Que veut dire starfoullah ?
Starfoullah est la prononciation familière de astaghfiru Llâh (أستغفر الله), « je demande pardon à Allah ». La formule a deux mots. Astaghfiru est la première personne du verbe istaghfara, « demander pardon », formé sur la racine gh-f-r, qui signifie d'abord « couvrir » : demander le pardon, c'est demander que la faute soit couverte. Allâh est le nom de Dieu.
La formule est la plus simple des demandes de pardon. Elle appartient à l'istighfâr, le nom que la tradition donne à cette démarche, et prépare la tawba, le repentir, qui ajoute l'abandon de la faute et la résolution de ne pas recommencer.
En français, on l'écrit le plus souvent starfoullah, starfallah ou astaghfirullah. Toutes ces graphies désignent la même formule ; seule la forme arabe أستغفر الله est fixe.
Pourquoi dit-on « star » ? Prononciation et graphies
La première syllabe intrigue souvent. Elle vient de la lettre ghayn (غ), un son guttural qui n'existe pas en français et que l'oreille française entend comme un r grasseyé, celui de « Paris ». Astaghfir se prononce donc à peu près « astarfir ». Dans l'arabe parlé du Maghreb, la voyelle initiale tombe et l'on entend « stghfr Allah », d'où starfoullah et starfallah.
La forme en -oullah vient de la fin du verbe : dans astaghfiru Llâh, la voyelle finale u se lie au nom de Dieu. La forme en -allah (starfallah, staghfar Allah) suit une prononciation dialectale où cette voyelle de liaison change. Les deux sont courantes ; aucune n'est fautive à l'oral.
À l'écrit, on rencontre aussi astagfirullah, astaghfirollah, staghfirullah ou astafirullah. La transcription la plus fidèle est astaghfirullah, qui note le ghayn par gh. Les graphies starfoulah ou starfoula sont des variantes phonétiques sans incidence sur le sens.
Quand dit-on starfoullah ?
Le premier emploi est religieux. On dit astaghfirullah après une faute, en se rappelant un manquement, ou simplement pour se rapprocher de Dieu, sans faute précise. Selon un hadith rapporté par Muslim d'après Thawbân, le Prophète le disait trois fois en terminant chaque prière, et beaucoup de fidèles le font encore à la mosquée avant les autres invocations. On le répète aussi au chapelet, comme forme de dhikr.
Le second emploi appartient à la langue parlée. On dit « starfoullah ! » en entendant une parole choquante, un juron, une médisance, ou pour repousser une accusation : « Moi, mentir ? Starfoullah ! ». Le sens est alors proche de « Dieu m'en garde » ou « à Dieu ne plaise » : on se démarque d'un mal en demandant pardon à Dieu, comme pour ne pas s'y associer.
Cet usage exclamatif n'a pas de texte propre ; il est né de l'habitude. Il ne doit pas être confondu avec euzoubillah, « je cherche refuge auprès d'Allah », qui demande une protection, ni avec la hawla wala quwwata illa billah, qui se dit devant un malheur ou une difficulté.
Starfoullah veut-il dire « oh là là » ?
Non. La question a fait débat après l'émission Les 12 coups de midi, diffusée sur TF1 le 31 octobre 2018. Le jeu demandait aux candidats de reconnaître l'expression la plus employée par les adolescents, et la voix off traduisait « Starfoulah ! » par « Oh là là » et « ça par exemple ». Comme l'a raconté Oumma dans Sur TF1, la traduction du mot starfoulah par « oh là là » enflamme les réseaux sociaux, de nombreux internautes, dont l'humoriste belge Abdel en vrai, ont protesté.
La traduction n'est pas entièrement absurde, puisque starfoullah sert aussi d'exclamation. Mais elle efface le sens premier de la formule, qui nomme Dieu et demande son pardon. Un « oh là là » n'engage personne ; starfoullah reste, même dit sur le ton de la surprise, une phrase adressée à Dieu.
C'est pourquoi beaucoup de musulmans évitent de l'employer pour plaisanter. Le dire sans y penser ne fait pas d'une phrase religieuse une injure, mais ceux qui l'apprennent gagnent à en connaître le sens exact : « je demande pardon à Allah ».
D'où vient la formule ? Coran et Sunna
Le Coran demande souvent d'implorer le pardon de Dieu. Noé dit à son peuple : « Implorez le pardon de votre Seigneur, car Il est grand Pardonneur » (sourate 71, verset 10). La sourate 110, l'une des dernières révélées, ordonne au Prophète : « célèbre la gloire de ton Seigneur et implore Son pardon » (sourate 110, verset 3). Et le Coran promet : « Quiconque agit mal ou fait du tort à lui-même, puis aussitôt implore d’Allah le pardon, trouvera Allah Pardonneur et Miséricordieux » (sourate 4, verset 110).
La forme exacte astaghfiru, « j'implore le pardon », apparaît dans la bouche d'Abraham, qui promet à son père d'implorer pour lui le pardon de Dieu (sourate 19, verset 47), et de Jacob envers ses fils (sourate 12, verset 98).
Dans la tradition, un hadith rapporté par Boukhari dit que le Prophète demandait pardon à Dieu plus de soixante-dix fois par jour ; une version rapportée par Muslim parle de cent fois. La page istighfar détaille ces textes, les moments recommandés et la meilleure formule de demande de pardon, appelée sayyid al-istighfâr.
Astaghfirullah wa atoubou ilayh et les autres formules
La formule courte se prolonge souvent. Astaghfirullah wa atoubou ilayh (أستغفر الله وأتوب إليه) signifie « je demande pardon à Allah et je reviens à Lui » : la seconde partie, atûbu ilayh, exprime le repentir, la tawba. Elle reprend l'association coranique « Demandez pardon à votre Seigneur; ensuite, revenez à Lui » (sourate 11, verset 3).
Astaghfirullah al-'azîm ajoute un nom de Dieu : « je demande pardon à Allah, l'Immense ». On entend aussi des formules plus longues qui énumèrent d'autres attributs divins, et des invocations en langue courante, comme Allah yghfer lina, « qu'Allah nous pardonne », au Maghreb.
Les recherches sur « astaghfirullah 1000 fois » ou ses « bienfaits » renvoient à une pratique de dévotion : répéter la formule au chapelet. Les textes cités plus haut parlent de soixante-dix ou cent fois par jour ; aucun nombre n'est obligatoire. Ceux qui évoquent des bienfaits s'appuient surtout sur le discours de Noé, qui associe la demande de pardon à la pluie, aux biens et aux enfants (sourate 71, verset 12).

