Que signifie le mot sunna ?
Cette entrée explique le mot. Pour la place de la Sunna dans la religion, l'authenticité des hadiths et les grands recueils, voir la page complète sur la Sunna et les hadiths.
Sunna (سنة), au pluriel sunan, vient de la racine s-n-n, qui évoque un chemin frayé, une voie que l'on suit. Avant l'islam, le mot désignait la coutume des ancêtres, la manière de faire d'une tribu. Le Coran l'emploie surtout pour la « règle d'Allah », sunnat Allâh, la façon constante dont Dieu traite les peuples : « Telle est la règle d’Allah appliquée aux générations passées. Et tu ne trouveras jamais de changement à la règle d’Allah » (sourate 48, verset 23).
Dans le vocabulaire religieux, la Sunna est devenue la conduite du Prophète, proposée comme modèle : « vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle » (sourate 33, verset 21). Elle comprend ses paroles, ses actes et ses approbations tacites. Les hadiths sont les récits qui la transmettent : la Sunna est le contenu, le hadith le véhicule.
Une notion qui s'est précisée avec le temps
Le sens de « Sunna du Prophète » ne s'est pas imposé d'emblée. Éric Chaumont rappelle, dans « Peut-on qualifier le droit musulman de coranique ? », que les juristes des premiers siècles voyaient souvent la sunna dans la pratique de leur propre ville, ou dans celle des Compagnons. C'est l'imam al-Shâfi'î (mort en 820) qui a fait admettre que seule la Sunna du Prophète, connue par des hadiths à la chaîne solide, avait valeur de source.
Le mot a aussi donné son nom au sunnisme : ahl al-sunna wa-l-jamâ'a, « les gens de la Sunna et de la communauté ». Les chiites se réfèrent eux aussi à la Sunna, mais y joignent l'enseignement des imams de la famille du Prophète. Le contraire de la sunna, dans le langage religieux, est la bid'a, l'innovation.
« C'est sunna » : le sens juridique
Dans le fiqh, une sunna est un acte recommandé : celui qui l'accomplit est récompensé, celui qui le délaisse n'est pas puni. Elle se distingue du fard, l'obligation. On parle de sunna mu'akkada, « sunna confirmée », pour un geste que le Prophète accomplissait avec constance, comme les deux unités de prière avant celle de l'aube. Les écoles n'ont pas toutes la même grille : les malikites, par exemple, distinguent la sunna d'actes de moindre degré, et les hanafites placent le wâjib entre le fard et la sunna.
C'est ce sens que l'on entend dans « les sunnas de l'ablution » (se rincer la bouche, le nez…), « la sunna du vendredi » (grande ablution, parfum, lecture de la sourate Al-Kahf) ou « c'est sunna de manger de la main droite ». En 2015, le mufti de Tunisie déclarait ainsi que le niqab n'était ni une obligation ni une « Sunna confirmée ». On écrit sunna, sunnah ou sounna.





