Que signifie le mot fiqh ?
Cette entrée explique le mot. Pour les sources du droit, les écoles juridiques et la façon dont les règles évoluent, voir la page complète Charia, fiqh et halal.
Fiqh (فقه) vient de la racine f-q-h, qui signifie « comprendre », et plus précisément saisir ce qui est difficile à comprendre, comme le rappelle Éric Chaumont dans Peut-on qualifier le droit musulman de « coranique » ?. On écrit aussi fikh ; la traduction courante est « jurisprudence islamique » ou « droit musulman ».
Aux premiers siècles, le mot désignait la compréhension de la religion en général : le traité de croyance attribué à Abû Hanîfa s'intitule al-Fiqh al-akbar, « la grande compréhension ». Il s'est ensuite restreint au droit. Le juriste est un faqîh (pluriel fuqahâ').
Le mot fiqh dans le Coran
Le nom fiqh n'apparaît pas dans le Coran, mais le verbe y revient une vingtaine de fois, presque toujours pour reprocher à certains de « ne pas comprendre ». Un verset l'emploie dans un sens positif, qui a donné son nom à la discipline : « Pourquoi de chaque clan quelques hommes ne viendraient-ils pas s’instruire dans la religion, pour pouvoir à leur retour, avertir leur peuple » (sourate 9, verset 122). « S'instruire » traduit li-yatafaqqahû, de la racine du fiqh.
Un hadith rapporté par Boukhari et Muslim dit que Dieu donne la compréhension de la religion à celui à qui il veut du bien, avec le même verbe.
Fiqh, charia, usûl al-fiqh : ne pas confondre
La charia est la voie révélée ; le fiqh est l'effort humain pour en tirer des règles. Éric Chaumont rappelle que le fiqh est « la saisie des statuts légaux dont la voie est l'ijtihâd » : il n'est pas une science certaine, puisque l'ijtihâd qui le produit est faillible. Il est donc pluriel par nature, d'où l'existence de plusieurs écoles (madhhab) également légitimes. Confondre fiqh et charia revient, selon lui, à sacraliser un avis humain.
Les usûl al-fiqh sont la théorie du fiqh : les sources et les méthodes, comme le consensus ou l'analogie (qiyâs). Le fiqh lui-même porte sur les règles (furû', « les branches ») : la prière, la zakât, le mariage, les contrats, l'héritage. Chaque acte y reçoit un statut, du fard, obligatoire, au haram, interdit.
On parle aussi de « fiqh de » pour un domaine : fiqh al-'ibâdât (le culte), fiqh al-mu'âmalât (les échanges), ou fiqh al-aqalliyyât, le droit des musulmans minoritaires, débattu en Europe et présenté dans l'article d'Oumma Introduction théorique à la charî'a de minorité.
Les livres de fiqh les plus connus
Chaque école a ses manuels. Les malikites étudient la Risâla d'Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî et le Mukhtasar de Khalîl ; les hanbalites, la 'Umdat al-fiqh d'Ibn Qudâma. Au XXe siècle, l'Égyptien Sayyid Sâbiq a publié Fiqh as-Sunna, un manuel qui expose les règles sans s'attacher à une seule école, largement traduit en français.



