Que signifie niyya ?
Niyya (نية, on écrit aussi niya, niyyah ou niyah) signifie « intention ». Le mot vient de la racine n-w-y, qui exprime l'idée de se diriger vers un but, de viser un lieu. La même racine a donné nawâ, le noyau du fruit, celui que Dieu « fait fendre » avec la graine selon le verset 95 de la sourate 6 : l'intention est le noyau caché d'où sort l'acte visible.
Les juristes définissent la niyya comme la résolution du cœur d'accomplir un acte pour un but déterminé, et, dans l'adoration, pour se rapprocher de Dieu. Elle n'est ni un souhait vague ni une formule : c'est savoir ce que l'on fait et pourquoi on le fait.
Le mot niyya n'apparaît pas dans le Coran. L'idée y est exprimée autrement, surtout par la formule « rechercher la Face de Dieu » : le croyant ne donne que « pour la recherche de la Face «Wajh» d’Allah » (sourate 2, verset 272), ou « seulement pour la recherche de La Face de son Seigneur le Très Haut » (sourate 92, verset 20). Le Coran juge aussi les serments selon « ce que vos cœurs ont acquis » (sourate 2, verset 225) et ne blâme pas l'erreur, mais « ce que vos cœurs font délibérément » (sourate 33, verset 5).
« Les actes ne valent que par les intentions »
Le texte de référence est un hadith rapporté par Boukhari et Muslim d'après Omar ibn al-Khattâb. Le Prophète y dit que les actes ne valent que par les intentions et que chacun n'obtient que ce qu'il a eu l'intention d'obtenir ; il prend l'exemple de l'émigration vers Médine, qui vaut pour Dieu et Son messager si c'est leur but, et seulement pour un intérêt de ce monde ou un mariage si c'est cela que l'on visait. Boukhari en a fait le premier hadith de son recueil, et an-Nawawî le premier de ses Quarante hadiths.
Les savants l'ont placé au sommet de l'enseignement prophétique. On rapporte de l'imam Ahmad que l'islam repose sur trois hadiths, dont celui-ci, et de Chafi'i qu'il représente un tiers de la science.
D'autres paroles prolongent ce principe. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim d'après Ibn 'Abbâs, celui qui projette une bonne action sans pouvoir la faire en reçoit quand même la récompense. Selon un autre, rapporté par Muslim, Dieu ne regarde ni les corps ni les apparences, mais les cœurs et les actes. Le Prophète dit aussi à Sa'd ibn Abî Waqqâs que même la bouchée qu'il porte à la bouche de son épouse est récompensée quand elle est faite pour Dieu (Boukhari et Muslim) : l'intention transforme les gestes ordinaires en adoration.
À quoi sert l'intention en droit musulman ?
En fiqh, la niyya a deux fonctions. Elle distingue l'adoration de l'habitude : se laver tout le corps peut être une douche ou un ghusl, se priver de nourriture peut être un régime ou un jeûne. Elle distingue les actes d'adoration entre eux : la prière de midi de celle de l'après-midi, l'obligatoire du surérogatoire, le jeûne du Ramadan d'un jeûne de rattrapage.
Les juristes en ont tiré une des cinq grandes règles du droit musulman : al-umûr bi-maqâsidihâ, « les actes sont jugés selon leurs finalités ». Elle s'applique bien au-delà du culte : le Coran distingue ainsi le meurtre de l'homicide par erreur, qui n'entraînent pas les mêmes conséquences (sourate 4, verset 92).
La niyya est requise pour la prière, le jeûne, la zakât et le pèlerinage, où elle accompagne l'entrée en ihrâm. Pour les ablutions, les écoles divergent : l'intention est une condition pour les chaféites, les malikites et les hanbalites, et seulement une sunna pour les hanafites, qui tiennent pour valide une ablution faite sans intention. C'est pourquoi les guides d'Oumma sur les ablutions et sur les grandes ablutions commencent tous deux par l'intention formulée dans le cœur.
Comment formuler l'intention de jeûner ?
Pour le jeûne obligatoire du Ramadan, la majorité des savants exigent que l'intention soit formée pendant la nuit, avant l'aube, en s'appuyant sur un hadith rapporté par Abou Dâwoud, at-Tirmidhî et an-Nasâ'î d'après Hafsa : pas de jeûne pour qui ne l'a pas décidé la nuit. Les chaféites et les hanbalites demandent une intention pour chaque jour. Les malikites admettent qu'une seule intention, formée la première nuit, couvre tout le mois tant que le jeûne n'est pas interrompu. Les hanafites acceptent l'intention du jeûne de Ramadan jusqu'avant le milieu de la journée.
Pour un jeûne surérogatoire, la majorité admet une intention formée dans la matinée, si l'on n'a encore rien mangé, d'après un hadith rapporté par Muslim où le Prophète décide de jeûner en apprenant qu'il n'y a rien à manger chez lui.
Il n'existe pas de formule obligatoire. Se lever pour le suhûr en vue de jeûner vaut intention pour beaucoup de savants. Ahmadou M. Kanté rappelle cette divergence dans Le jeûne comme remède à la ruine de l'âme, et l'article Le jeûne en islam : un acte de foi définit le jeûne comme une abstinence accomplie « avec une intention volontaire et claire ».
Faut-il prononcer l'intention ?
Toutes les écoles s'accordent sur deux points : le lieu de l'intention est le cœur, et une intention présente dans le cœur suffit sans aucune parole. À l'inverse, des mots prononcés sans intention réelle ne valent rien.
La divergence porte sur l'utilité de la dire à voix basse. Les chaféites, les hanafites des générations tardives et une partie des hanbalites la jugent recommandée, pour aider le cœur à se concentrer. Les malikites jugent préférable de s'en abstenir, sauf pour celui que le doute tourmente. Ibn Taymiyya considérait sa prononciation comme une innovation, faute de trace dans la pratique du Prophète. Personne ne demande de la dire à voix haute, et la répéter plusieurs fois par scrupule est déconseillé.
Pour la prière, il suffit de savoir quelle prière on accomplit (par exemple la prière obligatoire de l'après-midi) au moment du takbîr d'ouverture. Pour l'ihrâm du pèlerinage, l'intention s'accompagne de la talbiya, que l'on prononce à voix haute.
Niyya, ikhlâs et mots voisins
La niyya est souvent confondue avec l'ikhlâs. La niyya dit ce que l'on fait et pour quoi ; l'ikhlâs exige que ce « pour quoi » soit Dieu seul. Une prière peut avoir une intention juridiquement valide et manquer de sincérité si on la fait pour être vu.
D'autres mots s'en approchent : qasd, le but visé, employé surtout en droit ; 'azm, la ferme résolution ; irâda, la volonté. Le hadith de l'émigration rappelle enfin que l'intention peut s'améliorer en cours de route : les maîtres spirituels conseillent de renouveler et de multiplier ses intentions dans une même action, par exemple aller à la mosquée pour prier, apprendre et rencontrer ses frères.







