Que signifie sourate ?
Sourate transcrit l'arabe sûra (سورة), au pluriel suwar. On écrit aussi sura, sûra ou, à l'anglaise, surah. Le mot désigne un chapitre du Coran, une unité de texte qui a un début, une fin et un nom.
Son origine est discutée. Les lexicographes arabes le rapprochent de sûr, le rempart, l'enceinte qui entoure une ville : la sourate serait une portion de texte « enclose ». D'autres y voient l'idée de rang, de degré que l'on gravit. Des philologues modernes pensent à un emprunt au syriaque, où un mot voisin désigne une ligne d'écriture. Aucune de ces explications ne fait l'unanimité.
Le mot appartient au vocabulaire du Coran lui-même : « Voici une Sourate que Nous avons fait descendre et que Nous avons imposée » (sourate 24, verset 1). Il apparaît surtout dans le défi lancé aux contradicteurs : « tâchez donc de produire une sourate semblable » (sourate 2, verset 23). Le défi porte sur une sourate entière, pas sur une phrase.
Combien de sourates compte le Coran, et dans quel ordre ?
Le Coran compte 114 sourates, réparties en 6 236 versets dans les éditions courantes. La plus longue est Al-Baqara, avec 286 versets ; la plus courte, Al-Kawthar, n'en a que 3.
L'ordre du livre n'est pas celui de la révélation. Après Al-Fâtiha, « l'Ouverture », les sourates sont rangées en gros de la plus longue à la plus courte. Les premiers versets révélés, selon la tradition, sont ceux de la sourate 96, placée vers la fin du livre. Les savants s'accordent pour dire que l'ordre des versets à l'intérieur de chaque sourate a été fixé par le Prophète ; pour l'ordre des sourates entre elles, certains le tiennent aussi pour fixé par lui, d'autres pour un choix des Compagnons au moment de la mise par écrit sous Othmân.
On distingue les sourates mecquoises, révélées à La Mecque avant l'Hégire de 622, et les sourates médinoises, révélées à Médine ensuite. Le classement de l'édition du Caire de 1924, repris par la plupart des éditions, compte 86 sourates mecquoises et 28 médinoises ; pour quelques-unes, l'attribution est discutée, et une sourate peut contenir des versets des deux périodes. Les mecquoises sont plutôt brèves et portent sur la foi, l'unicité de Dieu et la vie future ; les médinoises sont plus longues et règlent aussi la vie de la communauté.
Comment est faite une sourate ?
Chaque sourate porte un nom, tiré le plus souvent d'un mot ou d'un récit qu'elle contient. Al-Baqara, « la Vache », doit son nom à l'épisode de la vache que les enfants d'Israël doivent sacrifier ; Al-Kahf, « la Caverne », au récit des dormants. Ces titres ont été donnés par la tradition et certaines sourates en ont plusieurs : la Fâtiha est aussi appelée « la Mère du Livre » ou « les sept versets que l’on répète » (sourate 15, verset 87). La sourate 36, Yâ-Sîn, porte le nom des deux lettres qui l'ouvrent.
Toutes les sourates commencent par la basmala, sauf la sourate 9, At-Tawba, qui s'ouvre directement sur un désaveu adressé aux associateurs. Vingt-neuf sourates commencent par des lettres isolées, comme Alif, Lâm, Mîm au début de la sourate 2, dont le sens reste, pour la plupart des exégètes, connu de Dieu seul.
Dans les éditions imprimées, un cartouche en tête de chaque sourate donne son nom, son nombre de versets et sa période, mecquoise ou médinoise. Pour la récitation, le texte est en outre découpé en juz' et en hizb, indépendamment des sourates.
Les sourates les plus lues
Al-Fâtiha (sourate 1) est la plus récitée : elle ouvre chaque unité de la salât, soit au moins dix-sept fois par jour dans les prières obligatoires. Boukhari et Muslim rapportent qu'il n'y a pas de prière sans elle. Hakim Fedaoui l'a commentée sur Oumma dans « une sourate méconnue, la Fatiha ».
D'autres sourates sont attachées à un moment ou à une intention. Al-Kahf (18) est lue par beaucoup le vendredi ; Muslim rapporte que ses dix premiers versets protègent de l'Antéchrist, et la lecture du vendredi s'appuie sur des hadiths d'autres recueils. Al-Mulk (67), trente versets, est récitée le soir : Tirmidhi rapporte qu'une sourate de trente versets intercède pour celui qui la lit. Al-Baqara (2), selon un hadith rapporté par Muslim, éloigne le diable de la maison où on la récite. Al-Ikhlâs (112) équivaut, selon Boukhari, à un tiers du Coran.
Yâ-Sîn (36) est lue au chevet des mourants et pour les défunts ; le hadith qui l'appelle « le cœur du Coran », rapporté par Tirmidhi, est jugé faible par plusieurs spécialistes. De même, la tradition qui promet l'aisance à qui lit chaque nuit Al-Wâqi'a (56) est de chaîne faible. Ces sourates figurent parmi les pages les plus consultées du lecteur du Coran d'Oumma.
Sourate ou verset : ne pas confondre
Une sourate est un chapitre ; un verset (âya) est une phrase de ce chapitre. On cite donc « la sourate 18 » pour l'ensemble du texte, et « sourate 18, verset 10 », ou 18:10, pour une phrase précise. La confusion est fréquente : en 2018, Laurent Wauquiez a dû reconnaître, à la télévision, qu'il citait une sourate qui n'existe pas et qu'il confondait « sourate » et « verset ».
En français, sourate est féminin : « la sourate Al-Mulk », « une sourate mecquoise ». Le nom arabe se donne souvent avec l'article, Al-Kahf, Al-Baqara, mais on dit aussi « la sourate de la Caverne » ou « la sourate de la Vache ». Pour l'histoire du texte, son exégèse et sa récitation, voir la page sur le Coran, le tafsîr et le tajwîd.








