Rûh

روح

Prononciation : rūḥ · Autres graphies : ruh, rouh, esprit

Définition

Rûh : L'esprit ou le souffle de vie insufflé par Dieu en l'être humain. Le Coran précise que sa nature relève de la connaissance de Dieu seul. Le terme sert aussi, dans l'expression « Rûh al-Qudus », à désigner l'esprit saint, associé à Jibril.

Que signifie rûh ?

Rûh (روح) se traduit par « esprit » ou « souffle ». On l'écrit aussi rouh, ruh ou rooh, et son pluriel est arwâh. Dans la langue religieuse, il désigne le principe de vie que Dieu donne à l'être humain et qui le quitte à la mort.

Le mot appartient à la racine r-w-h, très riche en arabe. Elle donne rîh, le vent, râha, le repos, et rawh, le soulagement : quand Jacob dit à ses fils de ne pas désespérer, le mot que Hamidullah rend par « miséricorde d'Allah » est rawh Allah (sourate 12, verset 87). Le rûh est donc, au plus près de sa racine, un souffle qui anime et qui apaise.

Le mot est passé dans l'arabe courant sous d'autres formes. Rûhânî signifie « spirituel » et rûhâniyya « spiritualité ». Au Maghreb, rouh ! veut dire « va ! », du verbe râha, « s'en aller », issu de la même racine. Le rûh n'a rien à voir, en revanche, avec les « esprits » au sens de créatures invisibles : ceux-là sont les djinns.

Le rûh dans le Coran : quatre sens

Le Coran emploie le mot rûh dans plusieurs sens, que les commentateurs distinguent selon le contexte.

Le premier est le souffle de vie donné à l'homme. Dieu dit aux anges, à propos d'Adam : « dès que Je l'aurai harmonieusement formé et lui aurai insufflé Mon souffle de vie, jetez-vous alors, prosternés devant lui » (sourate 15, verset 29). Le même geste est rappelé pour tout être humain : « puis Il lui donna sa forme parfaite et lui insuffla de Son Esprit » (sourate 32, verset 9).

Le deuxième sens désigne l'ange Gabriel (Jibrîl). Le Coran l'appelle « le Saint Esprit » (Rûh al-Qudus) : « C'est le Saint Esprit [Gabriel] qui l'a fait descendre de la part de ton Seigneur en toute vérité » (sourate 16, verset 102). Il l'appelle aussi « l'Esprit fidèle » (ar-Rûh al-Amîn) qui est descendu avec la Révélation (sourate 26, verset 193), et « Notre Esprit » quand il apparaît à Marie (sourate 19, verset 17). Lors de la nuit du Destin, « descendent les Anges ainsi que l'Esprit » (sourate 97, verset 4) : la plupart des commentateurs y voient Gabriel, nommé à part des autres anges pour marquer son rang.

Le troisième sens est la Révélation : « c'est ainsi que Nous t'avons révélé un esprit [le Coran] provenant de Notre ordre » (sourate 42, verset 52). Le quatrième concerne Jésus, décrit comme la parole de Dieu envoyée à Marie « et un souffle (de vie) venant de Lui » (sourate 4, verset 171).

« Le rûh relève de l'ordre de mon Seigneur » : le verset 85 de la sourate 17

Le verset le plus cité sur le rûh est le verset 85 de la sourate 17. Il rapporte une question posée au Prophète sur le rûh, et la réponse qu'il reçoit l'ordre de donner : le rûh relève de l'ordre (amr) de son Seigneur, et les hommes n'ont reçu que peu de connaissance. Hamidullah traduit ici rûh par « âme ».

Selon un récit rapporté par Boukhari, d'après 'Abdallah ibn Mas'ûd, la question venait de juifs de Médine qui voulaient éprouver le Prophète. D'autres commentateurs situent l'épisode à La Mecque. Tous s'accordent sur le sens de la réponse : la nature profonde du rûh échappe à la connaissance humaine.

Ce verset a fixé une attitude. Les théologiens musulmans ont beaucoup écrit sur le rûh, mais la plupart rappellent qu'ils décrivent ses effets, non son essence. C'est l'une des raisons pour lesquelles la question « qu'est-ce que l'esprit ? » reçoit en islam des réponses prudentes.

Rûh et nafs : quelle différence entre l'esprit et l'âme ?

C'est la question que se posent la plupart des lecteurs, et les savants n'y répondent pas tous de la même façon. La nafs désigne l'âme au sens de la personne, du moi, avec ses désirs : le Coran parle de l'âme qui incite au mal, de l'âme qui se reproche et de l'âme apaisée (sourate 89, verset 27). Le rûh est le souffle venu de Dieu.

Pour une partie des savants sunnites, dont Ibn Qayyim al-Jawziyya dans son Livre de l'esprit (Kitâb al-rûh), nafs et rûh désignent une même réalité vue sous deux angles : on dit rûh quand on la considère comme principe de vie, nafs quand on la considère liée au corps et à ses penchants. D'autres auteurs, surtout dans la tradition spirituelle, les distinguent nettement. Le soufi marocain Ibn 'Ajîba, cité dans l'article d'Oumma La place de l'être humain dans le Projet divin, écrit que l'âme est créée dans le fœtus avant que l'esprit n'y soit insufflé, et qu'à la mort l'esprit sort en premier.

Tahar Gaïd, dans La notion d'Esprit, résume la distinction la plus courante : la nafs a un caractère charnel et corporel, le rûh un sens spirituel et immatériel. Le qalb, le cœur, forme le troisième terme de cette anthropologie : il est le lieu où la foi s'enracine.

Le rûh de la conception à la mort

La tradition rattache le rûh à deux moments de la vie. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, d'après Ibn Mas'ûd, l'embryon se forme par étapes dans le ventre de sa mère, puis un ange est envoyé qui lui insuffle le rûh. Beaucoup de juristes ont calculé à partir de ce hadith un délai de cent vingt jours, qui pèse dans leurs avis sur l'interruption de grossesse ; d'autres lectures existent, et les avis restent partagés.

À la mort, le rûh quitte le corps. Le Coran le dit avec le mot nafs : « Allah reçoit les âmes au moment de leur mort ainsi que celles qui ne meurent pas au cours de leur sommeil » (sourate 39, verset 42). Le sommeil est ainsi présenté comme une petite mort. Selon un hadith rapporté par Muslim, quand le rûh est saisi, le regard le suit, ce qui explique le geste de fermer les yeux du défunt.

Entre la mort et la résurrection, le rûh demeure dans le barzakh. Ce que vit l'esprit durant cette attente, et ses liens avec la tombe, sont détaillés dans la page sur la mort et le deuil.

Rûh al-Qudus et Saint-Esprit : une même expression, deux sens

L'expression Rûh al-Qudus se traduit mot à mot par « l'Esprit de sainteté », et Hamidullah la rend par « Saint-Esprit ». Le Coran dit que Jésus fut « renforcé du Saint-Esprit » (sourate 2, verset 87), formule reprise au verset 110 de la sourate 5.

La ressemblance avec le vocabulaire chrétien est réelle, mais le sens diffère. Pour la théologie chrétienne, le Saint-Esprit est l'une des trois personnes de la Trinité. Pour l'exégèse musulmane, Rûh al-Qudus est l'ange Gabriel, une créature au service de Dieu. Le verset 171 de la sourate 4, qui appelle Jésus « un souffle venant de Lui », se termine d'ailleurs par l'invitation à ne pas dire « Trois ». Tahar Gaïd rappelle qu'Avicenne (Ibn Sînâ) distinguait l'« Esprit de sainteté » de l'« Esprit fidèle », mais cette lecture philosophique est restée minoritaire.

Pour aller plus loin sur Gabriel et les autres anges, voir la page sur les anges, et sur Jésus dans le Coran, la page consacrée au prophète Jésus.

Dans le Coran

  • Coran

    « et dès que Je l’aurai harmonieusement formé et lui aurai insufflé Mon souffle de vie, jetez-vous alors, prosternés devant lui». »

    Sourate 15, verset 29 →
  • Coran

    « Et ils t’interrogent au sujet de l’âme, – Dis: «L’âme relève de l’Ordre de mon Seigneur». Et on ne vous a donné que peu de connaissance. »

    Sourate 17, verset 85 →
  • Coran

    « Dis: «C’est le Saint Esprit [Gabriel] qui l’a fait descendre de la part de ton Seigneur en toute vérité, afin de raffermir [la foi] de ceux qui croient, ainsi qu’un guide et une bonne annonce pour les Musulmans.» »

    Sourate 16, verset 102 →
  • Coran

    « Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé un esprit [le Coran] provenant de Notre ordre. Tu n’avais aucune connaissance du Livre ni de la foi; mais Nous en avons fait une lumière par laquelle Nous guidons qui Nous voulons parmi Nos serviteurs. Et en vérité tu guides vers un chemin droit, »

    Sourate 42, verset 52 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : Les rêves en islam

Questions fréquentes

Comment dit-on esprit en arabe ?+

Esprit se dit rûh (روح), pluriel arwâh. Le mot désigne le souffle de vie que Dieu insuffle en l'homme, mais aussi, dans le Coran, l'ange Gabriel et la Révélation. Pour l'intelligence ou l'esprit au sens de la raison, l'arabe emploie plutôt 'aql, et pour l'âme au sens du moi, nafs.

Quelle est la différence entre l'âme et l'esprit en islam ?+

L'âme (nafs) désigne la personne avec ses désirs, qu'il faut éduquer ; l'esprit (rûh) est le souffle de vie venu de Dieu. Une partie des savants, comme Ibn Qayyim al-Jawziyya, estime qu'il s'agit d'une même réalité vue sous deux angles. D'autres, notamment dans la tradition soufie, les tiennent pour deux réalités distinctes.

Qui est le Saint-Esprit en islam ?+

Dans le Coran, l'expression Rûh al-Qudus, traduite par « Saint-Esprit », désigne l'ange Gabriel (Jibrîl), qui a apporté la Révélation au Prophète et assisté Jésus. Ce n'est pas une personne divine comme dans la théologie chrétienne de la Trinité, mais un ange, créature de Dieu. Le Coran l'appelle aussi « l'Esprit fidèle ».

Que dit le Coran sur l'esprit ?+

Le Coran dit que Dieu a insufflé de Son Esprit en Adam (sourate 15, verset 29) et en tout être humain. Interrogé sur le rûh, le Prophète reçoit l'ordre de répondre qu'il relève de l'ordre de son Seigneur et que les hommes n'en savent que peu (sourate 17, verset 85). Le mot désigne aussi Gabriel et la Révélation.

Quand l'esprit est-il insufflé dans l'embryon ?+

Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, d'après Ibn Mas'ûd, un ange insuffle le rûh dans l'embryon après plusieurs étapes de formation. De nombreux juristes en ont tiré un délai de cent vingt jours après la conception, mais l'interprétation du hadith est discutée et les conséquences juridiques varient selon les écoles.

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