Que signifie wâjib ?
Wâjib (واجب) est le participe actif du verbe wajaba, de la racine w-j-b, qui exprime l'idée de tomber, de s'imposer, de devenir dû. Le Coran emploie ce verbe au sens concret pour les bêtes sacrifiées : « lorsqu'ils gisent sur le flanc, mangez-en » (sourate 22, verset 36), où « gisent » traduit wajabat. De là vient le sens moral : ce qui « tombe » sur quelqu'un comme une charge, ce qui lui incombe.
En droit musulman, le wâjib est l'acte obligatoire : celui qui l'accomplit par obéissance est récompensé, celui qui le délaisse sans excuse commet une faute. Il ouvre l'échelle des cinq qualifications que les juristes appliquent à tous les actes : obligatoire (fard ou wâjib), recommandé (mustahabb), permis (mubâh), déconseillé (makrûh) et interdit (haram). La page Charia, fiqh et halal présente cette échelle et ses sources.
Le Coran ne dit pas « wâjib » pour ses obligations : il dit « on vous a prescrit », comme pour le jeûne (sourate 2, verset 183), ou parle d'une « prescription, à des temps déterminés » à propos de la prière (sourate 4, verset 103). Le terme technique vient des juristes.
Quelle différence entre wâjib et fard ?
Pour la majorité des juristes, malikites, chaféites et hanbalites, il n'y en a aucune : wâjib et fard sont deux noms de l'obligation.
L'école hanafite fait une distinction de degré. Le fard est établi par une preuve certaine : un verset clair ou un hadith transmis par un si grand nombre de rapporteurs que le doute est exclu. Le wâjib repose sur une preuve probable, par exemple un hadith authentique mais transmis par peu de chaînes. Les deux doivent être accomplis, mais celui qui nie un fard nie une évidence de la religion, alors que celui qui conteste un wâjib s'en tient à une autre lecture des preuves.
Cette nuance a des effets concrets. Les hanafites tiennent pour wâjib la prière du witr après celle de l'icha, la prière des deux Aïds, la zakât al-fitr et le sacrifice de l'Aïd al-Adha pour qui en a les moyens. Les autres écoles en font, pour la plupart, une sunna mu'akkada, une pratique fortement recommandée, à l'exception de la zakât al-fitr, obligatoire pour tous. Dans la prière, la récitation de la Fâtiha est un pilier pour les trois autres écoles et un wâjib pour les hanafites : son oubli se répare par la prosternation de l'oubli.
Wâjib dans le Hajj et dans la vie collective
Le pèlerinage montre bien la valeur du mot. Toutes les écoles y distinguent les piliers (arkân), comme la station à Arafat, dont l'omission rend le Hajj nul, et les actes wâjib, comme la lapidation des stèles ou la nuit à Muzdalifa, dont l'omission se compense par le sacrifice d'une bête. Yacob Mahi énumère les piliers dans son guide du Hajj.
Les juristes distinguent aussi l'obligation individuelle (fard 'ayn), qui pèse sur chaque musulman, comme la prière, et l'obligation collective (fard kifâya), dont la communauté est quitte dès que certains l'accomplissent : la prière funéraire, l'enseignement religieux, la médecine. Éric Chaumont rappelle dans son article sur le droit musulman que le travail même des juristes relève de ce devoir collectif.
L'obligation passe avant le surérogatoire. Le Conseil théologique musulman de France s'appuie sur ce principe pour conseiller de rattraper les jours de Ramadan avant de jeûner les six jours de Chawwâl, tout en exposant les avis qui permettent l'ordre inverse.
Autres sens du mot wâjib
En arabe courant, wâjib veut simplement dire « devoir » : le devoir scolaire, le devoir civique. En théologie et en philosophie, wâjib al-wujûd, « l'Être dont l'existence est nécessaire », désigne Dieu, par opposition aux créatures, dont l'existence est seulement possible ; Avicenne a rendu l'expression célèbre.
Le mot sert enfin dans les débats sur l'innovation religieuse. Mohammed Moussaoui rappelle, dans Innovation n'est pas toujours égarement, que certains juristes classaient les pratiques nouvelles selon la même échelle, de l'interdit au wâjib, au lieu de les condamner en bloc.




