Que signifie sunna mu'akkada ?
Le mot sunna désigne ici, au sens juridique, un acte recommandé parce que le Prophète l'a pratiqué. Mu'akkada est le participe passif du verbe akkada, « confirmer, renforcer », de la même famille que tawkîd, la confirmation solennelle, que le Coran emploie pour les serments « solennellement prêtés » (sourate 16, verset 91). La sunna mu'akkada est donc la sunna « confirmée » ou « appuyée » : celle que le Prophète accomplissait avec constance, n'abandonnant que rarement, et qu'il encourageait.
Elle s'oppose à la sunna ghayr mu'akkada, la sunna non appuyée, que le Prophète faisait parfois. Les deux appartiennent au degré du recommandé (mustahabb), deuxième marche de l'échelle des cinq qualifications : obligatoire (fard ou wâjib), recommandé, permis (mubâh), déconseillé (makrûh) et interdit (haram). La sunna mu'akkada en occupe le haut, au plus près de l'obligation.
Son fondement est l'exemple du Prophète, que le Coran présente comme un modèle : « vous avez dans le Messager d'Allah un excellent modèle [à suivre] » (sourate 33, verset 21). La page Sunna et hadith explique comment cette pratique a été transmise.
Quels actes sont sunna mu'akkada ?
Les plus cités sont les prières surérogatoires régulières (rawâtib) attachées aux prières obligatoires : deux unités avant celle de l'aube, d'autres avant et après celle de midi, deux après celle du coucher du soleil et deux après celle de la nuit. Des hadiths rapportés par Boukhari et Muslim en donnent le compte, de dix à douze unités par jour selon les versions.
Viennent ensuite le witr, la prière impaire de la nuit, la prière des deux Aïds, celle de l'éclipse, le sacrifice de l'Aïd al-Adha pour qui en a les moyens et, pour la majorité, les prières de tarawih du Ramadan. La circoncision (khitân) est sunna mu'akkada pour les hanafites et les malikites, obligatoire pour les chaféites et, au moins pour les hommes, pour les hanbalites.
Les écoles ne classent pas tout de la même façon. Les hanafites tiennent pour wâjib le witr, la prière de l'Aïd et le sacrifice ; les hanbalites font de la prière de l'Aïd une obligation collective. Les malikites, eux, rangent les deux unités de prière avant l'aube dans une catégorie à part, la raghîba, un peu en dessous de la sunna, alors que les autres écoles en font la plus appuyée des sunna.
Pourquoi la nuance compte-t-elle dans la pratique ?
Savoir qu'un acte est sunna mu'akkada et non obligatoire change la façon de le vivre. Le sacrifice de l'Aïd en est l'exemple le plus parlant : pour la majorité des écoles, malikite comprise, il est fortement recommandé à celui qui en a les moyens, mais il ne doit pas endetter une famille. En 2014, le même mufti tunisien, Hamda Saïd, a ainsi invité ses compatriotes à ne pas acheter le mouton de l'Aïd face à la flambée des prix.
La même logique vaut pour le malade ou le voyageur : la tradition rapporte que le Prophète, en voyage, allégeait les prières surérogatoires mais gardait le witr et les deux unités avant l'aube. Les juristes en ont tiré une hiérarchie à l'intérieur même du recommandé.
Peut-on délaisser une sunna mu'akkada ?
Oui, sans commettre de péché : une sunna, même confirmée, n'est pas une obligation et ne se rattrape pas comme une dette. Mais les juristes distinguent l'oubli ou l'empêchement ponctuel, sans conséquence, et l'abandon délibéré et durable. Les hanafites jugent ce dernier blâmable, parce qu'il revient à se détourner de l'exemple du Prophète ; d'autres savants parlent d'une perte de mérite plus que d'une faute.
La notion sert aussi à trancher des débats publics. En 2015, le mufti de la République tunisienne, Hamda Saïd, déclarait que le niqab n'était « pas une obligation religieuse, ni une Sunna confirmée », comme l'a relayé Oumma : la formule reprend précisément les deux degrés les plus élevés de l'échelle.


