Qu'est-ce que l'école hanbalite ?
L'école hanbalite, ou hanbalisme, est l'une des quatre écoles juridiques (madhhab) du sunnisme, aux côtés des écoles hanafite, malikite et chaféite. L'arabe dit al-hanbaliyya (حنبلية) ; on écrit aussi hambalisme ou hanbalite. C'est la plus récente des quatre et celle qui compte le moins de fidèles.
Comme les autres, elle traite du fiqh : culte, famille, contrats. Mais le nom « hanbalite » désigne aussi, dans l'histoire, une attitude théologique : fidélité littérale aux textes et méfiance envers la théologie spéculative (kalâm). Les deux sens se recoupent sans se confondre.
Qui était Ahmad ibn Hanbal ?
Ahmad ibn Hanbal naît à Bagdad en 780 (164 de l'hégire) et y meurt en 855. Il parcourt l'Irak, le Hijaz, le Yémen et la Syrie pour recueillir des hadiths, et suit un temps l'enseignement de l'imam al-Shâfi'î. Son œuvre majeure, le Musnad, réunit les hadiths classés par Compagnon qui les a transmis.
Sa célébrité vient de la mihna, l'« épreuve » lancée en 833 par le calife al-Ma'mûn : les savants devaient affirmer que le Coran est créé, comme le soutenaient les théologiens mu'tazilites. Ibn Hanbal refuse. Il est emprisonné et fouetté sous le calife suivant, puis la politique est abandonnée sous al-Mutawakkil. Sa résistance fait de lui une figure de la fidélité à la Sunna.
Hocine Kerzazi rappelle, dans Les icônes vénérées du salafisme, qu'Ibn Hanbal fut d'abord un grand traditionniste plutôt que le fondateur d'une école, et qu'il était proche des soufis de son temps. Éric Geoffroy rapporte dans Initiation au soufisme qu'il consultait des maîtres spirituels comme Ma'rûf al-Karkhî sur des questions difficiles.
La méthode hanbalite : le texte d'abord
Les hanbalites placent en tête le Coran et la Sunna, puis les avis des Compagnons du Prophète. Ils n'ont recours à l'analogie (qiyâs) qu'en dernier lieu, et on attribue à Ibn Hanbal la préférence pour un hadith faible plutôt que pour une opinion personnelle. Le consensus (ijmâ') n'est admis que dans un sens étroit, celui des premières générations.
Cette prudence envers le raisonnement n'en fait pas une école figée. Dans les contrats et les échanges, les hanbalites partent du principe que tout est permis sauf ce qu'un texte interdit, ce qui leur donne une grande souplesse en matière commerciale. Parmi leurs avis propres en matière de culte, ils comptent la consommation de viande de chameau parmi ce qui annule les ablutions (wudû').
L'école a ses grands juristes, comme Ibn Qudâma (mort en 1223), auteur d'al-Mughnî, une somme qui expose aussi les avis des autres écoles, et ses grands spirituels, comme 'Abd al-Qâdir al-Jîlânî (mort en 1166), fondateur de la confrérie qâdiriyya.
Où suit-on l'école hanbalite ?
Longtemps implanté à Bagdad et à Damas, le hanbalisme a reculé jusqu'au XVIIIe siècle, où il trouve un nouvel élan dans le Najd, au centre de l'Arabie. Il est aujourd'hui l'école officielle de l'Arabie saoudite et domine au Qatar ; on le trouve aussi dans d'autres pays du Golfe et en Syrie. En France, il n'a pas de communauté propre, mais ses auteurs circulent par les livres et les sites venus d'Arabie saoudite.
Hanbalisme, Ibn Taymiyya et salafisme : ne pas confondre
Le théologien damascène Ibn Taymiyya (1263-1328) est issu d'une famille de savants hanbalites, mais il a souvent pris ses distances avec sa propre école. Le dominicain Adrien Candiard le rappelle dans un entretien avec Oumma, et Qais Assef montre dans Ibn Taymiyya : une condamnation du soufisme ? qu'il critiquait certaines pratiques soufies sans rejeter le soufisme en bloc.
Au XVIIIe siècle, Muhammad ibn 'Abd al-Wahhâb, formé dans le hanbalisme, lance le mouvement appelé wahhabisme, allié à la dynastie saoudienne. Le salafisme contemporain se réclame d'Ibn Hanbal et d'Ibn Taymiyya, mais beaucoup de salafistes refusent de suivre une école juridique. Être hanbalite ne fait donc pas de quelqu'un un salafiste, et l'inverse non plus.



