Que signifie iqâma ?
L'iqâma (إقامة, on écrit aussi iqama ou iqamah) est le second appel à la prière. Le premier, l'adhân, annonce que l'heure de la prière est arrivée et invite à venir à la mosquée. L'iqâma, plus courte et plus rapide, se fait à l'intérieur, au moment où la prière en commun va commencer : les fidèles se lèvent, l'imam se place devant eux et les rangs se forment.
Le mot vient de la racine q-w-m, qui exprime l'idée de se tenir debout. Iqâma est le nom d'action du verbe aqâma, « faire se lever, dresser, établir ». Appliqué à la prière, ce verbe veut dire l'accomplir pleinement, avec ses conditions et ses gestes : c'est le sens de l'expression iqâmat as-salât, que les traductions françaises du Coran rendent par « accomplir la Salât ». L'appel porte donc un nom qui dit à la fois « levez-vous » et « la prière est en train de s'accomplir ».
La même racine donne qiyâm, la station debout dans la prière, et muqîm, le résident, par opposition au voyageur. C'est pourquoi iqâma veut aussi dire « séjour » ou « résidence ». Dans les pays du Golfe, et surtout en Arabie saoudite, l'iqama est le titre de séjour des travailleurs étrangers : les recherches sur la date d'expiration d'une iqama n'ont rien à voir avec la prière.
Ce que le Coran dit de l'iqâma
Le Coran ne décrit pas l'iqâma comme appel, mais le verbe dont elle tire son nom y revient sans cesse. Dès le début de la deuxième sourate, les croyants sont ceux « qui croient à l'invisible et accomplissent la Salât » (sourate 2, verset 3), avec le verbe yuqîmûna. Dans le verset sur la prière en temps de danger, le même verbe désigne le fait de diriger la prière du groupe : « et que tu les diriges dans la Salât » (sourate 4, verset 102).
L'appel lui-même est mentionné deux fois. Un verset évoque ceux qui s'en moquent : « Et lorsque vous faites l'appel à la Salât, ils la prennent en raillerie et jeu » (sourate 5, verset 58). Un autre vise la prière du vendredi, la jumu'a (sourate 62, verset 9). Les formules de l'adhân et de l'iqâma, elles, viennent de la sunna : la tradition rapporte qu'elles ont été fixées à Médine, peu après l'hégire, et que Bilal fut le premier à les lancer.
Quelle est la formule de l'iqâma ?
Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, Bilal reçut l'ordre de dire les phrases de l'adhân par paires et celles de l'iqâma une seule fois, sauf la formule « qad qâmati s-salât ». Dans la forme la plus répandue chez les chaféites et les hanbalites, l'iqâma compte onze phrases : Allâhu akbar deux fois, le double témoignage une fois chacun, hayya 'alâ s-salât (venez à la prière) et hayya 'alâ l-falâh (venez au succès) une fois chacun, qad qâmati s-salât (la prière commence) deux fois, Allâhu akbar deux fois, et lâ ilâha illa Llâh pour finir.
Les écoles divergent sur le nombre de répétitions. Les malikites ne disent « qad qâmati s-salât » qu'une fois, soit dix phrases. Les hanafites répètent chaque phrase comme dans l'adhân et y ajoutent la formule propre à l'iqâma, soit dix-sept phrases. Les chiites duodécimains ajoutent, comme dans leur adhân, « hayya 'alâ khayri l-'amal » (venez à la meilleure des œuvres). Ces différences s'appuient toutes sur des récits anciens : aucune n'invalide la prière.
Le guide d'Ismaël Amin Comment faire la prière (as salat) ? donne la formule en arabe et en français, avec un enregistrement pour l'apprendre. Il traduit « qad qâmati s-salât » par « l'office de la prière est prêt ».
L'iqâma est-elle obligatoire ?
Pour les hanafites, les malikites et les chaféites, l'iqâma est une sunna mu'akkada, une pratique fortement recommandée, pour chacune des cinq prières obligatoires. Les hanbalites en font une obligation collective (fard kifâya) pour les hommes : il suffit qu'une personne la prononce pour que le groupe soit quitte. Dans les quatre écoles, une prière accomplie sans iqâma reste valide. L'article d'Oumma Al Adhan la présente comme « une Sounna recommandée à propos de chacune des cinq prières canoniques ».
On ne la fait pas pour les prières surérogatoires, ni pour la prière funéraire, ni pour les prières de l'Aïd, qui n'ont pas non plus d'adhân. Celui qui prie seul, chez lui ou au travail, peut la prononcer à voix basse : la majorité des savants le recommandent, même quand ils jugent l'adhân facultatif dans ce cas.
La question des femmes revient souvent. Les juristes ne leur demandent pas l'adhân. Pour l'iqâma, les chaféites et les malikites la leur recommandent, à voix basse, qu'elles prient seules ou entre femmes ; les hanbalites la jugent permise sans la recommander ; les hanafites ne la prévoient pas pour elles.
Que se passe-t-il entre l'adhân et l'iqâma ?
Le délai entre les deux appels n'est pas fixé par les textes. Il laisse aux fidèles le temps de faire leurs ablutions (woudou), de rejoindre la mosquée et d'accomplir les prières surérogatoires. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, le Prophète a dit qu'entre chaque adhân et iqâma, il y a une prière, pour qui le veut. Pour le maghrib, dont le temps est court, l'écart est souvent réduit à quelques minutes.
En France, la plupart des mosquées affichent deux horaires pour chaque prière : celui de l'adhân, calculé d'après le soleil, et celui de l'iqâma, fixé par la mosquée, souvent dix à vingt minutes plus tard. Les horaires de prière d'Oumma donnent les premiers ; les seconds dépendent de chaque lieu de culte.
Deux hadiths encadrent ce moment. L'un, rapporté par Boukhari et Muslim, demande de ne pas courir quand l'iqâma retentit, mais d'arriver avec calme et de rattraper ce que l'on a manqué. L'autre, rapporté par Muslim, dit qu'une fois l'iqâma lancée, il n'y a plus d'autre prière que la prière prescrite : on n'entame pas alors une prière surérogatoire. Celui qui entend l'iqâma répète ses phrases, comme pour l'adhân. Juste après, l'imam ouvre la prière par le takbîr, « Allâhu akbar », et la première rak'a commence.
Iqâma, adhân, takbîr : ne pas confondre
L'adhân est l'appel public, lancé à voix haute, souvent depuis le minaret ou par haut-parleur, par le muezzin. L'iqâma est un appel intérieur, dit plus vite et d'une voix moins portée, devant les fidèles déjà réunis. En pratique, le muezzin prononce souvent les deux. Le takbîr d'ouverture, enfin, n'est pas un appel : c'est la première parole de la prière elle-même, qui fait entrer le fidèle dans l'état de sacralisation de la salât.
L'émotion que suscite cet appel se lit dans un article d'Oumma de juin 2020 : au Qatar, le basketteur américain Musa Abdul-Aleem, joueur du club d'Al Wakrah, s'était préparé à prier chez lui après l'adhân du maghrib, quand il a entendu l'iqâma monter de sa mosquée, rouverte après trois mois de fermeture due au Covid-19. Il a couru jusqu'à elle en demandant au gardien : « Est-ce l'Iqâma ? » (lire l'article). Pour la place de l'iqâma dans le déroulé complet de la prière, voir la page sur la prière.



