalité infligée à Husain Abdullah, joueur des Kansas City Chiefs, pour s'être prosterné après un touchdown.

Sourate As-Sajda : la sourate de la prosternation

Beaucoup de recherches sur « sajda » visent la sourate 32, intitulée As-Sajda, « la Prosternation ». Elle compte trente versets et doit son nom au verset 15, qui appelle une prosternation de récitation : « Seuls croient en Nos versets ceux qui, lorsqu’on les leur rappelle, tombent prosternés et, par des louanges à leur Seigneur, célèbrent Sa gloire et ne s’enflent pas d’orgueil » (sourate 32, verset 15).

Selon des hadiths rapportés par Boukhari et Muslim, le Prophète la récitait avec la sourate 76 lors de la prière de l'aube du vendredi, et la tradition rapporte qu'il ne dormait pas sans l'avoir lue avec la sourate 67. Il ne faut pas la confondre avec la sourate 41, Fuṣṣilat, parfois appelée Hâ-Mîm As-Sajda parce qu'elle contient elle aussi un verset de prosternation.

Dans le Coran

  • Coran

    « O vous qui croyez! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien. Peut-être réussirez vous! »

    Sourate 22, verset 77 →
  • Coran

    « Non! Ne lui obéis pas; mais prosterne-toi et rapproche-toi. »

    Sourate 96, verset 19 →
  • Coran

    « Muhammad est le Messager d’Allah. Et ceux qui sont avec lui sont durs envers les mécréants, miséricordieux entre eux. Tu les vois inclinés, prosternés, recherchant d’Allah grâce et agrément. Leurs visages sont marqués par la trace laissée par la prosternation. Telle est leur image dans la Thora. Et l’image que l’on donne d’eux dans l’Evangile est celle d’une semence qui sort sa pousse, puis se raffermit, s’épaissit, et ensuite se dresse sur sa tige, à l’émerveillement des semeurs. [Allah] par eux [les croyants] remplit de dépit les mécréants. Allah promet à ceux d’entre eux qui croient et font de bonnes œuvres, un pardon et une énorme récompense. »

    Sourate 48, verset 29 →
  • Coran

    « Seuls croient en Nos versets ceux qui, lorsqu’on les leur rappelle, tombent prosternés et, par des louanges à leur Seigneur, célèbrent Sa gloire et ne s’enflent pas d’orgueil. »

    Sourate 32, verset 15 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : La prière, Le tachahoud

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre sujud et sajda ?+

Sujûd est le nom d'action, « le fait de se prosterner », et désigne la prosternation en général. Sajda (سجدة) est une prosternation unique, d'où l'expression « faire une sajda ». Chaque unité de prière en compte deux. As-Sajda est aussi le nom de la sourate 32, « la Prosternation ».

Comment fait-on la prosternation dans la prière ?+

On pose au sol le front et le nez, les paumes des mains, les deux genoux et les orteils, tournés vers la qibla, selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim qui cite ces sept membres. On dit au moins une fois « Subhâna rabbiya l-a'lâ » (Gloire à mon Seigneur, le Très-Haut), puis on s'assoit brièvement et on se prosterne une seconde fois. Le détail des gestes est sur la page la prière.

Qu'est-ce que la prosternation de l'oubli ?+

Le sujûd as-sahw est un ensemble de deux prosternations que l'on fait à la fin de la prière pour réparer un oubli, un ajout ou un doute (sur le nombre d'unités, par exemple). Les hanafites la font après la salutation finale, les chaféites avant ; les malikites avant en cas de manque et après en cas d'ajout ; les hanbalites surtout avant, avec des exceptions tirées des hadiths.

Combien y a-t-il de prosternations dans le Coran ?+

Quinze passages du Coran appellent une prosternation de récitation (sajdat at-tilâwa), de la sourate 7 à la sourate 96. Les écoles n'en retiennent pas toutes : onze pour les malikites, quatorze pour les hanafites et les chaféites, quatorze ou quinze selon les avis chez les hanbalites. L'un d'eux, le verset 15 de la sourate 32, a donné son nom à la sourate As-Sajda.

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