Que veut dire fi sabilillah ?
Fi sabilillah transcrit l'arabe fî sabîl Allâh (في سبيل الله) : fî, « dans », sabîl, « chemin, voie », et Allâh. Mot à mot, « dans le chemin d'Allah » ; la traduction de Hamidullah dit « dans le sentier d'Allah ». Le même mot sabîl se retrouve dans ibn as-sabîl, « le fils du chemin », c'est-à-dire le voyageur sans ressources.
L'expression sabîl Allâh revient plus de soixante fois dans le Coran. Elle accompagne surtout deux verbes : dépenser et lutter. Le plus souvent, il s'agit de donner : « Ceux qui dépensent leurs biens dans le sentier d’Allah ressemblent à un grain d’où naissent sept épis, à cent grains l’épi » (sourate 2, verset 261). Le verset suivant précise que ce don ne doit être suivi « ni d'un rappel ni d'un tort », c'est-à-dire sans humilier celui qui reçoit.
Bonnes œuvres et zakât : le sens large
Dans l'usage, fi sabilillah qualifie toute action faite pour Dieu. On dit d'un repas offert, d'un service rendu ou d'un travail bénévole qu'il est fait « fi sabilillah », gratuitement et sans attendre de retour, comme une sadaqa. Plusieurs associations humanitaires musulmanes ont pris ce nom ; Oumma a relayé en 2013 l'appel aux dons de l'une d'elles pour les victimes du typhon Haiyan aux Philippines. La tradition élargit elle-même le sens : selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, celui qui prend soin de la veuve et du pauvre est comme celui qui lutte dans le sentier de Dieu.
L'expression a aussi un sens juridique précis. Le verset 60 de la sourate 9 énumère les bénéficiaires de la zakât, parmi lesquels figure « dans le sentier d'Allah » (sourate 9, verset 60). Les quatre écoles classiques l'ont surtout comprise comme l'entretien des combattants volontaires ; un avis rapporté de l'imam Ahmad y ajoute le pèlerinage. Des auteurs modernes, comme Rachid Rida ou Youssef al-Qaradawi, l'ont étendue avec des nuances à des œuvres d'intérêt général, éducation ou prédication. Dans un long article sur la générosité en islam, Mohamed Chtatou cite ce verset avec ceux qui blâment ceux qui thésaurisent au lieu de dépenser « dans le sentier d'Allah ».
Fi sabilillah, combat et détournements
Une partie des versets emploie l'expression pour le combat, dans le contexte des guerres de Médine. Le plus cité pose aussitôt une limite : « Combattez dans le sentier d’Allah ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas » (sourate 2, verset 190). L'expression al-jihâd fî sabîl Allâh a donné son sens au mot jihâd, l'effort pour Dieu. L'historien Michael Bonner, interrogé par Oumma en 2006, rappelait que ces efforts « peuvent comporter la guerre et le combat ou non, selon le contexte ».
La tradition fait de l'intention le critère. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, on demanda au Prophète qui, de celui qui combat pour le butin, pour la gloire ou pour être vu, est dans le sentier de Dieu ; il répondit : celui qui combat pour que la parole de Dieu soit la plus haute. Les savants en concluent qu'une violence contre des innocents, même revendiquée « fi sabilillah » par des groupes armés, ne peut s'en réclamer. La même prudence vaut pour les collectes qui utilisent la formule sans transparence : le don reste lié à la niyya, l'intention, et à la confiance envers celui qui le reçoit.



