Que veut dire Allah y chafik ?
Allah y chafik est la transcription française de l'arabe Allâh yashfîk (الله يشفيك), « que Dieu te guérisse ». La phrase compte deux éléments : Allâh, Dieu, et yashfî-k, « il te guérit », où le suffixe -k veut dire « te ». Le verbe au présent prend ici le sens d'un souhait, comme dans Allah ybarek ou Allah yarhamou. Au Maghreb, on le prononce plutôt Allah yechfik ou Allah ychfik, d'où les graphies Allah ychafik, Allah yechfik ou Allah yashfik.
Le verbe shafâ, « guérir », vient de la racine sh-f-y. Elle donne shifâ', « la guérison », mot que l'on lit sur les façades d'hôpitaux dans tout le monde arabe : l'hôpital al-Shifa de Gaza en porte le nom. Celui qui guérit se dit shâfî.
Le prénom Chafik (شفيق, shafîq) n'a rien à voir avec cette expression. Il vient de la racine sh-f-q et veut dire « compatissant, plein de sollicitude ». La ressemblance des sons en français entraîne souvent la confusion, jusque dans les moteurs de recherche.
Comment dire Allah y chafik à une femme, à un homme ou à plusieurs ?
Dans la plupart des parlers du Maghreb, Allah y chafik convient pour un homme comme pour une femme : le suffixe -ek ne marque pas le genre. Pour parler d'une personne absente, on accorde : Allah y chafih (« que Dieu le guérisse ») pour un homme, Allah y chafiha (« que Dieu la guérisse ») pour une femme. À plusieurs personnes, on dit Allah y chafikoum, et pour parler d'elles, Allah y chafihoum.
En arabe standard, la distinction existe : yashfîka pour un homme, yashfîki pour une femme. On emploie aussi le passé à valeur de souhait, shafâka Allâh (شفاك الله), « que Dieu t'ait guéri », très courant à l'écrit et dans les messages, souvent suivi de shifâ'an 'âjilan, « une prompte guérison ». Au Proche-Orient, on souhaite plutôt salâmtak, « ta santé », à quoi le malade répond Allah ysallmak.
Que répondre à Allah y chafik ?
La réponse la plus simple est amin, « ainsi soit-il » : on accepte le vœu en le reprenant à son compte. On y ajoute souvent un vœu en retour : Allah y khallik, « que Dieu te garde », Allah ysalmek, « que Dieu te préserve », ou barakallahoufik, « que Dieu te bénisse ».
Un malade qui va mieux répond volontiers par hamdoulah, « louange à Dieu », pour dire où il en est. Entre proches, un « merci » ou un choukrane suffit. Aucune réponse n'est fixée par les textes : c'est un usage de politesse.
D'où vient ce vœu ? La guérison dans le Coran et la tradition
L'expression elle-même est dialectale, mais l'idée qu'elle porte est coranique : la guérison vient de Dieu. Abraham le dit en parlant de son Seigneur : « et quand je suis malade, c'est Lui qui me guérit » (sourate 26, verset 80). Le Coran se présente aussi comme une guérison : « Nous faisons descendre du Coran, ce qui est une guérison et une miséricorde pour les croyants » (sourate 17, verset 82), au sens d'une guérison des cœurs.
La tradition prophétique fait de la visite au malade un devoir entre musulmans. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, le musulman doit à son frère cinq choses, dont rendre visite au malade. Un autre, rapporté par Boukhari d'après Abou Moussa al-Ash'arî, demande de nourrir l'affamé, de visiter le malade et de libérer le captif ; Oumma le cite dans un article sur la solidarité du Ramadan.
Selon Aïcha, dans un récit rapporté par Boukhari et Muslim, le Prophète demandait à Dieu, au chevet d'un malade, d'ôter le mal et de le guérir, car Il est ash-Shâfî, « Celui qui guérit », et qu'il n'y a de guérison que la Sienne. Cette invocation est l'ancêtre savant du simple « Allah y chafik ». On peut en lire d'autres sur la page invocations et dhikr.
Allah y chafik, Allah yarhamou, labès : ne pas confondre
Allah y chafik se dit à un vivant malade. Pour un défunt, on dit Allah yarhamou, « que Dieu lui fasse miséricorde ». Employer l'un pour l'autre est une maladresse fréquente chez ceux qui apprennent ces formules.
Le vœu ne remplace pas les soins. Les savants rappellent que se soigner est permis et encouragé ; un hadith rapporté par Boukhari dit que Dieu n'a pas fait descendre de maladie sans faire descendre son remède. Certains récitent aussi sur le malade des versets ou des invocations, la roqya, en complément de la médecine.
Le mot maghrébin labès (« ça va ? », « ça va bien ») vient d'une autre formule de visite au malade : lâ ba's, « pas de mal ». Selon un hadith rapporté par Boukhari, le Prophète disait à un malade qu'il visitait : lâ ba's, tahûr in shâ' Allâh, « ce n'est rien, c'est une purification, si Dieu le veut ». La tradition voit en effet dans la maladie supportée avec patience un effacement des fautes.

